De nouvelles étiquettes pour connaître l'impact écologique des produits

De nouvelles étiquettes pour connaître l'impact écologique des produits

L’affichage environnemental doit permettre au consommateur de choisir ses produits en fonction de leur impact écologique, quelle que soit leur nature. Le bénéfice
est-il vraiment au rendez-vous ?

Un millier de produits de consommation courante arborent, depuis le 1er juillet 2011, un nouvel étiquetage environnemental.

Une expérimentation à laquelle participent 168 entreprises (retrouvez les entreprises participantes sur www.developpement-durable.gouv.fr) et qui touche tous les secteurs d’activité.

Le but de cette initiative du ministère de l’Écologie est de permettre au consommateur de choisir les produits les plus respectueux de l’environnement. « Et, par ricochet, de faire évoluer l’offre des fabricants », insistait Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l’Écologie et du Développement durable, lors du lancement de cette opération.

L'étiquette énergie des produits

En fait, il s’agit d’appliquer le principe de l’étiquette énergie, qui figure déjà sur les appareils électroménagers, à des produits du quotidien, en espérant les mêmes résultats :

  • en 1995, lors de la généralisation de cette étiquette, 75 % des réfrigérateurs se situaient dans le bas du classement, entre les lettres D et G ;
  • quinze ans plus tard, 90 % des appareils vendus étaient notés entre A et A++.

Ce dispositif se veut un test grandeur nature, à l’issue duquel le consommateur sera appelé à juger quel type d’affichage lui convient le mieux. Pour le moment, chaque entreprise donne les informations qu’elle veut et sous la forme qui lui convient…

Seule obligation : un affichage multicritère pour éviter que l’on ne parle que des émissions de dioxyde de carbone (CO2). Les entreprises y ont donc ajouté la consommation d’eau, la pollution de l’air, l’impact sur les ressources naturelles non renouvelables ou sur la biodiversité, par exemple.

Pour leurs calculs, elles sont tenues de respecter un référentiel de bonnes pratiques (Plate-forme Afnor-Ademe), afin d’éviter les assertions fantaisistes et les satisfecit autodécernés.

Chez Bel’M, qui fabrique des portes d’entrée, Anaël Le Goff a été recruté spécialement pour réaliser les analyses du cycle de vie (ACV) sur les 200 produits de la gamme.

Cette note repose sur huit indicateurs, dont le réchauffement climatique, la toxicité, la “recyclabilité”, mais aussi le confort acoustique ou l’étanchéité à l’air, explique-t-il. Ces indicateurs cumulés donnent une note de 1 à 100 que nous transférons sur une échelle de A à G.

Comment comparer la consommation énergétique des produits  ?

À l’instar de Bel’M, les entreprises traduisent les résultats des ACV selon leur propre méthode de calcul. Autant dire qu’il est impossible, à l’heure actuelle, de comparer deux produits de même type.

Chez ­Conforama, Christian De ­Meerschman, directeur Qualité, a conçu avec le bureau Veritas un fichier de collecte de données précis qui est adressé aux fournisseurs.

Ces informations sont ensuite traitées par un logiciel qui aboutit à onze indicateurs, explique-t-il. Toujours avec ­Veritas, nous élisons les trois plus pertinents qui figureront sur l’étiquette. 

Environ 650 produits sont actuellement étiquetés… sur les 15 000 références présentes en magasin.

Sur la forme, Conforama a d’abord opté pour des valeurs brutes (par exemple, kilogramme équivalent CO2).

Nous voulons nous rapprocher de l’étiquette énergie, comme le souhaitent nos clients, poursuit le directeur Qualité. Mais on ne peut pas répartir des produits dans des classes A, B, C, ou D sans en avoir d’abord testé plusieurs centaines.

À long terme, l’enseigne veut intégrer les principes du développement durable dans la conception et la fabrication d’un produit. L’affichage environnemental est la première étape.

Décryptage des étiquettes

1. Antalis. Cette étiquette figure sur les ramettes de papier Image recycled et Cocoon Office d'Antalis.

  • A : note globale
  • Climat : production de gaz à effet de serre
  • Eau : quantité d'eau nécessaire pour produire cette ramette
  • Terre : épuisement des ressources naturelles renouvelables en réserve par personne
  • 100 % : origine de la fibre pour fabriquer ce papier ( recyclée et/ou certifiée issue d'une forêt gérée)

2. Casino. L’indice environnemental représente l’impact de 100 g de produit par rapport à celui de la consommation alimentaire journalière d’un Français.

  • Son calcul repose sur trois critères : gaz à effet de serre, consommation d’eau et pollution aquatique.
  • La couleur de la feuille donne la tonalité générale : impact faible, moyen ou fort.

3. Biocoop. L'indice environnemental représente l'impact pour 100g de produit

  • A : note globale.
  • CO2 : quantité de gaz à effet de serre émise pendant la durée de vie du produit.
  • Eau : impact sur la pollution des eaux douces (en milligramme équivalent phosphates).
  • Air : quantité de gaz se transformant en pluies acides et endommageant les sols (en gramme équivalent dioxyde de soufre).

L’avis du consommateur

Côté support, environ la moitié des entreprises renvoient le consommateur vers leur site Internet, parfois par le biais d’un flashcode ou QR Code, un pictogramme de type code-barres pouvant être décodé par certains mobiles.

Les autres affichent les informations environnementales en magasin, sur leur catalogue, sur une facture ou directement sur le produit.

Aux acheteurs de dire ce qu’ils préfèrent pendant la durée de l’expérimentation, en répondant à un bref questionnaire sur le site du ministère de l’Écologie.

Si l’on en croit l’étude réalisée en 2009 par le cabinet Ernst & Young, les consommateurs votent pour la simplicité : une note unique et globale (A, B, C…) plutôt que des valeurs brutes (7,5 kg équivalent CO2…) ou des ratios (30 % des émissions journalières de CO2 d’un Français…).

Sur la forme, c’est l’histogramme, comme celui des étiquettes énergie de l’électroménager, qui remporte les suffrages.

Dans tous les cas, la vérification des données par un organisme indépendant semble indispensable pour assurer la crédibilité de ces mesures.

Le chiffre

56 % des acheteurs trouvent les informations des produits durables difficiles à comprendre. Source : cabinet Ethicity, 2011.

L'étiquetage environnemental : vers plus de transparence

Gaël Virlouvet, responsable économie à France nature environnement  soutient cette initiative d’étiquetage environnemental mais il estime que c’est un dispositif compliqué à mettre en place : "Aujourd’hui, le but est plus de créer une compétition entre les fabricants que d’influencer les choix des consommateurs. Tant qu’il n’y a pas d’harmonisation dans l’affichage, la comparaison entre les produits est aléatoire.

Un premier rapport d’évaluation doit être remis au ministère début 2013 et l’harmonisation, qui nécessitera un passage devant le Parlement, ne sera sans doute pas effective avant 2014.

Pour le moment, le consommateur peut surtout se familiariser avec ce type d’affichage et donner son avis. C’est un mouvement vers la transparence, la prise de conscience, et on peut même imaginer, à terme, des prix modulés en fonction du bilan environnemental du produit."