Bio : un gage de qualité ?

Bio : un gage de qualité ?

À l'origine de l'agriculture biologique, on trouve une préoccupation pour l'environnement et la volonté de ne plus utiliser de produits chimiques.

Seules les exploitations certifiées bio peuvent afficher le label AB (pour agriculture biologique) sur leurs produits, qu'il s'agisse de pain, de confitures, d'œufs, de terrines, de légumes ou de poulets. Pour obtenir ce label, les agriculteurs bio s'engagent à respecter des normes particulières.

Pas de produits chimiques

Si vous demandez à un agriculteur bio pourquoi il a choisi cette méthode de culture ou d'élevage, il répondra sans doute que c'est pour "respecter la nature plutôt que chercher à la dominer".

Un agriculteur bio s'impose des obligations et des contraintes supplémentaires par rapport aux normes réglementaires. Il renonce en particulier à toute utilisation de produits chimiques de synthèse.

C'est le principe de base de l'agriculture biologique : pas de recours aux engrais chimiques ni aux pesticides de synthèse, et une exploitation moins intensive des surfaces agricoles.

Des méthodes alternatives

Concrètement, la fertilité des sols est maintenue par la rotation des cultures (comme en agriculture traditionnelle) et par l'emploi d'engrais non chimiques (engrais verts, par exemple). Des moyens mécaniques sont mis en œuvre pour éliminer les mauvaises herbes (désherbage manuel, thermique, paillage…). Le développement des champignons parasites est limité par l'emploi de quelques produits, comme le cuivre et le soufre. Des méthodes de lutte biologiques et des insecticides dits naturels permettent de contenir les insectes indésirables.

Certains éleveurs revendiquent aussi le label AB. Pour eux, pas d'élevage en batterie : leurs animaux ont accès à des parcours herbeux en plein air, sont nourris à 90 % au moins de cultures biologiques, et leur densité au mètre carré ne doit pas dépasser un certain seuil. Les conditions de leur abattage sont également encadrées.

Une réglementation abondante et qui évolue

Un produit labellisé AB doit respecter la réglementation européenne en vigueur depuis 1991 et contenir au moins 95 % d'ingrédients bio. Depuis avril 2000, un logo européen peut être apposé sur le bio provenant exclusivement de l'Union européenne (UE).

La moitié de la production bio consommée en France est importée. Pour passer la frontière, elle doit avoir obtenu une autorisation délivrée par le ministère compétent si elle provient d'un État membre de l'UE, ou venir d'un pays dont la réglementation a été évaluée par la Commission européenne (Argentine, Australie, Costa Rica, Israël, Nouvelle-Zélande et Suisse).

En outre, quelle que soit la provenance des produits (Europe ou non), les importateurs sont eux aussi contrôlés deux fois par an. Les locaux de stockage sont également vérifiés, car les produits non bio doivent être séparés des produits bio. Les importateurs sont sérieux, la filière est de plus en plus fiabilisée.

Pour unifier les règlements des différents États de l'UE, la Commission a élaboré un nouveau texte qui permettra l'utilisation dans certains cas de produits chimiques pour lutter contre les maladies des végétaux et des animaux et admettra la présence d'OGM par contamination jusqu'à un seuil de 0,9 %. Le projet, voté en juin 2006, sera mis en application en 2009.

Des contrôles renforcés

Tout agriculteur demeure libre de choisir le mode de production qui lui convient, pourvu qu'il respecte les normes sanitaires et satisfasse aux contrôles des services vétérinaires et de la répression des fraudes. C'est la règle : elle s'applique à tous. Au nom de la sécurité des produits que nous achetons et que nous cuisinons. Sécurité qui n'a jamais été aussi grande auparavant.

Ceux qui veulent utiliser le label AB doivent être certifiés. Pour l'obtenir, un agriculteur notifie sa décision de choisir le bio auprès de sa direction départementale de l'agriculture et de la forêt, et demande une certification à l'un des six organismes de contrôle. Il entame alors une période transitoire de deux ans au moins, dite de conversion, pour préparer sa terre ou son cheptel.

Du fait des exigences qu'ils s'imposent, les acteurs du bio (producteurs, transformateurs, fournisseurs d'engrais bio) se soumettent à des visites spécifiques qui s'ajoutent à celles pratiquées sur l'ensemble de la chaîne alimentaire. Ils sont contrôlés une fois par an sur rendez-vous par l'organisme avec lequel ils ont établi un cahier des charges.

Parallèlement, la moitié des producteurs sont contrôlés une seconde fois de façon inopinée. En cas de problème, un autre contrôle est organisé, aux frais du producteur. Les problèmes rencontrés ont concerné l'achat d'un animal ou d'aliments non bio sans demande préalable de dérogation. Ils peuvent aussi être liés à l'usage d'antibiotiques (limité à deux fois par an pour les bœufs et les porcs, interdit pour les volailles de chair). Toutes les actions effectuées sur le cheptel et dans les champs doivent être consignées dans un carnet.

Ces contrôles sont-ils fiables ? Oui, c'est ce que constatent les services de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) chargés de vérifier le sérieux des organismes certificateurs.

Vers une agriculture raisonnée

Moins médiatique que le bio, l'"agriculture raisonnée" résulte d'une démarche volontaire de certains agriculteurs, qui "s'engagent à renforcer la maîtrise des risques alimentaires et à limiter les impacts de leur exploitation sur l'environnement sans remettre en cause la rentabilité de leur exploitation".

L'utilisation des produits chimiques est réduite "aux quantités strictement indispensables à la viabilité économique de l'exploitation". Ce qui impose une surveillance quotidienne de l'évolution des cultures et de l'état des bêtes pour doser exactement les soins ou les traitements. C'est une démarche qui a émergé en 1999-2000.

Ce mode de production a été défini par un décret de 2004, ce qui lui confère une reconnaissance publique." L'agriculture raisonnée dispose de ses propres organismes certificateurs, d'exigences fixées par des "référentiels" et de la possibilité de faire figurer sur ses productions qu'elles sont issues "d'exploitations qualifiées au titre de l'agriculture raisonnée". Les pouvoirs publics se sont fixé pour objectif de qualifier 30 % des exploitations à l'horizon 2008.