Travailler avec un handicap

Travailler avec un handicap

Proposer un emploi aux personnes handicapées ou conserver le poste des salariés touchés par une incapacité devient une priorité pour des entreprises de plus en plus nombreuses.

Après avoir longtemps caché le handicap, la France affiche depuis 2005 une volonté d’intégration des personnes qui en souffrent. De plus en plus d’entreprises ouvrent leurs portes aux personnes accidentées par la vie, et elles ne le regrettent pas. D’autres, plus frileuses, hésitent encore à franchir le pas, car les préjugés sont tenaces, notamment en termes d’efficacité et d’intégration dans l’entreprise.

Pour faire tomber ces a priori, des associations organisent des rencontres entre le monde du travail et celui du ­handicap. Fini le temps où à chaque type d’infirmité correspondait un emploi que l’on croyait particuliè­rement adapté. Il n’y a pratiquement plus de métiers inaccessibles, grâce aux aménagements de poste, même si ­certains emplois paraissent d’un abord plus difficile.

Des incitations à l'emploi des personnes handicapées

Patricia Martini travaillait en boulangerie dans un Carrefour ­Market marseillais, lorsque ses ennuis de santé sont apparus. « Je ne pouvais plus rester en station debout prolongée, porter du poids ou m’accroupir, raconte la jeune femme. J’ai avisé mon employeur de mon handicap reconnu et je n’ai eu aucune difficulté à être reclassée comme caissière. Mon handicap ne m’a pas empêchée d’obtenir de l’avancement. En 2007, je suis devenue ­manager et, maintenant, je dirige une équipe de dix-huit personnes. »

Chaque année, Carrefour recrute 300 personnes touchées par un handicap, ce qui en fait l’un des premiers employeurs de personnes handicapées avec un taux de 6,47 %, contre 2 % en moyenne pour l’ensemble des entreprises. D’autres grands groupes affichent la même volonté d’ouverture : Air Liquide, Alcatel, Areva, Bull, Castorama, Chronopost, le Club ­Méditerranée ou, encore des établissements financiers.

Tous s’impliquent par souci de diversité, mais aussi parce que la loi du 11 février 2005 incite les établissements de plus de 20 salariés à employer 6 % de personnes handicapées. Faute de quoi, ils doivent ­verser une contribution à l’Association de gestion du fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées (Agefiph) ou au Fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique (FIPHFP).

« En cinq ans, nous avons multiplié par trois notre taux d’emploi des personnes handicapées, s’enorgueillit Florence Labigne, directrice générale adjointe chargée de l’administration des ressources au Conseil général de Seine-et-Marne. De 1 % en 2005, le taux est passé à 4,5 % et, d’ici à la fin de 2011, nous aurons atteint 6 %. »

Pour y parvenir, le service des ressources humaines s’est doté d’une politique volontariste : charte d’accueil des personnes handicapées élaborée avec les représentants syndicaux, postes réservés, actions de familiarisation au handicap et ­formation des personnes nécessitant un ­reclassement.

Des futurs dirigeants mieux préparés à l'intégration des travailleurs handicapés

Aller à la rencontre du handicap change la vision que l’on peut en avoir. Et le plus tôt est le mieux, dès la formation des futurs managers. C’est ce qu’à fait Companieros, un organisme agréé, qui propose des formations pour que les recruteurs ne soient plus réticents à embaucher des personnes handicapées. En 2004, ­Companieros a mis en place le programme Handi­management, intégré au cursus de trente grandes écoles formant les dirigeants de demain (Arts et Métiers, IEP de province ou universités, écoles de commerce…).

Les étudiants rencontrent des travailleurs handicapés et ceux qui les emploient, et ils découvrent qu’il existe de multiples solutions simples au maintien dans l’emploi. Ils ­prennent aussi conscience que tout le monde peut être ­touché. ­Diabète, cancer ou accident, le ­handicap atteint une personne sur deux au cours de la vie. La formation se déroule sur une année au niveau bac + 2 ; elle est sanctionnée par le label Handi Manager.

Jobdating, Handicafé, Handichat... pour rencontrer les recruteurs

Si les entreprises évoluent, les moyens dont disposent les personnes handicapées pour trouver un emploi aussi. Pour mieux mettre en valeur leurs compétences et, donc, mieux se vendre, des associations organisent de nouveaux modes de rencontres avec leurs futurs employeurs. Dans des lieux conviviaux, sur des Salons spécialisés ou sur ­Internet…

C’est le cas du Jobdating, élaboré par l’Association pour l’insertion sociale et professionnelle des personnes handicapées (Adapt). Les recruteurs ­choisissent six curriculum vitæ (CV) et vont à la rencontre de leurs auteurs. Ils ont douze minutes pour ­présenter leur société avant de passer au ­candidat suivant.

