Ventes aux enchères : de bonnes affaires ?

Ventes aux enchères : de bonnes affaires ?

Mobilier, vaisselle, électroménager, bijoux, jouets, voitures… Aujourd’hui, les enchères sont devenues un moyen de s’équiper à bon compte… À condition toutefois d’en maîtriser les rouages.

Des enchères à tous les prix

Croire que les ventes aux enchères ne concernent que les objets de collection, proposés, de surcroît, à des prix inabordables, relève de l’idée reçue. Il n’y a pas que des bijoux de luxe ou des grands crus qui se négocient de cette façon. La majorité de ces ventes concerne les biens d’usage courant, avec des mises à prix qui démarrent à quelques dizaines d’euros.

Instaurées sur tout le territoire, ces ventes sont organisées par des sociétés de ventes volontaires de meubles aux enchères publiques, sous la responsabilité d’un commissaire-priseur. Pour satisfaire à la réglementation, elles doivent faire l’objet d’une publicité (par voie d’affichage public, par exemple) mentionnant leur date et la salle des ventes dans laquelle elles se déroulent, le nom et le numéro d’agrément de la société organisatrice et le nom du commissaire-priseur.

L’ensemble de ces informations est par ailleurs accessible dans des revues vendues en kiosque - telles que "La Gazette de l’Hôtel Drouot" ou "Le Moniteur des ventes" - et également sur Internet. De nombreux sites (tels que www.gazette-drouot.com ou www.interencheres.com) mettent même en ligne les catalogues dans lesquels figurent les caractéristiques des biens destinés à la vente.

Gare aux "ventes sauvages" !

Lorsqu’elles se déroulent en dehors du circuit officiel des salles des ventes (en milieu rural, elles sont souvent organisées à la porte de la maison, notamment en cas de décès du propriétaire), il importe de vérifier que les enchères sont dirigées par un commissaire-priseur. C’est un bon moyen d’éviter les "ventes sauvages" qui ne bénéficient pas des garanties de vente légales. En cas de doute, mieux vaut consulter le site Internet du Conseil des ventes volontaires de meubles aux enchères publiques (www. conseildesventes.fr), chargé de recenser l’ensemble des professionnels par département.

Repérer avant la vente

"Celui ou celle qui souhaite se lancer a tout intérêt à assister d’abord à plusieurs ventes", conseille Me Olivier Coutau-Bégarie, commissaire-priseur à Paris. Cette initiation lui permettra de mieux comprendre le déroulement des événements. De manière générale, tous les objets sont exposés la veille ou le matin précédant la séance.

"Il est fondamental de venir repérer les biens que l’on convoite, afin de se faire une idée de leur valeur et d’examiner leur état", poursuit-il. Si, par exemple, une personne envisage d’acquérir ainsi une voiture, elle ne doit pas hésiter à se faire accompagner, lors de cette visite, par un mécanicien qui pourra lui donner son avis de spécialiste. "Les commissaires-priseurs sont également présents pour conseiller le public et fournir des renseignements complémentaires en cas de besoin", rappelle Me Coutau-Bégarie.

Il est important de profiter de cette première étape pour repérer, dans l’ordre de présentation, le rang du bien convoité et se renseigner sur son heure de passage approximative. Chaque lot est en effet numéroté et présenté à la vente selon une chronologie déterminée.

Lever la main pour enchérir

Les enchères proprement dites sont publiques, c’est-à-dire ouvertes à tous. La séance débute par la lecture des conditions générales de vente. Chaque objet est ensuite présenté, décrit et mis à prix. Il suffit de lever la main pour enchérir (attention aux gestes intempestifs qui pourraient être assimilés à une enchère !).

Dans certaines ventes, une plaquette est remise à chaque participant en début de séance. Il suffit alors de lever cette plaquette pour porter l’enchère. Le commissaire-priseur fait progresser l’enchère à un rythme différent selon l’importance du bien. Pour un objet de faible valeur, le prix augmentera par tranches de 5 €, par exemple ; si la mise à prix est élevée, les enchères progresseront par paliers de 50, 100 € ou plus. Celui qui le souhaite peut toutefois enchérir à haute voix en annonçant le prix qu’il envisage de consacrer à son achat.

