Quand la cosmétique devient "bio"

Quand la cosmétique devient "bio"

Des cosmétiques "bio" de qualité et à prix raisonnables disputent la place dans les rayons des magasins aux produits traditionnels pour le plus grand bénéfice de notre environnement et de notre santé.

Phtalates incorporés comme agents fixateurs afin d’augmenter le pouvoir de pénétration des crèmes dans notre peau, parabens ou phénoxyéthanol utilisés comme conservateurs, parfums et colorants de synthèse, matières premières génétiquement modifiées, acrylates censés laisser un film soyeux sur notre corps après la douche ou gainer nos cheveux mais difficiles à éliminer dans les eaux usées…

Nos démaquillants, savons, crèmes de jour, de nuit, masques, shampooings, gels douche, après-rasages…, regorgent de substances chimiques peu sympathiques pour notre environnement et notre santé. Certaines sont en effet soupçonnées d’être mutagènes, cancérigènes, voire de perturber notre système hormonal et d’être à l’origine d’une baisse de fécondité.

 

Exit les substances chimiques !

Parce qu’ils sont en contact direct avec notre peau, nous sommes de plus en plus nombreux à regarder de près la composition des cosmétiques - même s’il faut être chimiste pour comprendre -, et finalement disposés à choisir ceux qui s’affichent comme plus naturels.

Outre l’argument de notre santé et de notre environnement, un autre critère décide des consommateurs à opter pour des cosmétiques "bio" : ils proscrivent les tests sur les animaux, encore fréquents dans ce domaine.

De l’artisanat à la grande distribution

Au départ confidentiels, fabriqués par de petits laboratoires (les produits du laboratoire Cattier, la ligne Cosmo Naturel du laboratoire Gravier, les laboratoires Phyt’s ou Sanoflore, par exemple), parfois par des structures plus artisanales (les Ânes d’Autan, le Laboratoire des Sources…), distribués par des réseaux de magasins "militants" ou lors de salons ou de foires "bio", ces produits cosmétiques "verts" intéressent aujourd’hui de grandes enseignes et se trouvent dans les rayons des magasins traditionnels.

Pour preuve, Yves Rocher avec sa gamme Culture Bio. Cet automne, nous avons lancé une gamme certifiée Cosmébio et Écocert, mais elle ne représente qu’un petit pourcentage de notre production. Nous n’avons pas vocation à ne faire que du bio, même si, depuis toujours, nous travaillons sur le végétal, la nature.

Dans une démarche similaire, les parfumeries Marionnaud commercialisent depuis l’été dernier Bio par Marionnaud, une dizaine de références mises au point par les laboratoires Phyt’s. Dans la foulée, Ushuaïa (une filiale de L’Oréal) a mis sur le marché à la même époque six gels douche certifiés "bio" au côté des quatorze de sa gamme.

Des prix plus sages

Les prix réputés plus élevés des cosmétiques biologiques constituaient jusqu’alors un obstacle à leur plus large diffusion. Un argument aujourd’hui écarté, leurs tarifs devenant plus raisonnables, légèrement au-dessus de ceux des produits courants.

Par exemple, chez Marionnaud, démaquillants, nettoyants, hydratants et autres produits de soins se situent dans une fourchette de 5,90 à 28,90 €. Chez Ushuaïa, les gels douche "bio" sont vendus environ 3,95 € (2,80 € pour les classiques). Chez Gravier, les bouteilles de 500 ml de shampooing sont commercialisées entre 8 et 10 €.

Restent ceux qui pensent que les cosmétiques "bio" sont moins agréables et se conservent moins bien que les traditionnels. En quelques années, les laboratoires bio ont fait des progrès considérables, autant sur la texture, la fluidité que sur les parfums. Résultat : aujourd’hui, une crème bio n’a plus rien à envier à un produit conventionnel. Parce qu’elles ont moins de conservateurs, elles sont peut-être légèrement plus fragiles, mais, là encore, les fabricants mettent au point des flacons opaques, avec de petites ouvertures, pour remédier à cet inconvénient.

