Redécouvrir l’Île de Ré

Redécouvrir l’Île de Ré

Si le mot paradis se marie à merveille au mot île, à Ré on frôle le pléonasme. Mais, soumise à une très forte pression touristique, cette île star, reliée en permanence au continent, pourrait facilement faire oublier sa forte personnalité. Voici de quoi pénétrer tous ses secrets, pour vivre en toute authenticité au rythme rétais.

Photo : C. Voulgaropoulos

En partenariat avec Détours en France

Chef-lieu de l’île, ancienne place forte militaire, le bassin à flot du port de Saint-Martin délimite l’ancien quartier des marins, formant une enclave au cœur du port. Là se concentrent de belles demeures Grand Siècle, attestant une période où le négoce avec les Antilles et les Amériques faisait la prospérité des Martinais.

Gravir les 117 marches du clocher de l’église Saint-Martin, dite "le Grand Fort" en raison de ses défenses, est une rare manière de prendre un peu de hauteur sur un territoire long d’une trentaine de kilomètres et très plat (le point culminant naturel frôle la quinzaine de mètres !).

De ce saint mirador, la vue panoramique sur la ville haute esquisse une véritable toile pointilliste de toits couverts de tuiles ocre-brun. La citadelle, édifiée en 1681, ne se visite pas, mais les bastions du front de mer, avec en point de mire la côte continentale et le pertuis Breton, se parcourent. Une manière de se rendre jusqu’au petit port particulier de la citadelle. C’est de là que les bateaux appareillaient, les bagnards entassés dans les cales, en direction de la Guyane ou de la Nouvelle-Calédonie.

Saint-Martin de Ré, aux portes du pénitencier…

Le port de Saint-Martin-de-Ré ne fut pas synonyme de plaisir insulaire pour tous ses hôtes de passage. Entre 1852 et 1938, la citadelle héritée de Vauban se transforme en une sordide antichambre précédant l’embarquement pour les bagnes coloniaux. Après un court séjour à la prison de La Rochelle, les bagnards débarquent sur le quai Clemenceau, sous la double surveillance des gendarmes et de tirailleurs sénégalais. Fers aux pieds, transportés (criminels de sang, faussaires condamnés aux travaux forcés), relégués (petits délinquants multirécidivistes) et déportés (condamnés politiques) grimpent par l’"allée des soupirs" jusqu’aux geôles de la citadelle, le "dépôt d’étape".

Les prisonniers peuvent y rester plusieurs mois durant lesquels ils sont soumis au travail obligatoire. Alfred Dreyfus y patiente un an ; Guillaume Seznec, trois mois. Deux fois par an, plusieurs centaines de bagnards embarquent à bord de bateaux-bagnes comme le "La Martinière". Il faut trois semaines pour rejoindre la Guyane, plus du double pour la Nouvelle-Calédonie. Plus de 70 000 forçats ont foulé de leurs chaînes les gros pavés du port d’embarquement.

En passant par la Couarde, à bicyclette

Photo : C. Voulgaropoulos

Louer une bicyclette est une façon élégante et efficace de quitter Saint-Martin. Ce moyen de locomotion est absolument idéal pour parcourir Ré la Blanche : aucun dénivelé "casse-pattes", une météorologie très souvent clémente, des infrastructures soignées. Cap plein ouest pour gagner la pointe du Grouin et le port de Loix. La Couarde est un bourg ramassé sur lui-même où s’entrelacent des ruelles de maisonnettes aux couleurs pastel, aux façades "dévorées" en été de roses trémières, de bignones, de lauriers-roses.

Autour de la commune, des parcelles de champs cultivés produisent un des régals de Ré : la pomme de terre primeur rétaise, la première à avoir conquis son AOC. Claude Brulon, l’un de ses ambassadeurs, appartient à la coopérative maraîchère (fondée en 1936) : "Pour récolter l’Alcmaria, variété de couleur claire poussant dans une terre légère, sablonneuse, il faut respecter un cahier des charges précis. On plante entre le 20 janvier et le 1er mars et on récolte - à la main - d’avril à juin. Sa chair est à la fois douce et ferme, son goût affiche des notes de noisette."

La Conche des Baleines, le bout du monde

La piste cyclable emprunte ensuite le chemin douanier et conduit au port de poche de Loix. On y trouve le moulin à marée de l’île qui a le mieux survécu. La côte océane nord de Loix borde à l’ouest le Fier d’Ars, vaste étendue de marais salants. À l’est de la longue digue, la pointe de Loix abrite le fort du Grouin.

Ensuite, pour rejoindre Ars-en-Ré, délicieux port sur lequel veille la flèche "à crochets" bicolore de l’église Saint-Étienne, pourquoi ne pas "couper" par le marais et la réserve naturelle de Lilleau-des-Niges ? Aménagé en 1980 sur une zone de marais salants, de vasières et de prés salés bordant le Fier d’Ars, ce riche biotope sert de gîte d’étape pour des centaines d’oiseaux migrateurs.

Et voici bientôt Les Portes-en-Ré, avec le vieux port et son chenal envasé. Autour de la place de la Liberté, où l’arbre fut planté en 1792, s’organise un pittoresque village rétais. Il est temps de se rendre à la Conche des Baleines. Cette splendide baie ourlée de dunes fit dire à l’écrivain rochelais du XIXe Eugène Fromentin, qui s’immergea une semaine sur l’île : "Quoi de plus exotique… Je considère ce lieu comme l’un des bouts du monde."

Se renseigner sur l'Ile-de-Ré

Office de tourisme de Saint-Martin-de-Ré, 2 quai Nicolas-Baudin, îlot du Port, 17410 Saint-Martin-de-Ré

Tél. : 05 46 09 20 06

Web : www.saint-martin-de-re.fr

Office de tourisme de La Couarde-sur-Mer, rue Pasteur, 17670 La Couarde-sur-Mer

Tél. : 05 46 29 82 93

Web : www.iledere-lacouarde.com

Office de tourisme d’Ars-en-Ré, place Carnot, 17590 Ars-en-Ré

Tél. : 05 46 29 46 09

Web : www.iledere-arsenre.com

Office de tourisme des Portes-en-Ré, 52, route de Trousse-Chemise, 17880 Les Portes-en-Ré

Tél. : 05 46 29 52 71

Web : www.lesportesenre.com

Office de tourisme de La Flotte-en-Ré, quai de Sénac, 17630 La Flotte-en-Ré

Tél. : 05 46 09 60 38

Web : www.laflotte-iledere.fr

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