Réussir son retour au travail

Réussir son retour au travail

Après une longue absence, revenir au bureau ou à l’atelier peut s’avérer une épreuve. Voici les clés pour réussir cette réintégration.

Pour suivre un traitement médical, Florence, 30 ans, a mis son travail entre parenthèses pendant neuf mois. De retour à son poste, elle subit les remarques de ses collègues et la pression de son employeur. "À partir du moment où je revenais travailler, je devais être opérationnelle à 100 %", constate-t-elle. Son temps partiel thérapeutique est très mal perçu et ses conditions de travail se dégradent…

Passé un certain temps d’absence, qu’elle s’annonce laborieuse ou au contraire sereine, la reprise du travail provoque souvent un lot d’angoisses. Pour calmer cette appréhension bien légitime, il est bon d’anticiper la situation.

Refaire sa place

"Vais-je accepter de recevoir à nouveau des directives, de me plier aux attentes de mon supérieur ? Vais-je retrouver ma place au sein du groupe ou être déclassé, voire licencié ?… Le retour à l’emploi après une longue période passée en marge de la scène professionnelle est propice à l’émergence d’interrogations", note David Bernard, psychologue du travail.

Il faut refaire sa place, reconstruire sa crédibilité et ses relations. Des impératifs parfois difficiles à mettre en œuvre, surtout si l’entreprise a évolué ! Partie sereinement en congé maternité, Marie a très vite déchanté : "Deux semaines après mon départ, ma chef de service était licenciée et la filiale qui m’employait démantelée." À son retour, cette responsable commerciale se voit confier un poste administratif…

L’expérience de Gilbert Rialland, aujourd’hui coach en ressources humaines, est voisine. "J’imaginais ma reprise comme une thérapie, un moyen d’oublier ma maladie. Mais après six mois d’absence j’ai découvert que mon poste de directeur général adjoint avait été attribué, se souvient-il avec amertume. Ne plus être présent sur l’échiquier social vous montre que vous n’êtes pas si indispensable que cela. Le retour n’en est que plus déstabilisant."

Souplesse et modestie

Curieusement, le premier précepte à adopter pour réussir son retour est de prendre conscience de ses limites. "La personne doit accepter de ne pas être opérationnelle immédiatement, confirme David Bernard. C’est là l’enjeu d’une réintégration réussie. Dans un premier temps, il vaut mieux se fixer des objectifs simples, ne pas se surestimer. Une période de réadaptation est toujours nécessaire."

Pour définir votre nouvelle sphère d’activité, parlez avec votre employeur, peu avant votre reprise mais aussi après. "Le salarié doit s’appliquer à instaurer un dialogue avec son supérieur : dire ce qu’il attend et l’interroger sur les espoirs qu’il met dans cette réintégration", conseille Gilbert Rialland.

Multiplier les entrevues avec les "acteurs" de son retour (employeur, DRH, chef de service, médecin du travail, collègues…) est un bon moyen de réinstaller son territoire, tant sur le plan professionnel que sur le plan psychologique.

Garder un pied dans l’entreprise

"Même si je me suis arrêté volontairement, je n’ai jamais perdu de vue qu’un jour je réintégrerais mon travail, raconte Arnaud, qui vient de mettre un terme à un congé parental de dix-huit mois. Entamer les démarches pour revenir m’a mentalement préparé à renouer avec les responsabilités de mon poste." C’est l’occasion de rester en phase avec le monde du travail, de garder contact avec ses collègues, voire leur rendre visite…

Autant de gestes efficaces "pour rester connecté avec la vie de l’équipe", confirme David Bernard. Aurélia n’a pas failli à la présentation de sa dernière-née à l’étude de notariat où elle travaille : "Cela m’a suffi pour sentir l’ambiance et rencontrer les nouvelles recrues."

Ajoutez à cela un zeste d’anticipation et vous serez sans doute aussi serein qu’elle. "J’ai réfléchi, en amont, à ma future organisation entre ma journée de travail, l’école et la nounou du bébé." De même a-t-elle lu régulièrement la presse professionnelle. Une attitude à suivre ! Potassez les documents de travail selon l’activité que vous exercez (lettres internes, journal de la profession, documentation sur les nouveaux produits, articles de presse, etc.). Vous serez plus opérationnel à votre retour.

Le moment de faire le point

Dans tous les cas, restez positif ! L’absence peut ainsi se révéler "une opportunité pour redéfinir son projet professionnel au sein de l’entreprise", estime Gilbert Rialland. Pour cela, faites un bilan avec votre hiérarchie en fonction du poste que vous occupiez, de celui dont vous serez désormais chargé, de ce que vous êtes capable de faire et de ce vers quoi vous tendez.

"Passez en revue ce que la distance avec le monde de l’entreprise a permis de développer chez vous en termes d’aptitudes, de regard neuf, de nouvelles pratiques, préconise David Bernard. Cet examen peut vous amener à demander un bilan de compétences, une formation, un aménagement du temps de travail, ou même vous donner l’envie de changer de voie."

Et si vous changiez de métier ?

Si le travail que vous retrouvez n’est pas à la hauteur de vos espérances, vous pouvez peut-être en profiter pour tourner la page… "La phase du retour à l’emploi constitue un moment clé dans la carrière d’un individu et peut devenir un levier de repositionnement", explique le psychologue du travail David Bernard. Un "mauvais" retour au travail peut être converti en une opportunité pour exercer le métier de ses rêves !

C’est ce qui est arrivé à Florence : "J’étais chargée du recouvrement de dettes dans un cabinet privé et je battais des records ! Après la maladie, quand je suis revenue, je ne savais plus comment me positionner. Mon métier me posait un réel problème de conscience…" Après un bilan de compétences à l’ANPE, Florence a trouvé sa voie : aide-soignante.