Internet, téléphone : réduire l'impact de vos communications

Internet, téléphone : réduire l'impact de vos communications

Qu’il soit postal ou électronique, le message ou le document transmis représente un coût pour l’environnement. Pour en limiter l’impact, on peut adapter son comportement.

On a longtemps pensé que la dématérialisation allait sauver la planète : pas de papier, pas d’objets, pas de pollution ! Ce n’est malheureusement pas le cas, même en matière de communication.

Diminuer le nombre des mails pour réduire l'impact

Le courrier électronique – 247 milliards de courriels envoyés par jour dans le monde en 2009 –, a un impact important sur l’environnement.

Ainsi, en France, chaque collaborateur d’une entreprise de cent personnes reçoit en moyenne cinquante-huit courriels de 1 méga-octet (Mo) par jour et en envoie trente-trois, révèle une étude sur les impacts environnementaux des courriers électroniques et requêtes web de l'Ademe (l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie).

Cet envoi à un seul destinataire provoque des émissions de gaz à effet de serre, estimés à 136 kg équivalent de dioxyde de carbone (CO2) par salarié pour deux cent vingt jours ouvrés, un chiffre qui passe à 224 kg s’il met deux destinataires en copie.

On échange toujours plus de courriels, remarque Pierre Galio, l’ingénieur de l’Ademe qui a lancé l’étude. C’est une véritable “infobésité” qui génère perte d’efficacité, saturation d’informations et sentiment de pression.

Des effets négatifs auxquels il faut ajouter l’impact écologique. Limiter ses courriels et mieux cibler ses interlocuteurs, c’est meilleur pour la qualité du travail, le repos du cerveau et l’environnement. 

Une réduction de 10 % de ce type d’envois permet à elle seule un gain d’environ une tonne équivalent CO2 sur l’année, soit un aller-retour Paris-New York pour une personne.

E-mail : imprimer moins

Le courriel a un effet collatéral : les impressions papier.

Malgré l’arrivée des nouvelles technologies, le recours au papier ne baisse pas, fait remarquer Pierre Galio.

Là encore, diminuer de 10 % les impressions de courriels reçus par la même entreprise de cent personnes revient à économiser cinq tonnes équivalent CO2.

On considère qu’un document de quatre pages demande 12 à 16 minutes de lecture et que, dans ce cas, la lecture à l’écran suffit.

Au-delà, on peut faire fonctionner l’imprimante. Mais en privilégiant le recto verso et le noir et blanc, ou le mode « brouillon ». On peut aussi imprimer deux pages par face, ce qui permet d’avoir les quatre pages du document sur une seule feuille.

Plus difficile à imaginer, mais pas moins réel, l’impact du stockage des courriels.

Celui-ci se fait dans des serveurs qui non seulement consomment de l’énergie mais chauffent donc demandent à être refroidis par climatisation, explique Pierre Galio.

Conclusion : ne conservez que ce qui est nécessaire. Les pièces jointes prennent elles aussi de la place : compressez les documents les plus lourds (avec QuickZip, WinZip, WinRAR…) ou remplacez-les par l’envoi d’un lien hypertexte temporaire (sur les sites Dropcloud, Yousendit ou Nextsend, par exemple).

L’usage d’Internet n’est pas seul à avoir une répercussion écologique négative. S’il n’existe quasiment aucune donnée pour le téléphone fixe – comme s’il avait été relégué au rang des antiquités –, l’impact du mobile, en revanche, a été analysé.

Les bons gestes sur Internet

Un internaute français effectue en moyenne 2,6 recherches par jour sur le Web, soit près de 1 000 par an. Avec 29 millions d’utilisateurs, cela représente 287 600 tonnes équivalent CO2, soit près de 10 kg par personne.

Pour alléger la facture environnementale, l’Ademe recommande d’éviter les recherches floues (« appartement », « vacances », « cuisine »…) et d’utiliser autant que possible des mots clés précis ou l’adresse exacte du site recherché. Chacune de ces habitudes permet d’économiser 5 tonnes équivalent CO2/an, soit les émissions de 40 km en voiture.

Diminuer l'empreinte écologique de votre mobile

Selon l’analyse publiée par l’Ademe en avril 2008, le choix du mobile est crucial. Pendant sa durée de vie, selon la taille de son écran, ses options et son mode de chargement, il peut générer autant de gaz à effet de serre qu’une voiture à essence qui parcourt entre 50 et 150 km.

La phase de fabrication de l’appareil concentre 70 % de l’impact environnemental, contre 27 % pour le transport, 1,5 % pour l’utilisation et 1,5 % pour sa fin de vie. Sans surprise, plus l’appareil est sophistiqué (GPS, FM, vidéo, grand écran…) plus son impact est fort.

Mais les moyens de le réduire sont peu nombreux :

  • Éviter de laisser le chargeur branché en permanence en est un : 45 minutes suffisent pour recharger et permettent de réduire sa consommation d’énergie de 10 %.
  • Enfin, conserver son appareil deux ans au lieu d’un divise logiquement son impact environnemental par deux.

Depuis 2009, SFR et Orange affichent les performances environnementales des mobiles qu’ils vendent en magasin et tous les opérateurs proposent des actions de recyclage en fin de vie.

Testez vos habitudes de consommation sur www.ademe.fr/internet/telephone-portable/Site-web/index.html

Courrier postal : un timbre plus vert

Concernant le courrier postal, son impact dépend essentiellement de son mode d’acheminement.

La Poste a lancé en octobre la « lettre verte », un timbre à 57 centimes pour un pli de 20 g acheminé en deux jours, contre 55 centimes et 4 jours pour l’Écopli et 60 centimes et 24 heures pour la lettre prioritaire.

L’entreprise estime les émissions de ce nouveau type d’affranchissement à 25,8 g de CO2 par pli, contre un peu plus de 30 g pour la lettre prioritaire, soit 14 % de moins. L’objectif pour 2015 est d’atteindre 30 %.

Pour justifier le caractère « vert » de son nouveau timbre, la Poste met en avant le fait que les lettres ainsi affranchies ne sont pas expédiées par avion.

Or, celui-ci ne représente que 5 % de l’acheminement, contre 2 % pour le train et… 93 % pour la route, qui reste, après l’avion, le moyen de transport le plus polluant…

Evaluer votre impact écologique 

Consultant, chercheur indépendant, Aurélien Boutaud est aussi l'auteur, avec Natacha Gondran, de "L'empreinte écologique" aux éditions La Découverte (2009) pour qui "la production et l’utilisation d’un bien déterminent son impact écologique".

Lorsqu’on cherche à évaluer l’impact d’un produit ou d’un comportement sur l’environnement, on dispose essentiellement de deux outils : l’empreinte écologique et l’analyse du cycle de vie.

L’empreinte écologique est la pression qu’exerce l’homme sur la planète. Elle mesure la quantité de ressources consommées par notre activité. Celles-ci sont aujourd’hui largement supérieures à leur capacité de renouvellement. Ce déficit intervient de plus en plus tôt [le 27 septembre en 2011 contre le 7 décembre en 1990, NDLR].

Quant à l’analyse du cycle de vie, on l’établit en prenant en compte tous les impacts liés à la production d’un bien ou d’un service, depuis l’extraction des matières premières jusqu’à la fin de vie de l’objet, en passant par son utilisation.

Cela permet de savoir, par exemple, qu’avant même son entrée en service, une voiture a déjà "produit" cinq tonnes de CO2.