Compétitivité : la baisse des charges n'est pas la seule solution

Compétitivité : la baisse des charges n'est pas la seule solution

La baisse de 6 % des cotisations sociales sur les salaires de 1 à 2,5 Smic en 2014 est la mesure phare du "Pacte national pour la croissance, la compétitivité et l’emploi" présenté par Jean-Marc Ayrault après la remise du rapport Gallois. Une fois de plus, le coût du travail est pointé du doigt. Mais le handicap de la France réside peut-être plus dans la qualité de sa production industrielle que dans le coût des salaires.

Les entreprises pourront bénéficier d’un crédit d’impôt de 20 milliards d’euros en 2014, c’est-à-dire que celles qui font des bénéfices verront leurs cotisations sociales réduites et celles qui n’en font pas recevront un chèque du Trésor public.

Ces 20 milliards représentent moins de 5 % des ressources de la protection sociale. La dimension de la mesure pourrait faire sourire quand on sait que les revenus d’activité financent plus de 77 % des 633 milliards d’euros des ressources de la protection sociale. Sauf que, dans un budget déjà marqué par une douloureuse chasse aux déficits publics, le financement de cet allègement fiscal sera pour la plus grande partie assuré par des recettes nouvelles.

Avec cet effort, le gouvernement compte bien apporter aux entreprises l’oxygène dont elles ont besoin pour se réformer et investir.

Monter en gamme

Pourtant, une partie des économistes doutent que cette décision soit opportune. D’abord car elle s’ajoute en la complétant à une mesure déjà prise par le gouvernement Fillon et qui allégeait les charges sur les salaires au-dessous de 1,6 Smic.

Et, plus grave, car ils pensent que ce dont souffre notre industrie est plutôt de l’ordre de la compétitivité liée à la qualité que celle de la compétitivité liée au coût.

Invité à une table ronde organisée par l’association des journalistes de l’information sociale (Ajis), Benjamin Coriat, professeur d'économie à l'université Paris 13 et co-président du collectif des Économistes Atterrés, doute de l’efficacité d’une telle mesure :

L’impact pour une automobile se traduirait par une baisse de quelques dizaines d'euros sur un véhicule d’une dizaine de milliers d'euros. Il semble difficile de rivaliser avec les prix pratiqués par les pays émergents qui savent produire en masse et à des tarifs encore aujourd’hui imbattables.

Pour lui, le défi est plutôt de monter en gamme et de proposer des produits à forte valeur ajoutée à l’exemple de l’Allemagne qui truste le marché des voitures haut de gamme (2,2 millions de véhicules en 2011 pour un peu plus de 100 000 véhicules vendus par les constructeurs français). Mais cette construction d’image demande du temps. Ainsi, malgré tous ses efforts, Peugeot n'a pas réussi à s'imposer sur le marché du haut de gamme.

Relancer la politique industrielle

  • Un projet industriel

Avec un déficit du commerce extérieur de 73 millions d’euros en 2011, et une part des exportations mondiales qui a baissé de 19 % de 2005 à 2010, la France souffre d’un manque de grands projets industriels. A l’image de ce qu’ont représenté en leur temps la filière nucléaire et l’aéronautique.

L'État peut jouer un rôle d'aiguillon mais les entreprises doivent également se mobilier.

  • Des entreprises qui investissent

Depuis les années 1990, les entreprises industrielles françaises sont sous capitalisées. Comme elles manquent de fonds propres, elles ont fait appel au marché financier qui demande en contrepartie des rendements de 15 % sur le capital investi, un rendement incompatible avec la survie sur le long terme des entreprises qui ont besoin d’investir en recherche et développement et dans leur outil industriel.

Faute de restaurer la compétitivité, ces nouvelles aides auront au moins le mérite de désamorcer la grogne du patronat envers le gouvernement, de donner de l’oxygène aux entreprises qui en ont bien besoin pour investir et de mettre sur le devant de la scène le financement de notre protection sociale.

Une commission qui réunit patronat et syndicats planche d’ores et déjà sur ce sujet. Elle doit apporter des réponses à la fin de l’année 2012.