Le paiement sans contact

Le paiement sans contact

Et s’il suffisait, pour payer, de passer sa carte bancaire ou son téléphone près du terminal de paiement du commerçant ? C’est désormais possible.

Nouveau mode de paiement par contact

Les Niçois sont les premiers à tester le paiement sans contact. Pour s’offrir un journal sur la promenade des Anglais, un café au comptoir, régler le sandwich du déjeuner ou acheter des timbres à la poste, il leur suffit désormais d’approcher leur nouvelle carte bancaire à moins de 4 cm du terminal de paiement du commerçant, dès que celui-ci a tapé le montant dû. Un bip, le ticket sort… et c’est payé.

Sans avoir composé de code secret. Nice est la première ville en France à avoir adopté cette nouvelle technologie pour les dépenses quotidiennes de moins de 20 €.

"Depuis juin dernier, dans cette ville, les banques ont commencé à distribuer aux particuliers des cartes bancaires équipées pour le paiement sans contact, et à installer des terminaux ad hoc chez les commerçants. À la fin de l’année, nous prévoyons que 100 000 habitants de l’agglomération niçoise utiliseront une de ces cartes", explique Charlotte Desbons, directrice marketing pour la France chez Visa.

Déjà expérimenté à Caen et à Strasbourg, ce nouveau mode de paiement - qui s’applique aux cartes MasterCard comme aux Visa - est déployé grandeur nature cette fois à Nice, où onze banques participent ensemble à son installation. En 2011, d’autres grandes villes en France devraient suivre cette voie.

Le compte est directement débité du montant de la transaction

Cette nouvelle façon de payer repose sur une technologie sans fil à courte portée (qui utilise un courant électromagnétique), similaire à celle que connaissent bien les Parisiens qui utilisent le Pass Navigo dans les transports en commun.

Le terminal de paiement émet un signal qui est capté par une mini-antenne radio à courte portée noyée dans le plastique de la carte bancaire, lorsqu’elle est approchée tout près. "Cette antenne est reliée à la puce de la carte. Le compte bancaire du client est directement débité du montant de la transaction ainsi réalisée", décrit Jean-Marc Bornet, administrateur du GIE Cartes bancaires.

Pour le reste, cette carte bancaire n’a rien de spécial. "C’est la même que celle que les Français ont déjà dans leur portefeuille, hormis qu’elle est en plus équipée pour le sans-contact", précise Charlotte Desbons, directrice marketing pour la France chez Visa.

Carte à créditer au préalable

La carte dotée de cette fonction peut donc aussi être insérée dans le terminal de paiement, pour régler un achat en frappant le code secret. Cela reste d’ailleurs le mode de règlement "normal" pour toute dépense de 20 € et plus ou les retraits d’argent aux distributeurs automatiques.

Le paiement sans contact par carte bancaire est donc très différent de Moneo, le porte-monnaie électronique. Celui-ci implique de créditer au préalable un certain montant sur la carte pour pouvoir ensuite payer ses dépenses au fil de l’eau.

L’argent se trouve ainsi logé dans la carte elle-même. Avec le "sans-contact", au contraire, le compte courant est débité des achats au fur et à mesure, et il n’est jamais besoin de penser à "recharger" la carte.

Le paiement sans contact est-il sécurisé ?

Ce nouveau mode de paiement est-il sûr ? Les émetteurs de la carte l’assurent, arguments à la clé. D’abord, avec le sans-contact, la transaction n’est prise en compte qu’à condition que le commerçant ait tapé au préalable le montant à payer sur le terminal et que l’acheteur ait approché sa carte suffisamment près de celui-ci.

Il est donc très improbable de voir des opérations validées par mégarde.

Ensuite, les spécialistes de cette technologie jugent aussi irréaliste d’imaginer qu’un fraudeur réussisse à détourner l’onde radio à très courte portée d’une carte pour l’utiliser à son profit.

"Enfin, si le porteur de la carte la perd ou se la fait voler, les paiements sans contact frauduleux réalisés à son insu avant qu’il ait pu faire opposition auprès de sa banque seront intégralement pris en charge par celle-ci. Mais il doit, bien sûr, quand même se dépêcher d’avertir sa banque de la disparition de sa carte", ajoute Jean-Marc Bornet.

Protection en cas de perte ou de vol

Cette protection en cas de vol ou de perte est d’ailleurs un atout supplémentaire du sans-contact par carte bancaire par rapport à Moneo. Car, avec ce dernier, la perte ou le vol de la carte - et donc de l’argent présent dans le porte-monnaie électronique - n’est pas couvert par la banque.

Bien entendu, les banques s’entourent de précautions. Par exemple, il n’est pas possible de réaliser une longue série de paiements sans se voir demander, à un moment ou un autre, d’insérer la carte dans le terminal de paiement et de taper le code secret, afin de vérifier que la carte est toujours dans les mains de son titulaire. Certaines banques prévoient cette obligation dès que les paiements sans contact successifs atteignent un certain montant, autour de 80 €.

Le téléphone portable sert de moyen de paiement

À Nice, la généralisation du paiement sans contact s’accompagne d’une autre révolution : la possibilité de payer avec un téléphone mobile. Le principe ? Sur la carte Sim de l’appareil (qui est aussi une carte à puce, comme la carte bancaire classique) est logée une application bancaire. L’appareil possède ainsi les mêmes fonctionnalités qu’une carte de paiement.

