La beauté sauvage du cap de la Hague

La beauté sauvage du cap de la Hague

Loin de la centrale de traitement des déchets nucléaires, la Hague est un pays à la beauté sauvage et éclatante, d’une diversité de paysages exceptionnelle ! À 30 km de Cherbourg, ce petit bras greffé à la proue du Cotentin dégage une sensation de bout du monde.

Photo : CpaKmoi

En partenariat avec Détours en France

Gros temps aujourd’hui à la pointe de Goury, à l’extrême nord-ouest de la presqu’île du Cotentin. Seuls les goélands semblent vraiment à l’aise ici, défiant les éléments déchaînés. Bienvenue au cap de la Hague, ce pays sauvage figure de proue du département de la Manche. L’endroit est méconnu, mais marque tous ceux qui ont un jour goûté à sa beauté étrange. Celle-ci émane en partie de sa lande austère qui sert d’écrin à des prés qui plongent vers la mer, zébrés de murets de pierre sèche… Un petit bout d’Irlande en Normandie !

Pas beaucoup d’habitations à Goury, dans ce hameau qui s’avance dans la mer, battu par les flots : un port en miniature, un phare de granit enraciné sur un rocher, l’ancienne maison de ses gardiens et un drôle d’abri circulaire. Ici est bichonné, prêt à se jeter à l’eau, le "Mona Rigolet", le canot tout temps des bénévoles de la Société nationale des sauveteurs en mer.

Le patron du canot, Rémi Leparmentier, plus de 600 interventions au compteur, explique que "l’endroit est le siège de courants parmi les plus forts d’Europe. La vague de la marée qui emplit et vide la Manche heurte les hauts-fonds et provoque des courants qui atteignent facilement les 10 nœuds lors des grandes marées. Lorsque le vent souffle contre les courants, ça peut être terrible : la mer enfle de façon désordonnée et met en péril toutes les embarcations. Ici, pour être sauveteur, il faut rester humble et respecter la mer".

Le cap de la Hague, le Finistère le plus proche de Paris !

Pour apprécier le cap de la Hague, il faut aussi l’aimer, la mer. Car ici elle "vous barre la route, on ne va plus nulle part, comme sur une île", comme l’écrit Claudie Gallay, dans son roman à succès « Les Déferlantes ». Les petites routes débouchent en effet toujours sur la mer.

Jacques Prévert, qui coula ses derniers jours ici, à Omonville-la-Petite, parlait du cap comme du "Finistère le plus proche de Paris". Il est vrai que l’on s’y sent un peu au bout du monde, surtout les jours de brouillard ou de tempête ! En empruntant le sentier du littoral, le GR 223, on peut ressentir comme rarement la fureur de la mer, notamment en haut des falaises de Jobourg, qui surplombent la réserve naturelle du nez du même nom. Avec 130 m, elles figurent parmi les plus hautes d’Europe occidentale.

Yves Cottebrune, de l’association À la découverte de la Hague, accompagne les amateurs, à marée descendante, pour explorer de mystérieuses grottes nichées dans ses entrailles. Seulement submergés lors des grandes marées, ces abris servaient aux contrebandiers, jusqu’au XIXe siècle, pour y dissimuler leurs marchandises (tabac, sel…) en provenance des îles Anglo-Normandes, comme Aurigny.

Si le parcours pour y accéder est difficile, la récompense est au bout : on pénètre dans d’étroites cavernes, qui méritent le nom d’Ali Baba non pas par les marchandises stockées, mais par les lichens et les mousses tapissant les parois qui, à la lumière de la lampe, scintillent de mille feux d’or.

De la baie d’Écalgrain à l’anse de Vauville

La baie d’Écalgrain - Photo : CORMA

Plus au sud, toujours sur le sentier du littoral, un lieu grandiose et solitaire se découvre : la baie d’Écalgrain, avec sa plage de sable et de galets enserrée entre deux falaises jonchées de bruyères et de genêts. Bientôt, c’est l’anse de Vauville et, du haut du village de Biville, un spectacle d’exception : un massif dunaire aux allures de paysage lunaire, dont on dit que c’est l’un des plus vieux d’Europe.

"Ce sont les dunes les mieux préservées du Cotentin. Personne ne s’y aventurait, car elles ont longtemps servi de base de tir pour l’armée", explique Sébastien Houillier, garde du Conservatoire du littoral qui gère une partie de ces 600 ha.

