Facture d'eau : payez-vous trop ?

Facture d'eau : payez-vous trop ?

Opaque, trop élevée… la facture d’eau inquiète les consommateurs. Comment le prix de l’eau est-il calculé ? Payons-nous vraiment trop ?

L’eau pèse de plus en plus lourd dans le budget des ménages. D’après l’Institut national de la consommation (INC), le prix moyen de l’eau a augmenté de 3,3 % par an, entre 2004 et 2008, l’indice des prix ne progressant que de 1,9 %.

Un prix qui atteint, en moyenne, un euro par jour pour une famille, mais qui varie aussi fortement d’un territoire à un autre, avec des écarts pouvant aller du simple au double (2,47 €/m3 dans les Vosges contre 5,72 €/m3 dans le Tarn-et-Garonne, en moyenne), comme l’a constaté la Confédération générale du logement (CGL) dans sa dernière enquête sur plus de 6 000 communes (chiffres 2012).

Ces variations contribuent à donner l’impression d’une tarification inéquitable, rappelle la CGL, qui milite pour un tarif unique de l’eau, comme il en existe un pour l’électricité, le gaz et les timbres.

Pourquoi le prix de l'eau est-il si élevé ?

Pour mieux comprendre ces différences de tarifs, il convient de se pencher sur sa facture. Le prix de l’eau, fixé par les communes, sert à financer les services d’acheminement et d’assainissement.

Il s’agit, d’une part, du captage de l’eau dans le milieu naturel, de son traitement pour la rendre potable et de son transport jusqu’au robinet.

Et, d’autre part, de la collecte et du retraitement des eaux usées. Ces services incluent également la relève des compteurs, la facturation et l’information des consommateurs. S’y ajoutent les taxes et les redevances. En fait, nous payons les services de l’eau plus que l’eau elle-même.

La facture d’eau doit couvrir tant les investissements dans les infrastructures (usines, réseaux, compteurs…) que leur exploitation (main-d’œuvre, énergie, consommables…), explique Jean-Luc Richard, adjoint à la mairie de Théoule-sur-Mer.

L’exigence de retraitement des eaux usées à l’échelle du pays, dicté par des normes environnementales de plus en plus strictes, est le principal responsable de la hausse de la facture ces dernières décennies.

Au final, l’alimentation en eau potable représente environ 45 % de la facture, son assainissement 40 %, et les redevances et taxes 15 %, indique l’INC.

Comprendre sa facture d'eau

« Avec le tarif le plus répandu, la facture comprend une part fixe liée à l’abonnement et une part variable proportionnelle à la consommation », indique Christophe Gareyte, ingénieur-conseil spécialiste de la tarification de l’eau.

Depuis 2010, certaines municipalités ont privilégié des tarifs alternatifs en appliquant, par exemple, un tarif progressif, dit social, où plus on consomme, plus le mètre cube est cher ; d’autres un tarif dégressif où plus on consomme, moins le mètre cube est cher ! Enfin, certaines communes touristiques ont fait le choix d’un tarif saisonnier : on paie le mètre cube plus cher en été.

En habitat collectif, où il n’y a que rarement des factures individuelles, la facture d’eau est « noyée » dans les charges de l’immeuble, avec un montant déconnecté de la consommation réelle des occupants.

« En l’absence de compteurs individuels, les charges d’eau sont réparties en fonction de la surface du logement : la grand-mère qui vit seule dans un grand appartement paiera plus qu’une famille dans un logement plus petit, ce qui n’est pas juste du point de vue de la consommation d’eau », note Michel Fréchet, président de la CGL.

Eau : un tarif variable selon les localisations

Il n’existe pas de péréquation tarifaire des services de l’eau et de l’assainissement, qui permettrait, comme pour l’électricité, de payer partout le même tarif en France.

En conséquence, la facture d’eau répercute le coût réel des services réalisés dans votre commune. Mais avec quelque 30 000 services publics de l’eau et de l’assainissement, on aboutit forcément à une grande diversité de tarifs, y compris entre cmmunes voisines !

À titre d’exemple, l’eau est à 3 €/m3 à Paris et à 4,24 €/m3  à Suresnes, de l’autre côté du périphérique…

En fait, le prix de l’eau varie pour plusieurs raisons :

  • le prix est plus élevé dans les communes où la potabilisation est coûteuse (à cause des nitrates, par exemple),
  • dans les communes rurales à faible densité de population et avec un réseau de distribution étendu ;
  • dans les communes touristiques où il a fallu investir pour l’épuration des eaux usées et pluviales afin de garantir la qualité des eaux de baignade et obtenir le label Pavillon bleu, explique Hao-Nhiên Pham, ingénieur chez Suez Environnement ;
  • dans les endroits où l’on a été obligé de remplacer les canalisations en plomb, un matériau désormais indésirable. »

Par ailleurs, les fuites sur les réseaux de distribution grèvent les factures. Selon l’INC, 1,3 milliard de mètres cubes d’eau potable (soit 20 % des volumes produits) n’arrivent jamais au robinet, mais sont payés par les consommateurs !

Alors même que le Grenelle de l’environnement de 2010 a fixé le taux de fuite autorisé à 15 % maximum, de nombreuses communes dépassent allègrement ce seuil, parmi lesquelles Digne-les-Bains (54 %) et Nîmes (37 %), souligne encore l’INC.

Maîtriser sa consommation d'eau

À défaut de pouvoir palier les fuites d’eau des réseaux de distribution, on peut commencer par éviter d’en avoir chez soi.

« Une chasse d’eau qui coule du 1er janvier au 31 décembre, c’est environ 600 € qui partent dans les toilettes », prévient le Centre d’information sur l’eau.

Parmi les autres gestes à adopter :

  • préférer les douches aux bains ;
  • fermer le robinet quand on ne se sert pas de l’eau (brossage des dents, savonnage sous la douche) ;
  • installer, pour une vingtaine d’euros, un économiseur d’eau sur les douchettes, les robinets et les WC.

Si vous avez toujours un doute (montant excessif de votre facture), assurez-vous que votre compteur, qui peut être très ancien, fonctionne correctement en demandant sa vérification auprès de l’opérateur de votre commune.

Faire des économies avec l'eau de pluie

Conseils de Maryllis Macé, directrice générale du Centre d’information sur l’eau

Remplacer l’eau potable par l’eau de pluie ou l’eau du puits, quand on vit en maison individuelle, cela permet de faire des économies et c’est écologique.

L’eau de pluie peut servir pour l’arrosage ou les toilettes, mais certainement pas pour la douche et encore moins pour la consommation car elle peut être polluée (pesticides, hydrocarbures…).

Un débat est en cours concernant son utilisation pour les lave-linge mais, par précaution, cela reste interdit. L’autre piste consiste à creuser ou remettre en service un puits.

Attention, une telle initiative est soumise à l’autorisation de la commune, qui décidera des conditions et imposera un contrôle sanitaire si cette eau est destinée à être bue.