Les enchères à distance

À noter qu’il est également possible de participer aux enchères sans être présent dans la salle. Il suffit pour cela de prendre contact avec le commissaire-­priseur avant le début de la séance et de lui indiquer le ou les lots convoités. Pendant la séance, l’acheteur physiquement absent est mis en relation téléphonique avec un collaborateur de la société de ventes qui l’informe de l’évolution de la vente et qui, le cas échéant, enchérit pour lui.

Autre possibilité : laisser à la société un ordre d’achat. C’est alors elle qui porte les enchères pour le compte de l’acheteur et dans la limite de ce qui est fixé dans l’ordre. Pour sécuriser les achats à distance, la société de ventes exige le plus souvent des références bancaires (généralement un relevé d’identité bancaire) à titre de garantie. Dans tous les cas, l’acheteur a intérêt à se fixer une enchère maximale… Sans quoi, pris au jeu, il risquerait de proposer un prix d’achat déraisonnable au regard de ses possibilités financières.

Reste que la période est plutôt favorable aux acheteurs, qui, actuellement, réalisent de bonnes affaires. "J’ai ainsi procédé à la vente d’une armoire du XVIIe siècle à 100 € et il est assez facile, en ce moment, de trouver, par exemple, des ménagères en argent massif pour 400 €", témoigne Me Coutau-Bégarie.

Des frais qui s’ajoutent au prix annoncé

L’objet est attribué à la personne qui s’est manifestée en dernier et qui a donc porté l’enchère la plus élevée. Le lot lui appartient dès que le commissaire-­priseur fait tomber son marteau et déclare le bien "adjugé". Immédiatement après, un représentant de la société de ventes vient recueillir l’identité du nouvel acquéreur et lui demander de préciser son mode de paiement (il n’existe pas de possibilité de crédit).

Le prix annoncé est un prix hors taxes, qui supportera l’ajout de frais. Il s’agit principalement des frais de vente fixés par le commissaire-priseur, notamment en fonction de l’importance de l’enchère (jusqu’à 20 % du montant de l’adjudication) et de la TVA (19,60 % ; 5,5 % pour les livres). Cette dernière ne s’applique toutefois que sur le montant des frais (et non sur le prix d’achat du bien).

N'oubliez pas le titre de propriété

Ce n’est qu’une fois cette étape franchie que le nouveau propriétaire est autorisé à retirer son bien. En échange, le commissaire-priseur lui remet un bordereau de vente mentionnant les caractéristiques de l’objet et son prix. Ce document, qui équivaut à un titre de propriété, est essentiel : il permet de prouver l’origine non frauduleuse du bien. Dans tous les cas, il est impératif de l’exiger.

Si le bien acquis est un objet encombrant, il est toujours possible de solliciter les services des transporteurs attachés à la salle des ventes. "Le prix de leur intervention dépend de la taille de l’objet et du lieu de livraison : il faut compter aux alentours de 100 € pour une armoire livrée dans Paris, mais davantage si la livraison nécessite de monter plusieurs étages à pied ou si elle est rendue difficile par les conditions d’accès", précise Me Coutau-Bégarie. Reste que si le nouveau propriétaire ne prend pas immédiatement possession de son achat, son objet pourra être conservé, mais à la condition qu’il acquitte des frais de magasinage.

Authenticité : quelle garantie pour l’acheteur ?

Les sociétés de ventes volontaires de meubles aux enchères publiques et les experts qui travaillent en collaboration avec elles engagent leur responsabilité civile professionnelle sur l’authenticité des biens mis en vente. Cette responsabilité est couverte par une assurance obligatoire.

L’acheteur ne prend donc aucun risque sur la nature des biens achetés, dont l’authenticité et l’état sont garantis par le bordereau de vente. Ainsi, s’il estime que le bien qu’il vient d’acquérir n’est pas conforme à la description qui en a été faite (par exemple, parce qu’il était censé acquérir un piano en état de marche alors qu’en réalité l’instrument est irréparable), il peut saisir la justice pour faire valoir ses droits !

Lexique des enchères

Prix de réserve : prix en dessous duquel le vendeur n’accepte pas de vendre son bien.

Prix marteau : prix du bien adjugé hors frais lors d’une vente aux enchères.

Folle enchère : remise en vente d’un bien préalablement adjugé à une personne qui se révèle finalement dans l’impossibilité de l’acquérir. L’acheteur défaillant, appelé le "fol enchérisseur", est tenu de s’acquitter de la différence entre le prix pour lequel il s’était porté acquéreur et le prix réel de la seconde enchère.