Un petit sentier conduit au pied des dunes jusqu’à la mare de Vauville. Protégée par un cordon de sable, cette lagune d’eau douce est une réserve naturelle de 60 ha, idéale pour observer les oiseaux (150 espèces y ont été recensées). D’ici, lorsque le soleil a rendez-vous avec la dune, le spectacle prend forme : jeu d’ombres et de lumière, animation du paysage en relief, sentiment de rétrécir face à un décor immense…

Coup de cœur : le jardin de Vauville

Palmiers par milliers, bambous, figuiers, amaryllis, acacias, aloès… Lorsqu’on franchit le portail d’entrée du manoir de Vauville, on est saisi par cette "forêt" subtropicale de 40 000 m2, qui forme un étonnant contraste avec l’âpre paysage de la Hague… Les centaines d’espèces australes d’arbustes et d’arbres du jardin de Vauville se fondent comme par magie dans ce Nord-Cotentin.

"Grâce à la dérive nord-atlantique, l’endroit bénéficie d’un climat 'mild', ni chaud ni froid, très régulier, favorable à l’épanouissement de ces plantes", explique Guillaume Pellerin, qui a embelli ce jardin botanique commencé par son père en 1947, aujourd’hui inscrit à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques. Ce jardin est une merveille de dépaysement, même si, au fil de la déambulation, une vue s’offre parfois sur la mer qui vient nous rappeler que nous sommes bel et bien à la Hague…

Jardin botanique du château de Vauville, 50440 Vauville

Tél. : 02 33 10 00 00

Web : http://jardin-vauville.fr

Tarif : 6 €. Privilégiez la visite commentée par Guillaume Pellerin (15 €)

Carnet de voyage au cap de La Hague

Grottes de Jobourg : s’adresser à l’association À la découverte de la Hague, 6 rue de Saintonge, 50130 Cherbourg-Octeville

Tél. : 02 33 53 86 12 ou 06 12 42 86 97

Maison natale de Jean-François Millet, hameau Gruchy, 50440 Gréville-Hague

Tél. : 02 33 01 81 91

Manoir du Tourp, 50440 Omonville- la-Rogue

Web : www.letourp.com

Tél. : 02 33 01 85 89.

Ancienne ferme seigneuriale transformée en centre culturel. Entrée libre.

Maison Jacques-Prévert, Le Val, 50440 Omonville-la-Petite

Elle est restée telle que le poète l’avait aménagée à partir de 1973. Sa tombe est dans le cimetière du village. Tarif : 4,20 €

Tél. : 02 33 52 72 38

Hôtel du Cap, Le Bourg, 50440 Auderville

12 chambres de 55 à 110 €

Tél. : 02 33 52 73 46

Le Landemer, 50460 Urville-Nacqueville

9 chambres de 40 à 70 €, petit déjeuner à 8 €

Tél. : 02 33 03 43 00

La Malle aux Épices, 50440 Auderville

Une adresse incontournable de la Hague, qui fait la part belle aux saveurs exotiques. Menus à 14,10 € et 22 €

Tél. : 02 33 52 77 44

Auberge des Grottes, 50440 Le Nez-de-Jobourg

Au sommet des falaises de Jobourg, ce restaurant à la vue sublime est spécialisé dans les poissons et les fruits de mer. Menus de 18 à 65 €

Tél. : 02 33 52 71 44

Informations pratiques

Accès

Par le train : de Paris Saint-Lazare, 3 h 15 jusqu’à Cherbourg

De la gare routière de Cherbourg, des bus Manéo vous mènent en moins d’une heure jusqu’à Auderville

Web : www.mobi50.com

Par la route : le cap de la Hague est à 3 h 45 de Paris (par l’A 13, puis la N 13 à partir de Caen, et, après Cherbourg, la D 901), à 2 h 30 de Rennes par l’A 84

En avion : l’aéroport de Cherbourg-Maupertus est à 1 h 15 d’Orly

Se renseigner

Comité départemental du tourisme de la Manche, maison du département, 50008 Saint-Lô

Tél. : 02 33 05 98 70

Web : www.manchetourisme.com

Office du tourisme de la Hague, 45 rue Jallot, 50440 Beaumont-Hague Tél. : 02 33 52 74 94

Web : www.lahague-tourisme.com

Aller plus loin

"Détours en France" consacre son numéro à la Basse-Normandie et à la baie du Mont-Saint-Michel.

En kiosque le 23 avril 2010. Prix : 5,95 €

En partenariat avec :