Écouter sa musique en streaming

Écouter sa musique en streaming
Le streaming permet d’écouter de la musique à volonté, à tout moment et sur tous supports. - © AntonioGuillem

Pour le prix d’un CD et en toute légalité, des millions de morceaux de musique sont accessibles en un seul clic. Mais comment fonctionne le streaming ?

Cest la fin d’une époque. Pour la première fois, les revenus générés par le streaming ont dépassé ceux de la vente de CD aux États-Unis en 2014 : 1,87 milliard de dollars contre 1,85 milliard, selon la RIAA (Recording Industry Association of America). Le côté dématérialisé du service correspond parfaitement à notre époque : le streaming permet d’écouter de la musique à volonté, à tout moment et sur tous supports – ordinateur, téléphone, tablette – moyennant le paiement d’un abonnement mensuel auprès d’un opérateur de streaming (Deezer, Spotify, Qobuz, Fnac Jukebox, Apple Music...). D’après le Snep (Syndicat national de l’édition phonographique), le secteur du streaming a connu une croissance de 34 % entre 2013 et 2014 en France. Un engouement qui dépasse nos frontières et aiguise l’appétit des acteurs du marché : à côté de pionniers comme le Suédois Spotify ou le Français Deezer sont apparus récemment Tidal, service lancé par le rappeur américain Jay-Z à grand renfort de marketing au printemps dernier, et fin juin Apple Music.

Comment ça marche ?

Le streaming permet la lecture d’un flux audio ou vidéo au fur et à mesure qu’il est diffusé. Avec ce procédé de lecture, aucun fichier n’est téléchargé. Ainsi, les offres d’écoute de musique en ligne permettent d’accéder à un catalogue musical riche de plusieurs millions de titres, avec une bonne qualité sonore. Sur un appareil connecté à Internet (smartphone, tablette, ordinateur), on peut constituer ses propres playlists (listes d’écoute), qui restent disponibles à tout moment lorsqu’elles ont été « synchronisées » sur l’appareil, même hors couverture réseau (en avion, à l’étranger, dans les zones mal couvertes par les réseaux mobiles). Un point qui a séduit Lucas, 17 ans, abonné chez Deezer : « Avec le principe de la playlist synchronisée, je peux avoir ma musique tout le temps sur moi, sur mon téléphone, même dans une zone qui ne capte pas. »

Est-ce légal ?

Oui, s’abonner à un service de streaming, c’est éviter le piratage (le téléchargement illégal est passible d’une amende pouvant aller jusqu’à 300 000 euros en cas de récidive) et permettre aux artistes d’être rétribués. « Opter pour le streaming financé par la publicité ou par abonnement, c’est choisir un mode d’écoute légal qui favorise la création », explique Cécile Rap Veber, directrice des licences et des collectes internationales à la Sacem. En effet, la loi prévoit que tout créateur a droit à une rétribution financière proportionnelle à l’exploitation de son œuvre. Des royalties que certains artistes jugent trop faibles (0,006 euro par écoute en moyenne), mais c’est toujours mieux que le téléchargement illégal qui, lui, ne leur rapporte rien.

Quels sont ses inconvénients ?

En souscrivant à une offre de streaming musical, vous payez un droit d’écoute limité à la durée de votre abonnement, à la différence d’un CD que l’on peut écouter pendant toute sa durée de vie. C’est l’une des limites du streaming : si vous ne renouvelez pas votre abonnement, vous perdez vos bibliothèques sonores patiemment constituées au fil du temps.

Trouve-t-on tous les types de musique en streaming ?

Toutes les plateformes de streaming proposent plusieurs millions de titres. Largement de quoi satisfaire le grand public, quelles que soient ses préférences musicales (pop, rock, variété française et internationale, etc.). Les amateurs de jazz et de blues privilégieront Qobuz et Deezer. Ce dernier se targue de promouvoir le plus de labels indépendants. Pour les amateurs de musique électronique, Apple Music offre un accès à sa radio Beats 1, animée par des DJ du monde entier. Qobuz, qui offre la meilleure qualité sonore, outre son catalogue éclectique dans lequel figurent de nombreux labels indépendants, est le spécialiste de la musique classique. De plus, il verse des royalties plus élevées aux artistes, dans une démarche de protection de la création musicale...

Quels autres services peuvent faire la différence ?

Certaines fonctionnalités peuvent faire la différence. Selon l’opérateur et l’offre (Premium, Famille...), vous pourrez écouter de la musique sur un ou plusieurs appareils, accéder à une qualité sonore basique ou haut de gamme, partager vos playlists entre abonnés ou vous voir suggérer des artistes dont les œuvres sont susceptibles de vous plaire, ainsi que du contenu éditorial (biographies d’artistes, critiques musicales). Spotify propose même une option running permettant aux joggeurs d’adapter la musique à leur foulée.

Combien ça coûte ?

Les durées de souscription proposées sont variables (à partir d’un mois) et résiliables à tout moment via le compte en ligne sur Internet. Le montant de l’abonnement est d’environ 10 euros par mois, certains opérateurs, comme Spotify, proposant la gratuité à condition d’accepter des spots publicitaires pendant l’écoute. Dernier arrivé sur le marché, Apple Music, qui vise 100 millions d’abonnés, capitalise sur le parc actuel des clients de l’iTunes Store en intégrant le nouveau service Apple Music sur les iPhone et iPad. La marque à la pomme a travaillé son entrée avec l’annonce d’une période d’essai gratuite de trois mois. Une démarche qui n’a rien de philanthropique quand on sait que le succès d’un service de streaming repose certes sur sa capacité à séduire, mais surtout à fidéliser. En réaction à l’arrivée d’Apple Music, Deezer a d’ores déjà annoncé vouloir proposer, début juillet, une offre à 5 euros par mois. Mais ce tarif impliquerait que les maisons de disques baissent le prix de leur catalogue, d’une part, et que la marge de Deezer – déjà peu élevée – soit réduite. Comment survivre dans ces conditions ?

Gare au streaming illégal !

Attention, le streaming « sauvage » continue d’exister : en tapant « télécharger musique gratuite » dans un moteur de recherche, l’internaute est dirigé vers des sites souvent étrangers ou des réseaux d’échanges de fichiers peer-to-peer. Pour être sûr d’écouter de la musique en toute légalité, on peut vérifier si le service est répertorié sur offrelegale.fr, le site des offres culturelles légales, qui recense 41 sites de streaming musical légaux en France.

« L’essentiel des titres est encore en format mp3 »

Jacques Pellet, producteur et manager d’artistes et propriétaire de All Access, boutique de disques vinyles à Paris

« La qualité d’écoute des titres proposés en streaming a progressé en même temps que la technologie. Avec le haut débit internet, il est désormais aisé de télécharger des fichiers musicaux de meilleure qualité. Pour autant, les plateformes de téléchargement ont du mal à accompagner ce mouvement : en effet, l’essentiel des titres étant proposé au format mp3, un format audio dégradé, cela demanderait un travail titanesque de proposer le catalogue en format non compressé. Aujourd’hui, le meilleur son possible, c’est-à-dire en qualité studio master, est disponible chez Qobuz. Quant au rendu final, il dépend en grande partie du lecteur utilisé : pas la peine de payer pour un son studio master si vous écoutez la musique sur les haut-parleurs de votre ordinateur. »