Des lunettes au juste prix

Des lunettes au juste prix

Les lunettes correctrices sont chères et doivent régulièrement être renouvelées. Pour limiter les frais, n’hésitez pas à demander plusieurs devis et à refuser certaines options inutiles.

Un Français sur deux porte des lunettes de vue. Que ce soit pour corriger la presbytie - incontournable à partir de 45 ou 50 ans -, la myopie, l’astigmatisme, le strabisme ou l’hypermétropie - qui touche les jeunes enfants -, de nombreux ménages doivent composer avec un budget d’optique élevé. Certains défauts étant héréditaires, il n’est pas rare que plusieurs membres d’une même famille doivent corriger leur vue.

Des frais peu remboursés

Si la dépense moyenne avoisine les 300 €, il faut souvent débourser plus (jusqu’à 600 €, voire 800 €). Un adulte changeant de lunettes tous les deux ans environ et un enfant tous les ans - ou même tous les six mois, par exemple en cas de strabisme -, le budget d’un ménage se trouve lourdement grevé par les dépenses consacrées aux achats et renouvellements de lunettes.

Surtout si aucun membre de la famille n’a souscrit de mutuelle ou de complémentaire santé. Le remboursement de la Sécurité sociale demeure en effet dérisoire : 1,85 € pour la monture, quelle qu’elle soit, entre 1,48 € et 15,95 € par verre selon le degré de correction ; pour les moins de 18 ans, ces sommes passent à 19,80 € pour la monture et entre 7,82 € et 43,30 € par verre, toujours selon le degré de correction.

Faire jouer la concurrence

En France, près de 10 500 boutiques de lunetiers se répartissent entre opticiens indépendants, franchisés et magasins mutualistes. Il n’est donc pas évident de choisir l’enseigne qui permettra d’obtenir le meilleur prix.

"Le plus souvent, la proximité guide le choix des consommateurs. S’adresser à un professionnel près de chez soi, c’est pratique. Pourtant, on peut facilement faire jouer la concurrence en comparant les prix entre plusieurs enseignes. N’hésitez à pousser la porte des boutiques pour essayer des montures et jauger le niveau de conseil des professionnels", explique Henry-Pierre Saulnier, président de l’Union des opticiens (UDO).

Ainsi, d’un magasin à l’autre - même ceux portant la même enseigne -, les prix diffèrent pour un achat de qualité équivalente. Si vous disposez d’une mutuelle, vous pouvez vous rendre dans un magasin mutualiste agréé. Il présente un choix aussi étoffé que les autres enseignes et vous ne paierez que la part non remboursée. La plupart des autres lunetiers ont signé des conventions avec des mutuelles ou des assurances privées afin de vous faire bénéficier du tiers payant. N’hésitez pas à demander à l’opticien s’il est signataire de ce type d’accord.

Éviter les grandes marques

Le choix de la monture et du type de verres peut aussi considérablement faire gonfler la facture finale : entre un premier prix et une monture griffée par un créateur, les tarifs peuvent être multipliés par 6, passant d’environ 30 € à plus de 200 €. "Des prix peu élevés ne signifient pas forcément une mauvaise qualité. Les matériaux utilisés ont leur importance, mais ce sont plus souvent le design et la marque qui justifient ces écarts de prix", rappelle Henry-Pierre Saulnier.

Dès l’entrée du magasin, vous buterez pourtant systématiquement sur les présentoirs de ces fameuses grandes marques, et le professionnel ne vous en détournera pas, bien au contraire. Les montures à petit prix sont rarement mises en valeur, il faut souvent les chercher ou les demander à l’opticien.

Le choix des verres

Ensuite, il faudra choisir les verres : minéraux (en verre) ou organiques (en plastique incassable), amincis, pour corriger les fortes myopies ou hypermétropies, ou progressifs pour corriger la presbytie… Écoutez les conseils du professionnel, car il a le devoir de vous orienter techniquement vers les verres les mieux adaptés à votre défaut visuel et à la monture que vous convoitez. Il ne vous guidera pas vers les mêmes produits selon votre pathologie, mais aussi votre âge - les enfants sont systématiquement équipés en verres organiques.

