Lutter contre le gaspillage alimentaire

Lutter contre le gaspillage alimentaire

Jeter du pain était considéré jadis comme un sacrilège. Aujourd’hui, restes de repas, légumes défraîchis et aliments non déballés terminent souvent
à la poubelle. Un gaspillage que chacun peut aisément réduire.

 

 

Qui n’a jamais jeté du chocolat blanchi, des fruits tavelés ou un reste de pâtes ? Sur un total de 390 kg de déchets annuels par personne, ce sont 20 kg de déchets alimentaires qui partent à la poubelle : 13 kg de restes de repas et de fruits et légumes abîmés, et 7 kg d’aliments non entamés et encore emballés. Soit, pour la France, 1,2 million de tonnes de produits alimentaires !

Un gaspillage alimentaire qui coûte cher aux ménages - 174 € par an ont estimé nos voisins belges -, à la société et à l’environnement. Et qui serait dû essentiellement à un changement des modes de vie. « Nous passons moins de temps en cuisine et nous mangeons de plus en plus de plats préparés dont les quantités ne sont pas adaptées, explique Lydie Ougier, responsable du service déchets à l’Ademe.

De plus, nos achats ne sont pas toujours ajustés à notre consommation réelle et nous avons une méconnaissance des méthodes de conservation des aliments. Enfin, il y a un grave amalgame entre la “date limite d’utilisation optimale” (DLUO) et la “date limite de consommation” (DLC). » La différence entre ces deux dates est importante et source de bien des gâchis. Avec un peu de bon sens et en s’inspirant des informations données sur certains sites, nous pouvons diminuer considérablement notre gaspillage quotidien.

Faire la chasse au gaspi en remplissant son caddie

Avant de faire ses courses, il est important d’établir une liste en pensant aux repas à venir. Cela vous permettra de résister aux achats impulsifs… On évitera aussi de se rendre dans un magasin le ventre vide, juste avant un repas ! En choisissant ses produits, il faudra veiller aux dates limites de consommation et aux quantités achetées, en tenant compte de ses besoins.

Vérifiez aussi les ingrédients contenus dans les aliments, notamment si vous ne supportez pas certains additifs ou épices. Et achetez des produits frais en petites quantités pour éviter qu’ils ne se gâtent, en complétant avec des aliments « de base » (pâtes, riz et céréales). Tout cela pour éviter de vous retrouver avec des produits que vous ne pourriez utiliser. Enfin, il est prudent de commencer ses courses par les produits non périssables et de finir par les surgelés et les produits frais réfrigérés.

Ranger mieux pour garder plus longtemps les aliments

Dans les placards comme dans le réfrigérateur, on applique une règle simple : premier entré, premier sorti ! En conséquence, on range au fond les produits ayant les dates limites de consommation les plus lointaines et devant, ceux qu’il faut consommer rapidement. Vérifiez aussi les modes de conservation préconisés : au réfrigérateur, au frais, à température ambiante, au sec, à l’abri de la lumière…

Dans le réfrigérateur, il est important de respecter les zones de froid (voir la notice de l’appareil) :
- dans la porte, les œufs, le lait, le beurre, les jus de fruit entamés et, dans les bacs, les fruits, les légumes et les fromages ;
- dans la zone 4-6 °C, les aliments cuits, les produits faits maison, les yaourts ;
- dans la zone 0-4 °C, les viandes, ­poissons, charcuteries…

Pour mieux les conserver, on emballe les aliments entamés dans des boîtes hermétiques ou avec du film étirable. Vous pouvez aussi congeler les aliments pour les garder plus longtemps, mais jamais ceux qui sont proches de leur date limite de consommation ou déjà périmés. Enfin, triez les fruits abîmés pour qu’ils ne contaminent pas les autres.

Recycler les restes pour ne plus gaspiller

« La devise de ma grand-mère était “ne rien laisser perdre”, par souci d’économie, mais surtout par respect pour les produits de la terre et le travail humain », raconte Anne Caboche, auteur de « Mes recettes maison pour accommoder les restes ». Elle nous livre quelques idées toutes simples permettant de « recycler » ce qui aurait pu atterrir dans la poubelle.

Il convient d’utiliser d’abord les aliments entamés ou dont la date limite de consommation est proche, de préparer des quantités adaptées au nombre et à l’âge des personnes partageant le repas, et de respecter les dosages des recettes. Ensuite, rien de plus simple que de cuisiner avec des restes ! Parmi les suggestions d’Anne Caboche, « transformer les légumes flétris en soupes ou en purées, les fruits en compotes ou en mousses ; utiliser les pâtes, haricots verts et lentilles comme base de salades ; donner une touche asiatique aux repas en mélangeant quelques dés de légumes et de viande à du riz ; et faire griller sur des tartines de pain de campagne crudités ramollies, jambon et fromages ! ».

Sans oublier toutes les déclinaisons possibles de hachis parmentier, d’omelettes enrichies de fromages et de légumes… Quant au pain dur, outre le classique pain perdu, il se transforme en puddings, charlottes, etc. « Cuisiner avec des restes ne demande pas de savantes préparations : il s’agit le plus souvent de les mélanger entre eux ou de leur rajouter des ingrédients de base », conclut-elle.

Le gaspillage alimentaire se pratique aussi beaucoup dans les cantines et dans les grandes surfaces (date limite de consommation trop proche, surstock, produit défraîchi, etc.). Pour l’éviter, ces dernières passent souvent des accords avec des associations à qui elles donnent ces aliments non périmés, plutôt que de les jeter. En 2009, 740 000 personnes ont reçu 92 000 tonnes de produits alimentaires, dont plus de la moitié étaient initialement destinées à la poubelle

Aliments périssables : déjouer les pièges des dates de péremption

La « date limite d’utilisation optimale » (DLUO) s’applique aux aliments moyennement périssables. Elle indique une date au-delà de laquelle les qualités organoleptiques du produit peuvent s’altérer, sans que cela soit dangereux (moins de goût, plus mou, plus sec…). Pour un produit ayant une durabilité de moins de trois mois, la mention sur l’étiquette indique « À consommer de préférence avant le… », avec le jour et le mois ; de trois à dix-huit mois, elle précise le mois et l’année, et au-delà de dix-huit mois, simplement l’année. Vérifiez bien, en revanche, la date limite de consommation après ouverture.

La « date limite de consommation » (DLC) concerne les denrées très périssables (viandes, poissons, produits laitiers). Elle est précisée par la mention « À consommer jusqu’au… » avec le jour et le mois. Au-delà de cette date, les produits ne peuvent plus être vendus, ni consommés, car ils deviennent potentiellement dangereux en raison des bactéries qui s’y développent. Avec des exceptions : les yaourts, par exemple, peuvent être consommés trois ou quatre jours après la DLC s’ils ont été conservés intacts entre 0 et 6 degrés. En revanche, il faut impérativement la respecter pour la viande hachée ou le saumon fumé.

En savoir plus

Deux sites Web pour mettre en pratique de bonnes idées : www.reduisonsnosdechets.fr et www.semainedudeveloppementdurable.gouv.fr (cliquer sur « Changeons nos comportements »). Un livre d’astuces : « Mes recettes maison pour accommoder les restes », Anne Caboche, éditons Christine Bonneton, 2009, 10 €.