Recycler son téléphone portable

Recycler son téléphone portable

En France, 60 millions de téléphones portables inutilisés dorment dans des tiroirs. Pourtant, leurs composants sont facilement recyclables. Ainsi, les matières premières sont réutilisées, les polluants retraités… mais la plupart du temps, ils sont remis à neuf et revendus !

La majorité des composants de mobiles sont recyclables

Avec 59 millions d’utilisateurs qui changent de téléphone en moyenne tous les dix-huit mois, il se vend chaque année 22 millions de téléphones portables en France. Selon une enquête de l’Association française des opérateurs mobiles (Afom) réalisée en 2009, 5 % des anciens portables sont jetés, 21 % sont donnés à un proche, 11 % sont recyclés et 38 % restent stockés. Il y aurait ainsi 60 millions de téléphones portables inutilisés qui dorment dans des tiroirs. Dommage, quand on sait que 85 à 90 % de leurs composants sont recyclables !

"Aujourd’hui, lorsque l’on recycle les portables, c’est pour récupérer les matières qu’ils contiennent, explique Bertrand Reygnier, directeur technique chez Ecologic, l’un des éco-organismes chargés du recyclage des appareils électriques et électroniques. Cela évite de puiser dans les gisements, et les matières récupérées peuvent être utilisées de la même façon que des matières premières qui viennent d’être extraites. Ainsi, le fer retourne aux aciéries pour être converti en canettes ou en carrosseries."

Selon le fabricant Nokia, si tous les utilisateurs de portables du monde recyclaient au moins un de leurs appareils, cela permettrait de récupérer environ 240 000 tonnes de matières premières. Ainsi, les cartes électroniques contiennent des métaux précieux comme l’or, le platine ou le palladium.

"Ils sont présents en quantité infime, mais il faut la rapporter au nombre de portables qui existent dans le monde", ajoute Bertrand Reygnier. Soit environ 2,5 milliards de mobiles pour les seuls appareils en cours d’utilisation ! Quant aux substances dangereuses comme le plomb ou le mercure, elles sont interdites dans les téléphones depuis 2006. En France, 40 000 téléphones seulement sont démantelés sur les 800 000 appareils collectés. Les autres sont remis à neuf et revendus, soit en France, soit dans les pays en voie de développement.

Téléphone portable : l’éco-participation finance la collecte

Le plus simple pour se débarrasser d’un téléphone portable dont on n’a plus l’usage est de le rendre au commerçant. Les opérateurs et les distributeurs ont l’obligation de le reprendre. C’est l’éco-participation, acquittée lors de l’achat de votre mobile, qui sert à financer la collecte et le traitement de tous les déchets d’équipements électriques et électroniques par le biais d’organismes agréés par l’État.

Afin d’inciter leurs clients à rapporter leurs vieux appareils, les opérateurs multiplient les opérations de collecte, tout en se regroupant avec des associations humanitaires, charitables ou de protection de l’environnement. Orange, qui a organisé en avril dernier trois journées de collecte dans ses boutiques, verse le produit de la revente des appareils au WWF et aux Ateliers du Bocage, entreprise de réinsertion d’Emmaüs France. Celle-ci est partenaire des trois opérateurs français, ce qui lui permet de financer des ateliers de recyclage en Afrique.

Chez SFR, on propose au client d’échanger son ancien mobile contre un bon d’achat (utilisable le jour même dans la boutique SFR) et un versement de 4 € à une association dont La Voix de l’enfant et Fondaterra. Bouygues Telecom n’est pas en reste : par le biais de son site Internet, l’opérateur propose d’évaluer l’ancien portable. Puis l’argent est soit viré au client, soit versé à la Surfrider Foundation, association de protection des océans et du littoral.

De nouveaux collecteurs de mobiles

Les opérateurs ne sont pas les seuls à se lancer dans la collecte, de nouvelles entreprises s’y mettent aussi. Sur le site de Mobilorama, le client évalue son portable, puis expédie l’appareil et sa batterie (à ses frais) à l’entreprise qui lui vire la somme correspondante dans les quinze jours. Plus le mobile est récent et en bon état, plus l’opération est intéressante.

Le client peut choisir de verser la somme qui lui revient à Médecins du monde. Dans ce cas, Médecins du monde lui adressera un reçu fiscal (à partir de 3,05 €) permettant de déduire 66 % de cette somme de ses impôts au titre du don à une ONG. Fonebak, qui se présente comme le leader européen du recyclage de mobiles, propose au client de faire un don à l’association Tree-Nation, qui plante des arbres au Niger et au Nicaragua.

Chez MonExtel, l’entreprise prend en charge les frais d’envoi du téléphone et reverse l’argent à une association. Love2recycle se contente de récupérer le mobile gratuitement. Pas de don non plus chez Fonebank, qui laisse en outre les frais d’envoi à la charge de l’utilisateur. En ce qui concerne le prix de reprise des téléphones, il est à peu près toujours le même, conforme à l’argus du marché de l’occasion.

Que deviennent les téléphones mobiles ?

"Tous les téléphones collectés sont expédiés à Hong Kong, la plate-forme internationale du commerce des téléphones portables d’occasion, explique Renaud Kayanakis, président fondateur de Mobilorama. La majorité d’entre eux sont des engins de milieu de gamme encore utilisables qui sont remis en état et revendus en Inde ou en Afrique." Moins nombreux, les mobiles haut de gamme sont remis à neuf en Roumanie et à nouveau commercialisés dans les pays occidentaux.

Enfin, les appareils irrécupérables sont démantelés afin de récupérer les matières premières et les composants polluants. Mais comment être sûr que ce travail est effectué dans de bonnes conditions ou que le téléphone n’est pas tout simplement abandonné dans une décharge ? "C’est notre partenaire industriel, le groupe britannique Regenersis, qui prend en charge cette partie du travail. Il est certifié ISO 9001 et 14001", assure Renaud Kayanakis.

Le marché français s’ouvre à l’occasion

Chez MonExtel, créé en 2009, les téléphones restent en France et sont démantelés par un établissement et service d’aide par le travail (Esat) qui emploie des personnes en situation de handicap.

"La plate-forme logistique est installée à Rouen et se charge de la réception, du tri, des tests et du reconditionnement, explique Cédric Maucourt, cofondateur de l’entreprise. Nous avons formé le personnel et nous avons développé une suite logicielle adaptée (écrans tactiles) et des processus de travail simplifiés, car le démantèlement reste une opération complexe."

Les téléphones remis en état sont revendus par des magasins d’occasion, "essentiellement en France, affirme Cédric Maucourt. Nous avons choisi de privilégier le marché français. L’occasion n’est pas encore une évidence ici, mais cela viendra".

Les "ressourceries", des lieux de récup à découvrir

Les "recyclableries" ou "ressourceries" collectent les objets dont les particuliers souhaitent se débarrasser et les revendent. Les ressourceries ne reprennent pas uniquement les portables mais aussi les meubles, les appareils électroménagers, les jouets, les livres, la vaisselle…

Associations loi de 1901, elles n’ont pas de but lucratif et réinvestissent tous leurs revenus dans la création d’emplois et la sensibilisation aux trois "R" : réduire, réutiliser, recycler. La remise en état d’objets en vue de leur réemploi évite l’utilisation de matières premières et l’accumulation de déchets. La liste des ressourceries françaises est disponible sur www.ressourcerie.fr.

Les sites Internet des collecteurs et des organismes de recyclage agréés

Des collecteurs de téléphones :

Les quatre organismes agréés en France pour recycler les déchets d’équipements électriques et électroniques :

Et aussi sur Dossier familial