En revanche, pour le traitement "de surface" des verres - antirayures, antisalissures, antipoussières, antireflets, antibuée, hydrophobes (l’eau glisse sur le verre, une caractéristique utile pour les sportifs en extérieur) -, gardez la tête froide ! L’opticien lunetier aura tendance à vous les proposer d’office. Sur certains modèles, ces traitements de surface sont d’ailleurs imposés par des verriers. Pourtant, ils ne sont pas tous indispensables. Une seule chose est certaine : ils font grimper la note de plusieurs dizaines d’euros !

Vous pouvez demander à votre lunetier de faire appel à un autre de ses fournisseurs qui ne propose pas automatiquement ces traitements spéciaux. Insistez, même si le commerçant argue qu’il préfère travailler avec son verrier habituel, avec lequel il a sans doute négocié de meilleures conditions tarifaires.

Devis conseillé

Avant de vous décider, demandez à plusieurs opticiens un devis détaillé. Ils sont obligés de vous le remettre, mais il faut parfois le réclamer. Ne vous contentez jamais d’une note griffonnée sur un bout de papier ou un Post-it.

Pour la monture et les verres choisis, le document doit préciser la marque du fabricant ou du distributeur, les références commerciales, les éventuelles options avec les prix détaillés pour chaque élément, et le tarif de remboursement de la Sécurité sociale, éventuellement celui de votre assurance complémentaire si vous avez fourni les informations nécessaires. Vous pouvez demander que figure, à titre de comparaison, une offre de base : monture premier prix et verres sans aucun traitement.

Outre ces informations sur les tarifs, le devis doit indiquer une date limite de validité, le délai de livraison de l’équipement, les éventuelles conditions particulières de paiement. Par exemple, si vous n’avez pas d’assurance complémentaire, demandez à régler en trois fois sans frais. La plupart des professionnels accordent cette facilité.

Une deuxième paire, est-ce vraiment utile ?

Pratiquement toutes les enseignes, même les opticiens indépendants qui n’en font pas la publicité, offrent une deuxième paire gratuite. À de rares exceptions près, cette seconde paire sera de qualité moindre : choix de montures limité et verres de base. Au lieu de céder à la tentation et de choisir un équipement qui risque de dormir au fond d’un tiroir, négociez plutôt une paire de lunettes solaires adaptées à votre vue ou tout simplement une ristourne sur votre paire de lunettes principale. Il n’est pas rare d’obtenir 15 % de réduction, voire davantage.

Méfiez-vous des offres sur Internet !

Des lunettes de vue 80 %, 70 % ou 50 % moins chères, telles sont les promesses des sites de vente sur Internet (www.direct-optic.fr, www.easyviz.fr, www.lunettesdiscount.fr…). Les premiers prix de montures sont affichés à moins de 10 € et certains sites offrent un choix parmi de grandes marques et des verres correcteurs avec diverses options. En théorie, pour essayer les lunettes, il suffit de télécharger votre photo, de sélectionner une monture, de mesurer votre écart pupillaire avec une réglette et de retranscrire l’ordonnance sur un formulaire.

Mais Alexandra Duvauchelle, déléguée générale du Syndicat des opticiens sous enseigne (Synope), émet des réserves : "Une paire de lunettes ne doit pas satisfaire uniquement les goûts esthétiques, mais doit avant tout corriger un défaut de la vue. C’est un dispositif médical, dont l’achat requiert le conseil du professionnel. Ce type de vente en ligne revient à faire peser sur le consommateur la responsabilité de la prise de mesure, du centrage des verres… Cela augmente indéniablement le risque d’inadaptation, d’inconfort, et peut même constituer un risque pour la santé des porteurs."

Par ailleurs, ces sites ne sont pas hébergés en France, mais plutôt aux États-Unis ou en Asie, ce qui complique les recours en cas de problème. De plus, en France, la vente à distance des verres correcteurs n’est pas autorisée. Ne comptez donc pas sur le remboursement de la Sécurité sociale. Vous courez aussi le risque que votre assurance complémentaire ne prenne rien à sa charge.