Piles et batteries : comment les recycler ?

Piles et batteries : comment les recycler ?

Avec l’électronique, piles et batteries sont entrées dans nos foyers. Jetées n’importe où, elles représentent une importante source de pollution. Pour remédier à ce risque, collecte et recyclage ont été mis en place.

Montres, calculatrices, appareils photos, mobiles, claviers et souris d’ordinateurs, télécommandes, jouets… On ne compte plus les machines qui fonctionnent avec des piles bouton ou bâton à usage unique, ou des accumulateurs rechargeables. Il s’en vend chaque année près d’un milliard d’exemplaires en France. « Cela représente un poids d’environ 33 000 tonnes de matière qu’il faut finir par éliminer, car même les batteries et accumulateurs rechargeables ont une durée de vie limitée », rappelle Fabienne Benech, chargée de mission à l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie.

Toutes les piles sont des « mini­centrales » qui transforment l’énergie chimique en énergie électrique. Cette transformation s’obtient grâce aux matières contenues dans les piles (cadmium, lithium, mercure, nickel, zinc…). Il s’agit de métaux lourds toxiques et dangereux. Jetés dans la poubelle ou, pire, dans la nature, piles et accumulateurs se dégradent sous l’effet de la corrosion ou d’une incinération sauvage. Ils relâchent alors leurs produits dangereux dans l’air, l’eau, la terre. Ces produits toxiques sont ensuite absorbés par les organismes vivants.

Pour éviter que les humains, les animaux et l’environnement soient contaminés, piles et accumulateurs usagés doivent donc être rapportés dans les points de collecte spécifiques. Une fois rassemblés, ils sont acheminés vers des centres de tri et de traitement spécialisé.

Mais aujourd’hui, malgré l’obligation faite aux professionnels d’organiser la collecte des piles usagées et l’incitation des consommateurs à s’en débarrasser dans des lieux appropriés, seulement un tiers (34 %) est récupéré correctement.

Récupérer les piles usagées : une obligation du vendeur

Tous les fabricants, importateurs, distributeurs et vendeurs à distance de piles et accumulateurs doivent remplir une déclaration de mise sur le marché auprès des pouvoirs publics. Ils sont également tenus de se pré­occuper du mode de collecte et de traitement des produits en fin de vie, soit en organisant leur propre système de collecte, soit en adhérant à l’un des deux éco-­organismes agréés, Corepile et Screlec Environnement. Ces deux sociétés gèrent la quasi-totalité de la récupération des piles.

Quelques irréductibles comme 1001 piles, Allbatteries ou Toys « R » Us tardent à rejoindre le système. Quant à ­Mobivia (Midas, Norauto…), il a créé son propre réseau de collecte et de traitement. Corepile et Screlec Environnement sont chargés de l’enlèvement et de l’acheminement vers les sites de traitement des piles et accumulateurs usagés des ménages.

Ils assurent également les campagnes de sensibilisation auprès du grand public. Car, sans les consommateurs, le système ne peut pas fonctionner. Nous sommes en effet les principaux acteurs de la collecte en faisant l’effort de rapporter nos piles et accumulateurs à un point donné.

Sensibiliser les enfants au recyclage

Près de 60 000 points de collectes existent en France, notamment dans les super­marchés et hyper­marchés, ainsi que chez tous les revendeurs d’appareils ­fonctionnant à piles ou batteries (magasins de bricolage, boutiques photos, bijouteries, tabacs, audio­prothésistes…). Ils ont l’obligation de proposer à tous – clients ou non – la reprise gratuite des batteries, en installant, de façon évidente, des bornes de collecte à l’entrée ou la sortie de leur magasin.

Quant aux collectivités locales, elles orientent les usagers vers leurs déchetteries, souvent situées à l’extérieur des villes et villages, certaines mairies ayant aussi installé des points de collecte dans leurs locaux. Toute société privée ou publique, établissement d’enseignement, bibliothèque, centre social… peut aussi demander aux éco-organismes de leur fournir du mobilier de collecte. « Équiper les écoles est une très bonne chose, car les enfants sont de gros consommateurs de piles et cela permet de les sensi­biliser dès le plus jeune âge », se réjouit Jacques David, directeur de Screlec ­Environnement.

Une fois collectés, les déchets sont acheminés vers la dizaine de sites de tri et de traitement existant en France (une vingtaine en Europe). Une filière encore perfectible, même si les ­opérateurs chargés du retraitement affirment désormais travailler correctement. « Les contrôles par les pouvoirs publics ne sont pas assez fréquents, nuance Catherine Rolin, chargée de mission à France Nature Environnement. Il faudrait surtout réduire en amont la nocivité des piles et inciter les usagers à utiliser des batteries ­rechargeables. »

Le recyclage permet d'économiser les ressources

La collecte et le recyclage ont un autre intérêt. « Pourquoi appauvrir la terre en matières premières, alors que celles contenues dans les piles ­usagées peuvent être réutilisées, ­rappelle Jacques David. La collecte et le ­recyclage permettent en effet d’éviter la présence de substances nocives dans les ordures ménagères, d’économiser des ressources naturelles rares (zinc, fer) et de produire des alliages et des métaux pour l’industrie ».

Principalement, ce sont les métaux lourds qui sont récupérés, comme le cadmium, le fer, le zinc et le nickel. Il s’agit là de « valorisation matière » qui représente environ 84 % des tonnages traités.

Les matières qui ne sont pas directement recyclables – essentiellement les plastiques et les papiers – sont incinérées. On parle alors de « valorisation énergétique » (environ 6 %). Quant aux résidus, ils sont mis en  décharge en toute sécurité dans des aires de stockage réservées aux déchets ultimes.

A quoi servent les métaux récupérés ?

  • Les métaux récupérés dans les piles et les accumulateurs servent de matières premières utilisées dans l’industrie.
  • Le fer (allié au manganèse, au nickel) sert à fabriquer des ustensiles en acier inoxydable comme des couverts de cuisine, pièces automobiles, plots antistationnement, dents de pelleteuse, robinetterie, clés, canettes…
  • Le zinc, sous forme métallique, est réutilisé pour fabriquer des toitures, gouttières, rails de sécurité des autoroutes… Sous forme de chlorure de zinc, il entre dans la fabrication de nouvelles piles salines.
  • Le cadmium, en boules ou baguette, est réintroduit dans le circuit des matières premières pour l’industrie, principalement pour fabriquer de nouvelles batteries.
  • Le mercure est revendu aux producteurs de mercure pour des utilisations dans l’industrie chimique.
  • Le plomb sert à fabriquer de nouvelles batteries de voitures.