Acheter français, c'est possible !

Acheter français, c'est possible !

Acheter français pour préserver des emplois séduit trois Français sur quatre. Reste à s’assurer qu’il s’agit bien de produits "made in France".

Acheter français, un acte militant

Ces dernières années, les usines françaises ont fermé les unes après les autres. Depuis la fin des années 1980, le nombre d’emplois industriels a diminué de 36 %, soit 2 millions d’emplois perdus. Mais des professionnels réagissent, à l'image de Fabienne Delahaye :

J’ai eu l’idée du salon Made in France à une époque où c’était considéré comme “ringard” de vouloir acheter français, alors qu’à l’étranger les gens étaient fiers des produits de leur pays. »

En organisant ce premier salon grand public, MIF Expo, en novembre 2012, elle n’imaginait pas le voir inaugurer par Arnaud Montebourg. Comme le ministre, la jeune femme espère inciter les consommateurs à acheter français :

Ce n’est pas l’origine des matières premières qui m’intéresse, mais que l’essentiel du processus de fabrication se déroule en France, que l’entreprise comptabilise le plus d’emplois possibles dans l’Hexagone au regard de son chiffre d’affaires. »

Parmi les 70 exposants, on peut trouver d’anciennes maisons – les bonbons Anis de Flavigny fabriqués par 27 personnes ou les chaussettes Labonal qui emploient 130 ouvrières – comme de nouvelles enseignes, telle Mon petit polo français tissé dans un village de l’Aube.

Préférence nationale : le coût de la différence

À ceux qui font valoir l’argument de la baisse du pouvoir d’achat pour se tourner vers des produits à bas prix venus d’ailleurs, Fabienne Delahaye rétorque :

Ce n’est pas plus cher si on tient compte du coût d’usage. Sur les articles à faible coût, le service après-vente est inexistant et les produits défectueux doivent être remplacés. On s’y retrouve sur le long terme. »

Même discours chez Hervé Gibet, concepteur de La Fabrique hexagonale, premier site à recenser, dès 2008, les entreprises qui perpétuent des savoir-faire et créent des emplois en France. Pour lui, la quête de produits bien de chez nous s’effectue tout autant dans le but de préserver l’environnement :

La démarche est sociale et écologique. Nous privilégions l’entreprise étrangère qui s’installe chez nous pour faire fabriquer plutôt que la française qui part produire ailleurs. Acheter des produits manufacturés à proximité de leur lieu de consommation économise l’énergie consacrée aux transports et préserve l’environnement. »

L'Indication géographique protégée (IGP) : 100 % terroir

Parmi les labels aisément repérés par les consommateurs, on retrouve l’IGP (indication géographique protégée), proche du label AOC (appellation d’origine contrôlée) français. Ce signe d’identification, en vigueur au niveau européen, signale un savoir-faire lié à une zone géographique.

Une centaine de produits agricoles français affichent l’IGP : l’agneau de l’Aveyron, l’ail de la Drôme ou les huîtres Marennes Oléron. Le gouvernement souhaite étendre ce label aux produits manufacturés, dans le cadre du projet de loi consommation prévu pour le premier semestre 2013. D’ici 2014, le couteau Laguiole ou les santons de Provence pourraient s’en prévaloir.

Mettre en valeur l’origine France pourrait passer pour un acte de protectionnisme. Si cela permet de relancer les ventes auprès des Français, cela constitue surtout un atout de choix à l’export. Ainsi, la marque américaine Häagen-Dazs, basée à Arras, utilise le lait des vaches bien de chez nous et se sert, elle, du label Origine France garantie pour vendre ses petits pots de glace en Chine où le made in France est très valorisé !

Repérer la mention "Made in France" ou "Fabriqué en France"

Au nom de la libre circulation des denrées dans l’Union européenne, il n’est pas permis de rendre obligatoire l’origine nationale des produits (à l’exception du secteur agroalimentaire), qu’ils soient fabriqués dans l’Union européenne ou qu’ils proviennent d’un pays tiers.

Toutefois, les entreprises qui le désirent, dans un souci de marketing, sont autorisées à utiliser la mention « Made in France » ou « Fabriqué en France ». Pour pouvoir apposer ce marquage, soit la dernière transformation du produit doit avoir eu lieu en France, soit 45 % de sa valeur ajoutée doivent avoir été réalisés dans l’Hexagone.

Seules les allégations litigieuses peuvent être réfutées par le service des Douanes lors de l’importation, ou par la Répression des fraudes lorsque les produits sont déjà vendus sur le marché français.

Origine France garantie, Entreprise du patrimoine vivant, deux labels pour guider son choix

Mieux, deux labels permettent de distinguer les entreprises hexagonales.

  • Entreprise du patrimoine vivant (EPV). Créé en 2005, ce label est attribué pour cinq ans par le ministère de l’Économie, des Finances et de l’Industrie. Il distingue les entreprises françaises détenant un savoir-faire artisanal ou industriel rare, renommé ou ancestral. Pour être éligibles, les entreprises doivent déposer un dossier à l’Institut supérieur des métiers. Très sélectif, ce label n’est attribué qu’à un millier de maisons françaises, parmi lesquelles Baccarat, Boucheron ou Dalloyau.
  • Origine France garantie (OFG). Pour obtenir ce label créé en 2011, un produit doit répondre à un cahier des charges élaboré par l’organisme certificateur Veritas. Il faut qu’il soit fabriqué, assemblé ou monté en France et que 50 % de l’activité liée à sa production soient effectués dans l’Hexagone. Le label doit être renouvelé tous les trois ans. 300 entreprises et 500 gammes de produits affichent l’OFG, parmi lesquelles Smuggler, dernier fabricant de costumes français ou les Choco BN nantais au chocolat.

La « Marque France », la petite dernière

Arnaud Montebourg, Nicole Bricq, Sylvia Pinel et Fleur Pellerin… Quatre ministres ont pris en charge la lourde tâche de redorer le blason de la France. Pour y parvenir, ils ont confié à Philippe Lentchener, président de McCann, la mission de dresser les grandes lignes du concept de la « Marque France ». Pourquoi ? « Parce qu’elle n’existe pas, répond ce spécialiste du marketing dans une vidéo, alors que dans d’autres pays la marque est évidente », à l'image de l’american dream par exemple.

La « Marque France » reste donc à définir en mettant en avant une certaine excellence française, un savoir-faire artisanal, un hédonisme rabelaisien, un fort legs social, afin de rendre visible le talent de nos chercheurs, designers et autres entrepreneurs. Il s’agit de mettre sur pied une stratégie globale d’attractivité et de reconnaissance. Ce référentiel commun qui forge l’identité française fédérera les labels existants (EPV, IGP ou OF).