Faut-il avoir peur des nanoparticules ?

Faut-il avoir peur des nanoparticules ?

Les nanotechnologies réalisent des prouesses techniques dans tous les domaines : alimentation, médecine, optique… Reste un problème complexe, celui de la toxicité liée aux dangers de chaque nanoparticule.

Une nanoparticule est un élément qui mesure entre 1 et 100 nanomètres, sachant que le nanomètre est égal à un milliardième de mètre (ou encore 1 000 nanomètres = 1 micron). Pour avoir un ordre de grandeur, un cheveu humain fait environ 80 000 nanomètres d’épaisseur.

Les nanoparticules existent à l’état naturel dans l’environnement, rejetées par les volcans, les feux de forêt ou encore produites lors de la photosynthèse.

L’industrie produit-elle des nanoparticules ?

Les nanoparticules proviennent aussi de l’activité humaine par le biais des émissions polluantes des moteurs Diesel, des fumées de soudure ou de cigarette. Depuis une vingtaine d’années, elles sont également fabriquées en raison de leurs propriétés électriques, magnétiques, mécaniques ou optiques.

Incorporées à des matériaux, les nanoparticules ont la propriété de les rendre plus souples ou plus rigides, ou chimiquement plus performants. Les matières les plus utilisées sont la silice, l’alumine, le noir de carbone, le dioxyde de titane, les nanotubes de carbone.

Où trouve-t-on des nanoparticules ?

Aliments, cosmétiques, produits pharmaceutiques ou électroniques, vêtements... Plus de 600 objets courants contiennent aujourd’hui des nanomatériaux.

  • Produits industriels : il y en a dans la gomme des pneus (la silice augmente la résistance à l’usure), dans les filtres anti-UV des crèmes solaires (dioxyde de titane), dans les panneaux photovoltaïques, dans les traitements antirayures des verres des lunettes, dans les peintures et ciments, dans les systèmes de dépollution automobile ou d’élevages porcins ou encore dans les pansements antibactériens…
  • Produits alimentaires : les nanoparticules sont aussi présentes dans l’alimentation, à l’état de traces car il y en a dans les pesticides utilisés pour traiter les cultures, et dans les emballages alimentaires (revêtement des canettes de soda ou de bière) ; ou dans les ingrédients, notamment les additifs alimentaires comme la silice employée pour son pouvoir antiagglomérant.

Quel bénéfice pour le secteur de la santé ?

Le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) est en pointe dans le domaine des nanotechnologies. Il les utilise dans les nombreuses recherches qu’il mène dans le domaine de la santé.

  • Diagnostic : le CEA a développé des nanomédicaments ou encore des « labopuces » qui, à partir d’une goutte de sang, permettent d’établir des diagnostics précoces dans le cas du cancer du pancréas.
  • Soins : les nanotransporteurs véhiculent facilement les médicaments vers les organes car ils franchissent les barrières biologiques.
  • Greffes : pour lutter contre les rejets de greffes, il est envisagé d’encapsuler les cellules greffées dans une membrane composée de nanopores qui laisseraient passer les substances nutritives et feraient barrage aux anticorps.

Les nanoparticules sont-elles dangereuses pour les êtres vivants ?

Les nanoparticules inhalées peuvent traverser la paroi des poumons, gagner la circulation sanguine et atteindre les ganglions lymphatiques, puis s’accumuler dans certains organes comme les reins ou le cerveau. Elles traversent également les barrières biologiques, telles que les membranes cellulaires.

Cependant, il est très difficile d’évaluer la toxicité des nanoparticules de façon globale car leur dangerosité est liée aux caractéristiques physico-chimiques de chacune d’entre elles. Une difficulté sur laquelle insiste Aude Teillant, auteure d’une note du Centre d’analyse de novembre 2011 :

Selon certaines études, près de cinquante ans seraient nécessaires uniquement pour tester la toxicité de tous les nanomatériaux actuels. Les tests, sur seulement 2 000 substances par an, pourraient coûter 10 milliards de dollars et nécessiteraient le sacrifice d’un nombre considérable d’animaux de laboratoire chaque année. »

Quels sont les organismes de contrôle ?

En France, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) est chargée de l’évaluation des risques liés aux nanomatériaux.

En novembre 2012, elle a mis en place un groupe de travail permanent dont l’objectif est de produire tous les ans un état des connaissances relatif aux dangers et aux risques sanitaires qui leur sont associés.

Quelle réglementation s’applique aux nanoparticules ?

Depuis le 1er janvier 2013, les entreprises et les laboratoires doivent déclarer sur le site internet R-nano les quantités et les usages des nanomatériaux qu’ils produisent, distribuent ou importent sur le territoire français.

Cependant, la taille limite supérieure retenue par la réglementation (1 nanomètre) est jugée insuffisante par les associations de consommateurs, qui critiquent aussi les fabricants qui se retranchent derrière le secret industriel pour taire certaines informations.

À partir du 1er juillet 2013, les contrevenants à l’obligation de déclarer risquent une amende maximale de 3 000 € et une astreinte journalière de 300 € par jour de retard. Les données collectées seront transmises à l’Anses qui devrait rendre publiques les premières informations fin 2013.

Sait-on si un produit en contient ?

Aujourd’hui, les consommateurs n’ont aucun moyen d’identifier la présence de nanoparticules dans les produits qu’ils achètent. L’obligation de faire figurer la mention [Nano] sur les emballages devant chaque ingrédient présenté sous la forme d’un nanomatériau sera obligatoire à partir du 11 juillet 2013 pour les cosmétiques et à partir du 1er septembre 2013 pour les biocides (insecticides, détergents).

En revanche, cette mention ne devra figurer dans la liste des ingrédients des produits alimentaires qu’à partir du 13 décembre 2014.

Quels sont les enjeux économiques ?

Fin 2011, en évoquant les nanotechnologies, le Centre d’analyse stratégique parlait de « nouvelle révolution industrielle ». Dès 2008, le ministère de l’Industrie estimait la valeur du marché mondial des nanotechnologies à 1 000 milliards d’euros pour la période 2010-2015.

En 2009, le ministère de la Recherche lançait le dispositif Nano-Innov, à destination des laboratoires et des entreprises, pour mettre en place une stratégie de l’innovation dans les nanotechnologies, doté de 70 millions d’euros en plus des financements publics.

À l’échelle européenne, les nanotechnologies représentent le « triangle d’or » du développement et de l’emploi. La Commission européenne estime que les produits qui en découlent devraient connaître une croissance de 200 milliards d’euros en 2009 à deux billions d’euros en 2015.

Les budgets consacrés à la recherche sur les nanotechnologies n’ont ainsi cessé d’augmenter : 1,429 milliard d’euros pour la période 2002-2006 et 3,475 milliards d’euros pour la période 2007-2013, soit une augmentation de près de 75 %.