En pratique, si le commerçant a déjà tapé sur le terminal en caisse le montant à régler, il suffit d’approcher le téléphone tout près de ce terminal et de taper un code secret sur le clavier du mobile pour valider la transaction.

Souplesse supplémentaire, si le client le souhaite, il est libre de paramétrer son mobile pour autoriser les trans­actions jusqu’à 20 € sans frappe du code secret, c’est-à-dire simplement en approchant le téléphone du terminal de paiement.

Un seul modèle de téléphone existe pour le moment

Quelques préalables sont toutefois requis pour pouvoir régler ainsi des dépenses avec son téléphone. En premier lieu, devenir propriétaire d’un téléphone conçu pour cette technologie. Pour l’instant, un seul modèle est disponible. Les Français adeptes de l’iPhone et autres smartphones seront déçus : le paiement sans fil n’est pas aujourd’hui possible sur ces appareils. Mais cela ne saurait tarder.

"Ensuite, le client doit disposer d’un abonnement téléphonique qui lui donne accès à la “connexion data”, c’est-à-dire un accès à Internet. Si ce n’est pas le cas, il doit souscrire cette option auprès de son opérateur, ou bien changer d’abonnement", explique Laurent Jullien, membre du conseil d’administration de l’Association française du sans contact mobile.

Enfin, l’utilisateur doit aussi s’adresser à sa banque pour activer l’application de paiement installée sur la carte Sim, et donc voir son compte courant débité de ses achats réglés par téléphone.

Les banques sont libres de facturer ou non ce service supplémentaire. "À Nice, seuls quelques établissements bancaires proposent déjà cette solution à leurs clients. D’autres y travaillent et devraient leur emboîter le pas", ajoute Laurent Jullien, membre du conseil d’administration de l’Association française du sans contact mobile.

Vol ou perte : avertir son opérateur

Les règles de sécurité sont les mêmes pour les paiements sans contact réalisés avec le téléphone que pour ceux qui sont effectués par carte. Mais, cette fois, si l’on perd son téléphone, il faut penser à la fois à avertir son opérateur pour qu’il bloque la ligne… et sa banque pour faire opposition sur les opérations de paiement.

Dans le futur, les modèles intégrant la technologie sans contact (reconnaissables à la marque "cityzi" commune à tous les opérateurs) ouvriront les portillons du métro et les portes du bus ou du tram.

"Grâce au sans-contact, la carte d’abonnement aux transports en commun peut être logée dans l’appareil. Ce qui permet de valider son titre de transport dans le bus ou en station en présentant son téléphone aux lecteurs ad hoc", observe Laurent Jullien, membre du conseil d’administration de l’Association française du sans contact mobile. Les Niçois s’en servent déjà ainsi.

Le paiement sans contact engage-t-il des frais ?

Les Français se verront-ils facturer des frais supplémentaires s’ils souhaitent utiliser le paiement sans contact ? Aujourd’hui, les pratiques tarifaires des banques sont très diverses. Certaines offrent ce service. D’autres demandent pour la carte bancaire équipée de cette fonctionnalité une cotisation annuelle un peu plus élevée que pour une carte qui en est dépourvue.

Transactions : technique gadget ou nouvel outil bancaire ?

Mais à quoi sert le paiement sans contact ? A aller vite ! Il permet de régler une transaction en quelques secondes, sans avoir à chercher dans son porte-monnaie pièces et billets, ni attendre que le commerçant rende la monnaie. Cela contribue à réduire la file d’attente aux caisses et, pour le commerçant, à encaisser plus vite.

C’est pour cette raison qu’il intéresse autant supermarchés et hypermarchés. Carrefour, par exemple, déploie depuis un an un vaste plan pour équiper ses magasins de terminaux "sans contact". Pour les banques, cette solution aura aussi l’avantage de limiter la manipulation des pièces et des billets, lourde et coûteuse, et leur transport, toujours risqué.

L’avis de l'expert, Laurent Jullien

Julien Laurent est membre du conseil d’administration de l’Association française du sans contact mobile.

Sera-t-il bientôt possible de payer avec son téléphone dans toute la France ?

Dès 2011, les fabricants de téléphones vont lancer une première gamme d’appareils conçus pour cette technologie. De leur côté, si certaines banques envisagent de développer ce type de paiement au niveau national vers la fin 2011, d’autres sont moins avancées sur le sujet. Les trois principaux opérateurs de téléphonie mobile et NRJ Mobile, eux, sont prêts.

Le téléphone pourrait-il un jour remplacer la carte bancaire ?

Peut-être, mais cela prendra du temps. Un nouveau moyen de paiement est toujours complexe à mettre en place. Et ici, cela implique que les banques, les fabricants d’appareils et les opérateurs avancent du même pas. Aucun moyen de paiement n’en a d’ailleurs remplacé un autre. La carte bancaire elle-même a mis trente ans à conquérir la place qu’elle occupe aujourd’hui.

Dans d’autres pays, le téléphone est-il déjà utilisé de cette façon ?

Au Japon, le portefeuille mobile basé sur le sans contact existe depuis 2004 et permet de faire ses achats ou de prendre les transports en commun. Mais la technologie utilisée n’est pas transposable en France.

En savoir plus sur le paiement en contact

Visa propose un site Internet pour le paiement sans contact : www.visasanscontact.fr.

L’Association européenne Payez mobile, qui réunit banques et opérateurs de téléphonie mobile, a lancé le site www.payezmobile.com.