Devenir membre d’un supermarché coopératif

Devenir membre d’un supermarché coopératif
Une vingtaine de supermarchés coopératifs commencent à apparaître en France. - © gilaxia

Être client et propriétaire et y travailler bénévolement, c’est le principe de cette grande épicerie d’un tout nouveau genre. À la clé, des produits plus sains, des producteurs payés au juste prix, des économies pour vous. Et si vous participiez à l’aventure ?

Pour devenir client d’un magasin coopératif, il faut d’abord être sociétaire de la coopérative, c’est-à-dire en acheter une part. Ensuite, chacun doit contribuer à son fonctionnement, à raison de trois heures bénévoles par mois. Enfin, toutes les décisions de gestion (choix des fournisseurs, des produits, embauche de salariés, etc.) sont prises en commun. Dans une coopérative, une personne égale une voix. Une vingtaine de supermarchés commencent à apparaître en France sur ce modèle (voir carte). Pourquoi cet engouement ? « Beaucoup de gens sont déçus par la politique, mais participent à une forme de citoyenneté par le biais de l’alimentation et la santé. Choisir ce qu’on va consommer, participer à la promotion d’une agriculture qui élimine les produits nocifs pour la santé est une préoccupation de plus en plus partagée », estime Gilles Caillaud, cofondateur et coordinateur de Scopéli, supermarché coopératif à Rezé, dans la métropole nantaise. Tous les supermarchés coopératifs proposent en effet des produits bio ou issus de la production locale.

Les agriculteurs sont payés correctement. « On ne discute jamais un
 prix, mais en retour, nous voulons un produit de bonne qualité », indique Hervé Arnaiz, membre de Supercoop, créé en 2016 à Bègles, près de Bordeaux.
 Ce projet collectif crée aussi des liens et de la solidarité. De plus, il doit reposer sur un modèle économique qui tienne la route.
 « Il faut acheter et vendre. À la différence d’un supermarché classique, nous ne rémunérons pas d’actionnaires et notre marge est fixe
 (20 %), quels que soient les produits », rappelle Geneviève Sevrin, présidente de SuperQuinquin, ouvert à Lille en avril 2017.

Un engagement à géométrie variable

Au démarrage, c’est souvent un noyau dur d’une dizaine de personnes qui portent le projet et mobilisent beaucoup de leur temps pour tout prévoir : futur emplacement, financement, communication, recherche de fournisseurs, etc. Un engagement prenant, surtout quand
 on a une activité professionnelle. À Rennes,
 les membres de Breizhicoop, dont la moyenne d’âge est de 36 ans, lancent d’ailleurs un appel aux retraités pour venir les épauler.
 Ensuite, au fur et à mesure que les coopérateurs affluent, des groupes de travail (achats, informatique, finances ou communication)
 se constituent au gré des envies et des compétences et se maintiennent en phase de fonctionnement. Les réunions sont généralement hebdomadaires.
 Mais il est tout à fait possible de se limiter à l’engagement de base de trois heures de bénévolat par mois. Les tâches à se répartir toutes sont celles à effectuer dans un magasin, comme mettre les produits en rayon, tenir la caisse, nettoyer, faire la comptabilité, etc. C’est grâce à ce bénévolat que les prix sont plus bas, notamment pour le bio.

Comment démarrer ?

Vous pouvez rejoindre un supermarché en activité ou en projet à tout moment (voir carte). La plupart sont demandeurs : plus les coopérateurs sont nombreux, plus le projet sera solide. Le prix d’entrée est généralement fixé à 100 euros par foyer, soit dix parts (10 euros, soit une part pour les chômeurs, étudiants, bénéficiaires de minima sociaux). Vous devenez alors propriétaire. Chaque supermarché coopératif organise régulièrement des réunions d’accueil destinées aux personnes intéressées.

En l’absence de projet près de chez vous, vous pouvez en monter un de toutes pièces avec un groupe d’amis. Il faut commencer par créer une association dont la mission est de préfigurer le futur supermarché et de rassembler des troupes. Le coût d’adhésion est modique (autour de 10 euros par an).

« Cette étape s’avère nécessaire pour réunir les forces, chercher les locaux, communiquer, voir si ça prend et, lorsque le projet est mûr, créer la coopérative », explique Gilles Caillaud. Le processus dure entre douze et dix-huit mois.

Les aides au projet

Comme pour tout projet de création d’entreprise, il convient de trouver des financements. Les premiers fonds proviennent des adhésions à l’association porteuse du projet. Beaucoup ont recours également au financement participatif en ligne (« crowdfunding »). Les collectivités locales octroient parfois des aides au démarrage. Sur un budget de 200 000 euros, SuperQuinquin a ainsi obtenu 34 000 euros de subventions de la ville de Lille, de la métropole et de la région. Plusieurs fondations, orientées innovation sociale, financent aussi de tels projets. Au-delà de ces aides non remboursables, il est nécessaire de contracter des prêts auprès d’établissements bancaires. Certains organismes de l’économie sociale et solidaire apportent parfois un cautionnement, comme le réseau France Active. Quant à l’accompagnement en conseil et expertise, il est souvent apporté par les pairs. D’ores et déjà, plusieurs supermarchés coopératifs ont opéré un regroupement informel et se réunissent régulièrement.

Les conditions du succès

Toutes les initiatives françaises s’inspirent de la Park Slope Food Coop, un magasin coopératif qui fonctionne depuis quarante ans à New York et qui compte 16 000 coopérateurs ! Mais il est encore trop tôt pour savoir si cette réussite est reproductible en France, les structures en activité y étant récentes et encore en phase de transition. Supercoop occupe 70 m2 en attendant de trouver des locaux plus grands. SuperQuinquin dispose d’une surface de vente de 300 m2, mais son objectif est de passer à 1 200 m2. À Rezé (Nantes), Scopéli dispose de 1 200 m2, qui sont à réhabiliter entièrement. En attendant, il fonctionne sous forme de « drive » : les coopérateurs commandent sur Internet et viennent récupérer leur panier le week-end.

Le pionnier en France, La Louve, (1 450 m2 dans le 18e arrondissement de Paris) prolonge volontairement sa période de test... même s’il compte déjà plus de 5 600 coopérateurs, et donc de clients ! « Cette phase permet d’ajuster jour après jour le fonctionnement du supermarché (approvisionnement, mise en place des procédures, test de nos systèmes informatiques, etc.) et aux coopérateurs de se l’approprier », indique Audrey, une des coopératrices. C’est sans doute là une des conditions du succès, car la distribution est un métier qui ne s’apprend pas en un jour. La Louve et Superquinquin ont également choisi de recruter quelques salariés permanents.

La disponibilité des bénévoles, surtout au démarrage, est également un élément clé. Les projets dynamiques sont souvent portés par de jeunes retraités, des étudiants, des personnes momentanément au chômage, qui disposent à la fois de temps et de compétences.