Travail de nuit : quels sont les risques ?

Travail de nuit : quels sont les risques ?

Près de 15 % des salariés travaillent en totalité ou en partie la nuit. Cette population hétérogène bénéficie d’une surveillance médicale renforcée.

3,5 millions de personnes travaillent de nuit, en horaires décalés ou atypiques : routier, chauffeur de taxi, personnel de discothèque, ­intermittent du spectacle, réceptionniste d’hôtels, policier…

Une surveillance renforcée

Le travail de nuit brasse des salariés volontaires et des travail­leurs postés. Cette différence pèse sur le critère de pénibilité. Car, quand les horaires atypiques sont le résultat d’un choix et à condition de pouvoir maintenir une vie familiale et sociale, les risques sur la santé ne sont pas du même ordre.

Déclaré comme « pénible » par la Haute autorité de santé, le travail de nuit fait l’objet d’une surveillance médicale renforcée (décret n° 2008-244 du 7 mars 2008). Ainsi, le médecin du travail doit effectuer un examen avant toute affectation de nuit, pour vérifier si la santé du salarié est compatible avec un tel poste. Il rédige une fiche d’aptitude et l’actualise tous les six mois.

Cette surveillance renforcée peut être superflue si la personne ne rencontre pas d’autres risques, tels que le port de charges lourdes, les vibrations ou le bruit, observe le Dr Hélène Smith, médecin du travail à Issy-les-Moulineaux. Certains bénéficient d’une visite du médecin sur leur site pendant leur temps de travail. Il m’arrive d’y procéder lorsqu’une dizaine de personnes peuvent être examinées dans le cadre d’une même entreprise. »

Le médecin peut prescrire des examens ­spécialisés, liés à un problème de vigilance, qui sont alors à la charge de l’employeur.

Si son état de santé l’exige, le salarié est transféré à un poste de jour – à titre temporaire ou définitif – aussi proche que possible à l’emploi occupé jusqu’alors. L’intéressé ne risque pas d’être licencié, sauf si l’employeur justifie ne pas pouvoir opérer son transfert ou que l’intéressé le refuse.

Les femmes enceintes peuvent aussi être affectées à un poste de jour, à leur demande ou à celle du médecin du travail, y compris sur un autre site en cas de risques pour la grossesse.
Si ce reclassement temporaire n’est pas possible, la salariée peut être suspendue d’activité jusqu’au début du congé de maternité. Elle reçoit alors une rémunération composée d’une allocation journalière de l’Assurance-maladie et d’une partie de son salaire.

Des conséquences sociales

Plusieurs accidents industriels sont le ­résultat d’erreurs humaines en fin de nuit, mais ce n’est pas le seul problème.

La nuit est propice aux agressions chez les réceptionnistes d’hôtels, de la part de malades mentaux ou d’individus sous l’empire de l’alcool ou de ­drogues, indique Hélène Smith. Les ­accidents de conduite automobile sont aussi plus fréquents lors du retour au domicile au petit matin, avec un risque multiplié par deux. »
Le décalage des horaires a des répercussions psychologiques, sociales, et un impact sur la santé. L’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) a étudié les risques de fatigue chronique liés aux troubles du sommeil.

Pour tenir le coup, cette population de travailleurs plonge dans des conduites addictives (cannabis, alcool, tabac et café) », constatent les chercheurs.

Des troubles physiques

Ce chamboulement des horaires de travail s’accompagne de troubles métaboliques. L’horloge circadienne, située dans l’hypothalamus et synchronisée par l’alternance jour-nuit, agit sur le cycle du sommeil, les besoins alimentaires, la température du corps, les sécrétions hormonales. Un salarié fatigué pratiquera moins d’activités physiques et consommera plus d’aliments gras et de sucres, au risque de glisser vers l’obésité.

Il est médicalement constaté que la privation de sommeil chez le jeune adulte entraîne un risque accru de diabète et d’hypertension artérielle.

En 2010, le Centre international de recherche contre le cancer a classé le travail de nuit comme « probablement cancérigène ».

Les femmes ayant travaillé de nuit pendant plus de quatre ans et celles effectuant au moins trois nuits par semaine ­présentent un risque de cancer du sein ­environ 30 % plus élevé par rapport aux autres femmes. Les grossesses sont très surveillées (risques de fausse couche, de bébé prématuré, retard de croissance intra-utérin…) et doivent être signalées dès que possible.

Toutes les précautions à prendre

Pour l’Institut national de recherches en santé publique, « pouvoir anticiper sur son planning, échanger ses heures entre salariés, s’assurer que les heures d’entrée et de sortie sont compatibles avec les transports en commun, organiser des temps de pause, etc. améliore la tolérance au travail de nuit ».

La Société française de médecine du travail et le CHU de Rouen émettent des recommandations depuis mai 2012 :

Quand le travail entraîne une diminution de 1 à 2 heures de sommeil par 24 heures et une plus grande somnolence durant l’éveil, le médecin doit interroger le travailleur avec l’aide d’un Agenda du sommeil (l’intéressé note sur deux semaines ses temps de sommeil) ou du questionnaire de sommeil de Spiegel, sur lequel il précise son temps d’endormissement, la qualité du sommeil, ses réveils nocturnes… »

Les rotations en sens horaires – matin/après-midi/nuit – sont recommandées, de même que les rythmes d’au moins 4 à 5 nuits-jours. L’exposition à la lumière à l’arrivée au travail permet une meilleure adaptation au poste. Et le quitter pour se coucher dans la pénombre facilite le sommeil.

Je suggère aux salariés qui se couchent au lever du jour de porter des lunettes de soleil pour ménager la rétine, cette membrane produisant de la mélatonine (hormone du sommeil) », explique le Dr Smith.

Quant au café, il ne faut pas en abuser : s’il augmente les performances cognitives en début de poste, il ne réduit pas les risques d’accident. Enfin, une sieste courte dans une pièce de repos est recommandée.

Une fois ces précautions prises, le salarié pourra mieux adhérer à ce rythme particulier, avec comme conséquence une diminution de l’absentéisme, du stress ou de la dépression.