Comment choisir ses produits d’entretien ?

Comment choisir ses produits d’entretien ?
Le produit qui nettoie sans frotter, ce n’est qu’une promesse marketing. - © Tempura.

Le meilleur détergent ménager est celui qui est à la fois efficace, économique et également le moins nocif pour soi et pour l’environnement.

Des dizaines de produits ménagers nous promettent un intérieur plus propre et plus sain : nettoyants pour salle de bains, cuisine, sols, carrelages, W.-C., vitres, gels ou liquides dégraissants, décapants, détartrants, déboucheurs, antibactériens, désinfectants, anticalcaires, etc.

A-t-on réellement besoin de tant de produits différents pour avoir une maison propre ? La réponse est clairement non. Le consommateur ne s’y trompe guère, comme l’atteste le succès des produits multi-usages, en tête des ventes sur le segment des produits d’entretien avec près de 400 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel, selon une étude LSA réalisée en 2014.

Comment définir l’efficacité ?

Utiliser les produits multi-usages est certes plus simple et plus économique, mais est-ce efficace ? Selon de nombreux experts, ce serait le cas.

Prenons les nettoyants spécifiques pour W.-C. : un test paru dans Que Choisir en 2010 remet en cause leur efficacité, à l’exception de ceux qui contiennent de l’acide chlorhydrique, solution très agressive pour l’environnement et irritante pour les voies respiratoires. Un nettoyage régulier avec un produit multi-usage simple permettrait d’éviter que la saleté s’incruste, et donc le recours à ces produits toxiques.

Autre idée reçue : la présence d’eau de Javel garantit un nettoyage optimal. Or, l’enquête conclut que les produits à base de Javel « sont impuissants face au tartre : seuls quelques-uns d’entre eux enlèvent les dépôts calcaires, et il faut souvent y ajouter une bonne dose d’huile de coude ».

En fin de compte, « l’eau de Javel se classe bonne dernière pour le lavage des sols carrelés. Elle ne parvient pas à nettoyer les surfaces grasses, elle ternit les revêtements. Les salissures de cuisson sont le seul domaine qui lui sauve la mise ». Pour les inconditionnels, limitez son utilisation. « Un bouchon pour 10 litres, c’est beaucoup trop, avertit Laurent Chevalier, médecin consultant. Trois à quatre gouttes suffisent largement pour désinfecter. »

Deux autres mythes véhiculés par la publicité ont la vie dure :

  • le produit qui nettoie sans frotter : ce n’est rien d’autre qu’une promesse marketing, car lorsque la crasse s’est vraiment accumulée, il est nécessaire de frotter, de surcroît avec un détergent puissant, et donc potentiellement nocif pour soi et pour l’environnement.
  • le produit qui « sent bon le propre » : « La propreté n’a pas d’odeur, prévient Laurent Chevallier. Si ça sent bon, c’est qu’il s’agit bien souvent d’un parfum de synthèse. Rien de naturel là-dedans ! »

Que contiennent ces produits ?

Les fabricants sont tenus d’indiquer la composition chimique de leurs produits sur les emballages mais, dans la réalité, « ces indications sont peu précises, avec des fourchettes de concentration trop larges (moins de 5 %) et des substances désignées par leur fonction plutôt que par leur nom (agent de blanchiment chloré, tensioactif, etc.) », indique l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris).

Décrypter ces étiquettes sans être expert est difficile… Néanmoins, le consommateur a toujours la possibilité d’éviter ceux qui sont connus pour être nocifs. La « Javel », par exemple, ce classique du ménage très utilisé dans les pays du Sud pour son pouvoir désinfectant, est presque absente des rayons des grandes surfaces des pays du Nord, à cause de sa nocivité reconnue.