Lire l’étiquette

Toutefois, pour s’y retrouver et distinguer les vraies allégations des moins sérieuses, la tâche reste peu aisée. Si, pour les produits alimentaires, une réglementation officielle encadre strictement l’utilisation du terme "bio" (AB), du côté de la cosmétologie, en attendant l’élaboration d’une codification européenne, on ne peut compter que sur les initiatives d’organismes certificateurs ou de fabricants regroupés en associations, qui éditent des cahiers des charges et des référentiels.

Ceux qui prétendent à l’apposition d’un label garantissant le caractère biologique des produits doivent respecter à la lettre ces codes de bonnes pratiques et accepter de se soumettre à des contrôles réguliers par des organismes extérieurs.

Les principaux labels beauté "bio"

On retrouve les mêmes labels que ceux apposés sur les produits d’entretien ou textiles, mais avec des contrôles spécifiques.

Cosmébio

L’association, qui réunit plus d’une centaine de laboratoires, a élaboré un cahier des charges pour deux labels, un pour la cosmétique biologique (Cosmétique bio charte) et l’autre pour la cosmétique écologique (Cosmétique éco charte). Le label Cosmétique "bio" implique que 95 % des ingrédients végétaux utilisés soient produits à partir de l’agriculture biologique.

Moins exigeant, le label Cosmétique "éco" garantit que le produit contient au minimum 50 % d’ingrédients biologiques sur le total des ingrédients végétaux. Ces deux labels ont été délivrés, après un contrôle d’Écocert ou de Qualité France, sur plus de 4 000 produits. Ce sont les plus répandus.

Écocert

C’est un organisme de contrôle et de certification agréé par le ministère de l’Industrie. Il délivre sa propre marque de certification avec un cahier des charges très proche de celui de Cosmébio (95 % des ingrédients végétaux utilisés proviennent de l’agriculture biologique pour Écocert cosmétique biologique ; 50 % des ingrédients végétaux utilisés proviennent de l’agriculture biologique pour Écocert cosmétique écologique).

Nature et Progrès Cosmétique Bio-écologique

Cette fédération de consommateurs et de producteurs a élaboré dès 1998 un cahier des charges de la cosmétique "bio". Il impose que 100 % des ingrédients issus des végétaux ou d’animaux (produits de ruche, lait) soient d’origine "bio".

Il exige également que 70 % des produits de l’entreprise répondent aux règles Nature et Progrès au jour du dépôt de la demande de certification Nature et Progrès. Une précaution prise pour empêcher une multinationale de créer une gamme "bio" dans le seul but de se donner une image écologique. C’est le label le plus exigeant. Il est contrôlé par un organisme indépendant, Certipaq. Une cinquantaine de producteurs de cosmétiques peuvent y prétendre.

Les labels étrangers

Dans d’autres pays européens existent aussi des labels que l’on peut retrouver sur des produits vendus en France ou via Internet : AIAB en Italie, BDIH en Allemagne, Écogarantie en Belgique ou Soil Association en Grande-Bretagne. Les organismes à l’origine de ces marques préparent un label européen avec Écocert.

Les huiles, essentielles mais concentrées

Pin, eucalyptus, verveine ou citronnelle, les huiles essentielles sont des extraits de plantes obtenus par distillation. Elles sont utilisées en cosmétique pour leurs propriétés : le cèdre contre les cheveux gras ou l’ylang-ylang pour adoucir la peau, par exemple.

Toutes ne se valent pas - certaines sont synthétiques ou coupées avec d’autres substances -, aussi le label AB, la mention Écocert ou Nature et Progrès constituent-ils des gages de qualité. Même lorsqu’elles s’affichent 100 % naturelles, les huiles essentielles peuvent provoquer des effets indésirables, comme l’a rappelé l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé en mai dernier.

Il s’agit de produits concentrés très puissants, aussi faut-il éviter de les mettre en contact avec les yeux, les oreilles, les muqueuses, de les appliquer pures sur la peau. On prendra soin de toujours se laver les mains après utilisation. Enfin, on n’en fera pas un usage prolongé sans avis médical et, surtout, on ne les laissera pas à la portée des enfants.