Non-voyant de naissance, Marc Labaye, 32 ans, a préféré le Handicafé pour ses premières rencontres avec le monde du travail. « Environ 80 candidats et 50 entreprises étaient présents, se souvient-il. Le rendez-vous se déroulait au CentQuatre, un centre parisien de production artistique. À l’arrivée, nous étions guidés vers les recruteurs qui avaient repéré notre CV ou que l’on désirait rencontrer. J’ai été sollicité par le ministère de la Justice pour un poste de directeur de maison d’arrêt. J’ai discuté avec 2 mutuelles et 5 entreprises. »

Plus souple que le Jobdating, le ­Handicafé rassemble aussi recruteurs et candidats de façon informelle. Et cela paie. Marc est reparti avec un entretien à venir et deux contacts intéressants. Comme lui, 60 % des participants décrochent un poste dans les six mois.

La Semaine pour l’emploi des personnes handicapées, un rendez-vous annuel

Le Jobdating et les Handicafés de l’Adapt se déroulent partout en France deux ou trois fois par an. Ces initiatives sont apparues dans le cadre de la Semaine pour l’emploi des personnes handicapées, qui a lieu chaque année, en novembre, depuis 1997. À cette occasion, plus de 150 actions sont mises en place. Parmi celles-ci, Handichat, Un jour, un métier en action et Job Studio®, organisés par l’Agefiph.

Handichat propose des dialogues sur Internet, par secteur d’activité, entre recruteurs et candidats qui déposent leurs CV en ligne. Un jour, un métier en action® apporte aux demandeurs d’emploi handicapés, l’espace d’une journée, la possibilité d’exercer le métier qu’ils souhaitent, en binôme avec des salariés de l’entreprise. L’opération se déroule toute l’année et l’on peut s’inscrire à Cap Emploi.

Quant à Job Studio®, c’est un rendez-vous donné dans plusieurs villes pour apprendre à mieux se connaître et se présenter, et rencontrer des entreprises. Dans des ateliers-coaching, on se prépare notamment à passer un entretien d’embauche, à s’exprimer, s’habiller et à se comporter pour donner le meilleur de soi. Avec comme objectif de décrocher un emploi.

La Semaine de l’emploi est devenue « le » rendez-vous annuel au cours duquel les entreprises rencontrent des personnes handicapées. Toutes proposent des postes à pourvoir et leurs coordonnées figurent sur le site Internet www.semaine-emploi-handicap.com. En 2010, 7 300 ­candidats ont rencontré 2 500 recruteurs. Six mois plus tard, plus de la moitié d’entre eux avaient retrouvé le ­chemin de l’entreprise, 40 % en contrat à durée indéterminée et 15 % en contrat à durée déterminée. Un vrai succès.

L’intérim, une porte d’accès pour les personnes handicapées

L’intérim ouvre aussi une voie intéressante pour intégrer durablement une entreprise. ­Manpower ou Randstad jouent la carte de la ­diversité. Chez Manpower, d’ailleurs, on n’emploie plus le terme « ­handicapé », mais « handicapable ». Cet engagement pour l’intégration de tous sur le seul critère des compétences a permis, en 2009, le recrutement de 5 000 ­personnes handicapées.

Autre piste, la création d’entreprise. Grâce à ce choix, 33 000 travailleurs handicapés indépendants ont pu exercer leur métier. Pour ce type de projet, ils peuvent bénéficier d’une subvention à la création d’activité allant jusqu’à 12 000 €, attribuée par l’Agefiph en complément d’un apport de fonds propres d’au moins 1 525 €.

« Mon fils ne pouvait plus trouver d’emploi, car il souffre d’une maladie invalidante provoquant des luxations et des déboîtements articulaires fréquents, témoigne Marie-Claire Bouchet, gérante d’Ex@Services, une entreprise n’employant que des personnes handicapées. Nous avons donc décidé de créer notre entreprise. Nous sommes cinq et nous nous retrouvons chaque jour devant l’ordinateur en visiotravail. »

Tous handicapés, les employés proposent des prestations d’infographie, de téléphonie ou de la création de sites Internet. Le handicap survient souvent à l’âge adulte à la suite d’un accident ou d’une maladie chronique. Difficile de remettre le pied à l’étrier lorsque l’on est resté éloigné du monde du travail pendant de longs mois. Les personnes en situation de handicap mettent deux fois plus longtemps à trouver un emploi que la moyenne nationale.

Pour soutenir les plus fragiles, l’Adapt a créé un réseau de bénévoles qui les accompagne dès qu’elles ont déposé leur CV en ligne. Le Réseau des réussites est un parrainage citoyen qui existe dans 30 départements. Les parrains apportent un soutien psycho­logique et des conseils pour élaborer un CV, écrire une lettre de motivation ou préparer un entretien.

Apprendre à se vendre

Les conseils de Laure Calame, responsable du Réseau des réussites en Île-de-France

Handicapé ou non, le curriculum vitæ d’un postulant, comme son discours en entretien, doit refléter ce qu’il est, ses compétences et son parcours professionnel.  

