L’autoédition, un bon tremplin pour se faire connaître

L’autoédition, un bon tremplin pour se faire connaître
L’autoédition repose entièrement sur l’auteur, de la préparation du texte à la promotion. - © pixdeluxe

Quelques minutes suffisent pour partager son livre avec des milliers de lecteurs potentiels. Marche à suivre pour mettre son talent en valeur et se passer d’un éditeur.

Preuve que le phénomène n’a plus rien de confidentiel, le salon Livre Paris 2016 (anciennement Salon du livre) a accueilli une cinquantaine d’ateliers et de tables rondes sur le thème de l’autoédition. Le sujet intéresse les nombreux écrivains amateurs qui hésitent parfois à se lancer.

En effet, à la différence de l’édition à compte d’auteur (l’éditeur se charge de mettre en page, corriger, fabriquer et diffuser un ouvrage contre rémunération), l’autoédition repose entièrement sur l’auteur, de la préparation du texte à la promotion.

Sautoéditer : travailler la présentation de son texte

S’autoéditer ne se limite pas à déposer un texte sur Internet. Pour être lu, il faut donner envie. Il faut donc commencer par soigner sa présentation : couverture, titre, résumé, mise en page, orthographe. La puissance d’Internet peut rapidement se retourner contre l’auteur négligent : les palmarès des « pires coquilles » ou « pires couvertures de l’autoédition » fleurissent sur les réseaux sociaux. On peut éviter ce faux pas en se faisant aider.

Pour l’orthographe, trois possibilités : la moins onéreuse consiste à se faire relire par une connaissance calée en orthographe. À défaut, il existe des logiciels assez fiables, à l’exemple du Robert correcteur (environ 95 €). Les plus perfectionnistes ou les plus fortunés feront appel à un relecteur professionnel (comptez 0,02 € le mot).

Concernant la création de la couverture, même principe : système D (ami graphiste) ou professionnel. Certaines plateformes d’autoédition proposent des services payants, facturés à partir de 100 à 150 € si l’on fournit l’illustration, et bien plus cher en cas de recherche iconographique. Vérifiez si les tarifs (correction, graphisme) que l’on vous propose sont raisonnables en vous rendant sur le Portail du livre.

Protéger son œuvre 

Tout livre, qu’il soit imprimé ou numérique, doit faire l’objet d’un dépôt légal dès lors qu’il est destiné à un public qui dépasse le simple cercle familial. Pour protéger son œuvre, la solution la moins chère est de s’envoyer le manuscrit par lettre recommandée, en conservant le coupon.

Une autre possibilité consiste à le déposer auprès de la Société des gens de lettres (sgdl.org). Deux options sont proposées :

  • la formule traditionnelle (envoi ou dépôt d’un exemplaire et d’un chèque de 45 € pour une protection durant quatre ans),
  • le dépôt d’une empreinte numérique (service Cléo) pour un montant de 10 € par an, renouvelable chaque année.

Choisir une plateforme pour éditer son livre numérique

Trois grandes plateformes se partagent l’essentiel du marché de l’autoédition :

  • Amazon KDP (Kindle Direct Publishing),
  • Kobo-Fnac Writing Life,
  • Liberio (service lancé par Google en 2014).

D’autres tentent de se faire une place, comme les français MonBestseller et Librinova, ou encore l’américain Smashwords.

Publier sur ces plateformes est gratuit puisqu’elles se rémunèrent en prélevant un pourcentage (généralement 70 %) sur les ventes de livres numériques, le reste étant reversé à l’auteur. Afin de justifier cette répartition, les plateformes mettent en avant leur capacité à diffuser l’œuvre et à mener des campagnes de promotion.

Pour s’inscrire sur une ou plusieurs plateformes, il suffit de créer un compte et de se laisser guider : téléchargement du fichier, de la couverture, du résumé, définition du prix et choix des mots-clefs.

« Outre la présentation, le choix des mots-clés est essentiel, car de lui dépend le référencement sur Internet. Idéalement, l’auteur doit réaliser sa petite étude marketing pour choisir les bons mots-clés. De notre côté, nous affectons une grande partie de nos ressources au travail de référencement, afin d’améliorer la visibilité », explique Éric Bergaglia, responsable de Kindle Publishing Direct France.

Faire la promotion de son livre numérique

Si génial soit-il, un livre ne se vend pas tout seul. Or, faire une campagne de promotion est particulièrement chronophage. Certains experts parlent d’une règle des 80/20 : 20 % du temps pour écrire un livre, 80 % pour le faire connaître.

L’exemple de Jacques Vandroux, auteur autoédité à succès, est à ce titre parlant. Derrière ce nom se cache en réalité un duo : Jacques, qui écrit, et Jacqueline, sa femme, qui gère la promotion. L’auteur répète dans les interviews qu’il n’aurait jamais réussi seul. Faire la promotion de son livre reste un moment redouté des auteurs, qui ne se sentent pas toujours l’étoffe d’un VRP (la polyvalence a ses limites) et doivent travailler à côté pour vivre.

Pour promouvoir son livre, deux possibilités :

  • réaliser soi-même sa campagne sur Internet, en passant par les réseaux sociaux (Facebook, Twitter...),
  • s’en remettre aux plateformes, l’idéal étant de jouer sur les deux tableaux.