Sept personnes sur dix en utilisent en France, placée au deuxième rang européen pour la consommation annuelle de ce produit (245 millions de litres), selon la Chambre syndicale nationale de l’eau de Javel. L’écart est grand avec les pays du Nord, qui en consomment moins de 4 millions de litres par an. En Allemagne, la Javel n’est utilisée que pour la désinfection des piscines et en milieu hospitalier ; elle est quasiment absente des rayons des supermarchés.

Fort heureusement, la plupart des produits présentent des risques limités pour la santé. Lorsqu’ils entrent en contact avec la peau, certains détergents peuvent toutefois provoquer des brûlures, des rougeurs, des crevasses, des réactions allergiques, etc. Ensuite, leur inhalation peut entraîner une irritation des voies aériennes supérieures, des vertiges et des maux de tête. Ces effets varient selon la concentration en polluants, la durée d’exposition, l’âge ou le sexe de l’utilisateur.

Peut-on se fier aux labels ?

Accordés par des organismes de certification indépendants, les labels garantissent à la fois la composition des produits et leurs effets minimaux sur l’environnement (contenu et emballage). Pour les détergents ménagers, il existe quatre principaux labels en France :

Écocert, et Nature et Progrès ont les cahiers des charges les plus stricts. Les normes NF Environnement et Écolabel européen indiquent que l’entreprise s’inscrit dans une démarche vertueuse en matière de préservation de l’environnement, mais elles n’interdisent pas l’utilisation de certains produits de synthèse. Ces détergents sont en moyenne 20 % à 25 % plus chers, car ils sont composés de « matières premières naturelles plus onéreuses que des produits de synthèses », précise Sandrine Deblois, responsable de la mention chez Nature et Progrès.

Que penser du naturel ?

Des produits de base traditionnels offrent une alternative aux détergents industriels :

  • Le bicarbonate de soude est utilisé pour récurer. Il a des propriétés anti-odeurs, anticalcaires et nettoyantes.
  • Le savon noir et le savon de Marseille sont conseillés pour le nettoyage et la lessive (sous forme de paillettes à diluer dans l’eau).
  • Le vinaigre blanc (d’alcool ou de cristal) est un produit multifonction économique (1 € par litre au maximum). Il a des vertus désinfectantes, nettoyantes et anticalcaires, grâce à l’acide acétique qu’il contient. Quelques gouttes dans le bac de la machine à laver font office d’assouplissant et d’anticalcaire.

La dernière tendance consiste réaliser soi-même ses produits d’entretien. Les ingrédients de base sont identiques à ceux des produits du commerce : savon noir et bicarbonate de soude pour nettoyer, vinaigre et alcool pour assainir et désinfecter… On peut ajouter quelques gouttes d’huiles essentielles pour le parfum.

Ces composants naturels sont-ils toxiques ? Non, affirment les médecins, même si certaines huiles sont irritantes pour les peaux sensibles. D’où la nécessité de mettre des gants de ménage. Et de faire attention à certains mélanges (vinaigre et eau de Javel, par exemple) qui dégagent des vapeurs toxiques très irritantes pour les voies respiratoires.

« Pas d’eau de Javel pour les femmes enceintes »

Laurent CHEVALLIER, médecin consultant en nutrition

« Un rapport de l’Inserm de 2009 révèle que “l’exposition aux solvants serait particulièrement dangereuse chez la femme enceinte et impliquée dans la survenue de malformations congénitales et de fausses couches”. Les femmes de ménage sont particulièrement exposées, du fait de leur utilisation quotidienne de ces produits.

Par mesure de précaution, je conseille aux femmes enceintes de ne pas utiliser l’eau de Javel, d’éviter les détergents agressifs et d’opter pour des produits naturels, comme le savon noir, le bicarbonate de soude ou le vinaigre blanc, trois produits qui permettent d’effectuer les trois quarts des tâches ménagères.

Enfin, il faut arrêter avec cette manie de vouloir tout désinfecter : nos maisons ne sont pas des blocs opératoires. Un nettoyage régulier, à base de produits naturels si possible, suffit amplement ! »