  • Mettre en avant ses qualités ; parler de formation et d’expérience professionnelle, avec des exemples pour chaque compétence avancée.  
  • Aborder la question du handicap en fin d’entretien, si le recruteur n’ose pas le faire. Expliquer son impact sur l’emploi, avec des arguments positifs : « Me battre contre ma maladie m’a appris la résistance » ou « Je sais que je peux m’accrocher en cas de difficulté. » 
  • Expliquer simplement les modifications à apporter au poste de travail. Un handicap psychique peut justifier une incapacité à travailler en « open space ». Mieux vaut l’expliquer : « J’ai besoin d’un espace avec peu de monde pour exprimer pleinement mes compétences », plutôt que le déplorer.
  • Croire en soi pour ne pas renoncer à des opportunités. Une personne en fauteuil a refusé un emploi intéressant pour ne pas avoir à déménager : elle craignait d’avoir des difficultés à retrouver un logement adapté.

Handicap et formations qualifiantes

Il existe également des filières de formation spécifiques permettant de développer un vrai projet professionnel. Car le principal frein à l’emploi des personnes handicapées reste leur faible niveau de formation. ­L’Association nationale pour la formation professionnelle des adultes, l’un des premiers acteurs de la formation continue, a triplé en cinq ans son intervention auprès des personnes handicapées.

Elle accueille désormais chaque année sur ses campus 13 000 stagiaires avec un handicap. Leur situation est d’autant plus fragile que 50 % d’entre eux ont plus de 50 ans et 83 % une qualification inférieure ou égale au BEP. Mais apprendre un nouveau métier, ­compatible avec leur santé, permet ainsi aux accidentés de la vie de retrouver un emploi.

« J’étais en CAP routier lorsque j’ai eu mon accident de moto à 17 ans, explique Eric. Resté paraplégique, j’ai bifurqué vers un BEP secrétariat administratif, sans conviction. Puis un diplôme d’accès aux études universitaires et un peu d’arts plastiques. Pendant quatorze ans, j’ai enchaîné études et petits boulots, jusqu’au jour où j’ai vu une annonce pour une formation au brevet de pilote d’avion pour personnes handicapées de l’association varoise Castel-Mauboussin. Avec une insertion dans les métiers de l’aéronautique à la clé.

J’ai déposé un dossier à Cap Emploi et l’Association de gestion du fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées a pris en charge 85 % des frais. En 2006, au bout de quatre ans, 250 heures de vol dans un avion aménagé et beaucoup de travail théorique, j’ai été le premier à décrocher mon brevet de pilote professionnel. Depuis deux ans, je suis employé chez Air Marine où j’assure la surveillance aérienne de gazolines et gazoducs. »

Être reconnu comme travailleur handicapé

« Toute personne dont les possibilités d’obtenir ou de conserver un emploi sont effectivement réduites par suite de l’altération d’une ou plusieurs fonctions physique, sensorielle, mentale ou psychique » est considérée comme travailleur handicapé (art. L. 5213-1 du Code du travail).

Pour obtenir la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé, il faut faire remplir un dossier à son médecin traitant et le déposer à la Commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées qui siège à la Maison départementale des personnes handicapées.

La procédure dure au moins six mois. Chaque année, près de 200 000 personnes obtiennent le statut de travailleur handicapé, ce qui leur permet de bénéficier des aides liées à l’emploi.

Des pistes pour trouver un emploi

Association pour l’insertion sociale et professionnelle des personnes handicapées (Adapt) : elle a créé la Semaine pour l’emploi des personnes handicapées, dont la prochaine édition se déroulera du 14 au 20 novembre 2011, le Jobdating, le Handicafé et le Réseau des réussites. Autant de lieux d’entraide et de rencontres. Web : www.ladapt.net ; www.semaine-emploi-handicap.com et www.travaillerensemble.net.

Association de gestion du fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées (Agefiph) : elle développe l’emploi dans les entreprises du secteur privé et a créé Handichat, Job Studio® et Un jour, un métier en action®. Pour mieux savoir se vendre et dialoguer avec des recruteurs. Web : www.agefiph.fr ; www.handichat.fr.

Cap Emploi : réseau national composé de 107 organismes de placements spécialisés financés par l’Agefiph. Un complément utile à Pôle emploi. Web : www.capemploi.com.

Emploi-Collectivités : site dédié aux offres d’emploi dans les collectivités territoriales. Web : www.emploi-collectivites.fr.

Groupement national des établissements et services d’aide par le travail (Gesat) : association réunissant 2 000 établissements protégés et entreprises adaptées pour favoriser l’emploi des travailleurs handicapés. Web : www.reseau-gesat.com.

Maisons départementales des personnes handicapées (MDPH) : ces maisons accompagnent les personnes handicapées dans toutes leurs démarches liées au handicap. Web : www.mdph.fr.