Certaines plateformes proposent aux lecteurs de tester un livre en téléchargeant gratuitement 20 % du contenu. D’autres élaborent de vraies stratégies de marketing numérique, comme Amazon KDP : chaque semaine, 25 auteurs sont mis en avant dans le cadre de la campagne Kindle Select 25.

« Pour en bénéficier, l’auteur doit accorder l’exclusivité à Amazon durant trois mois », précise Éric Bergaglia. KDP informe ses lecteurs des nouvelles parutions et propose des sélections par le biais de newsletters régulières : meilleures ventes, livres à petits prix, etc.

Cerise sur le gâteau, le géant de l’autoédition a lancé, en 2015, son premier concours : le prix Amazon de l’autoédition a réuni 400 participants en France. Les trois lauréats, qui comptabilisent près de 25 000 lecteurs, ont même été sollicités par des maisons d’édition. Le palmarès 2016 sera dévoilé en septembre.

Vivre de sa souris

Pour l’immense majorité, l’autoédition se limite au plaisir d’être publié.

« Avec une centaine d’exemplaires et trois commentaires positifs, on peut déjà s’estimer heureux ! », concède Ludovic Mir, auteur autoédité et blogueur.

À 2,99 € pièce – prix de vente moyen d’un livre –, dont 70 % reversés à la plateforme, le bénéfice reste modeste. Parmi les milliers d’auteurs autoédités en France, seule une quinzaine perce chaque année.

« Se confronter très facilement à un lectorat » 

Charlotte Allibert, cofondatrice de la plateforme Librinova

« Nous avons créé Librinova en 2014 avec Laure Prételat, afin de proposer aux auteurs une solution alternative. Laure et moi avons quitté l’édition traditionnelle avec le même constat : chaque année, un grand éditeur reçoit entre 2 000 et 4 000 manuscrits mais, à la fin, seuls deux ou trois nouveaux romans sont publiés. Or, de nombreux ouvrages recalés méritent d’être connus ! La force de l’édition numérique, c’est de permettre de se confronter très facilement à un lectorat. Outre le service d’édition en ligne payant (de 50 à 75 €), nous proposons conseils et accompagnement. En cas de succès (plus de 1 000 exemplaires vendus), nous permettons à l’auteur de rejoindre le circuit traditionnel grâce à nos contacts. Six auteurs en ont déjà bénéficié. »

« Quitte à tout faire soi-même, autant créer un blog ! » 

Romain Giry, fondateur de thinksmagghe.fr

« L’autoédition ne m’a jamais attiré. Quitte à éditer ses textes soi-même et faire sa propre promotion, autant choisir une formule plus souple et ne pas dépendre d’une grande plateforme. J’ai donc préféré créer un blog littéraire, mieux adapté à un type d’écriture court et séquencé, sur le mode des séries télévisées. J’y publie des chroniques inspirées de la littérature noire des années 1950 aux États-Unis. La force de l’écriture numérique ? Elle est moderne, vivante, non figée dans le temps. Sur un blog, je peux changer les textes, jouer sur la typographie, mettre des images, etc. J’aime l’idée que les gens puissent lire sur différents supports numériques (mobile, tablette) et partager des extraits sur les réseaux sociaux, notamment Twitter, où thinksmagghe.fr compte déjà plus de 200 followers. »

« Le travail invisible autour du livre exige du professionnalisme » 

David Forrest, auteur de best-sellers numériques

« J’ai publié mon premier livre en ligne, Journal d’un tueur, en 2011. Il s’est vendu rapidement à 5 000 exemplaires, pour atteindre quelques dizaines de milliers aujourd’hui. Cet engouement a été une surprise : publier en ligne était davantage une expérimentation ludique qu’un projet réfléchi. Grâce à ce succès, j’ai pu rejoindre le circuit de l’édition traditionnelle. Aujourd’hui, j’ai rédigé une dizaine d’ouvrages, et j’ai lancé un service de création de couvertures pour auteurs autoédités (mon métier est journaliste-graphiste). L’autoédition fait rêver. Si elle semble être à la portée de tous, le métier d’éditeur ne s’improvise pas. Le travail invisible autour du livre (orthographe, présentation, promotion) exige du professionnalisme. On voit tout et n’importe quoi sur les plateformes d’autoédition : se faire plaisir est une chose, mais n’oublions pas le lecteur ! »

« Un livre, c’est bien plus qu’un document en PDF » 

Pierre Dutilleul, directeur général du Syndicat national de l’édition

« Des milliers de personnes écrivent et rêvent d’être publiées. Nous ne pouvons que nous en réjouir ! L’édition traditionnelle et l’autoédition sont complémentaires, car les maisons d’édition ne peuvent pas tout publier. Bien sûr, il ne faut pas occulter le travail de l’éditeur, qui est de mettre en forme, fabriquer, marketer et distribuer un livre. L’éditeur a une démarche qui s’inscrit dans le temps : en misant sur un premier roman, il espère avoir trouvé l’auteur d’une œuvre. Un livre, c’est donc bien plus qu’un PDF. Qu’Internet permette à des auteurs de se faire connaître est une bonne chose, à condition qu’il n’y ait pas d’arnaques. Soyez prudent lorsqu’on vous demande de l’argent. Pour le reste, tout est possible. Agnès Martin-Lugand* a été repérée grâce à l’autoédition, avant de rejoindre le circuit traditionnel. Elle a vendu 350 000 exemplaires, soit autant qu’un Goncourt. » 

* Les Gens heureux lisent et boivent du café, Michel Lafon, 2013.