Dans les pas de Giono, la montagne de Lure

Dans les pas de Giono, la montagne de Lure

La Haute-Provence de Jean Giono existe vraiment ! Suivez-nous sur les sentiers sillonnant les paysages de Lure pour effectuer un réjouissant jeu de piste littéraire.

Photo : Rhansenne.photos

En partenariat avec Détours en France

Sa silhouette caractéristique avec son arête acérée est une marque forte dans le paysage modestement tourmenté du pays de Forcalquier. Culminant à 1 826 m, la montagne de Lure est le sommet le plus élevé de la région et ses pentes sont fréquentées été comme hiver par les amoureux de la nature qui pratiquent randonnée à pied, à vélo ou à ski de fond.

C’est dans ce pays souvent désertique que les héros nés de l’imaginaire littéraire de Jean Giono — Gédémus le rémouleur, Arsule, Panturle de « Regain » et bien d’autres — et ceux faits de chair et d’os ont semé de petits cailloux blancs.

Pour l’itinéraire, le choix est vaste. La carte fait déjà rêver qui égrène les hauts lieux du célèbre Manosquin : Revest-du-Bion, Banon, Redortiers, Saint-Pancrace, Ongles… Chaque vallon ouvre un accès sur cette montagne de Lure qui a inspiré les premiers livres de Giono, né à Manosque en 1895.

Sur le versant des villages fantômes

Une des plus belles façons d’inscrire ses pas dans ceux d’un auteur qui a donné à la Provence ses lettres de noblesse est de partir du bureau de tabac de Sault — là où Gédémus, le rémouleur de « Regain », faisait provision de tabac gris — pour s’engager dans l’ancien chemin menant à Saint-Trinit.

Certains préféreront peut-être rejoindre, par l’itinéraire balisé, Saint-Christol en plein plateau d’Albion ou encore filer vers le Contadour, avec la promesse de découvrir la ferme de Silance. Entre la crête de Lure et le Contadour, nombre de bergeries et constructions de pierres sèches jalonnent la randonnée : jas des Terres du Roux, ferme de Tinette (gîte d’étape).

Contadour porte à jamais l’empreinte de l’auteur de « L’homme qui plantait des arbres ».

Bloqué dans ce hameau avec quelques compagnons lors d’une randonnée sur la montagne de Lure, subjugué par la beauté des lieux, il décide de s’y rendre régulièrement avec des amis. Il donne ainsi naissance aux Rencontres du Contadour qui s’y tiendront de 1935 à 1939. Il y acquiert deux maisons, le Moulin, puis la Ferme des Graves. Toujours debout, cette maison est tombée dans l’escarcelle du dernier survivant, Daniel May. Sa fille en est la propriétaire. On peut y accéder après avoir obtenu son assentiment.

De Redortiers à Banon

En poursuivant vers l’est, direction Revest-du-Bion et Redortiers, on se retrouve dans un autre des hauts lieux gioniens. Alors qu’il était encore un employé du Comptoir national d’escompte à Manosque, Jean Giono rend un jour visite à un client, dernière âme à vivre au Vieux-Redortiers. Cet homme deviendra le Bouscarle d’« Ennemonde et autres caractères ».

C’est également dans ce décor réel que naît le village d’Aubignane de « Regain ». Au pied du Vieux-Redortiers trône toujours une superbe fontaine en ogive et pierres sèches, à l’aspect bien romanesque.

Avant de quitter Redortiers, qu’il est agréable de goûter à de profondes solitudes en crapahutant dans les hauts replis de Lure. Après l’ultime hameau, La Tontine, le sentier grimpe à travers la lavande pour atteindre le jas des Terres de Roux. Cet ensemble de bergeries trapues est sans doute le plus bel exemple de construction en pierres sèches de la région.

Prochaine étape : Banon. Ceux qui l’ont lu se souviendront que c’est ici que se tient le marché au blé de « Regain » et dans l’hôtel-restaurant Les Voyageurs, ils reconnaîtront le Café du cercle où la patache fait halte. Vous en doutez ? Alors, poussez la porte du Bleuet, une extraordinaire librairie de village. Sur trois niveaux, et des milliers de livres, Joël Gattefossé a mis Giono à l’honneur sur ses rayonnages. Remarquez que le héros, totalement imaginaire, de « L’homme qui plantait des arbres » a une voie à son nom : rue Élzéard-Bouffier.

D’un berger l’autre

La carte routière mentionne Ongles, petite commune constituée de huit hameaux et non Vières-d’Ongles. Un « squelette de village » où les restanques en jachère et les tombes devant l’église racontent un monde disparu.

Voici Saint-Étienne-les-Orgues. Les cueilleurs d’altitude, glaneurs d’herbacées secrètes, ont laissé des traces dans les mémoires villageoises. Les plus hardis emprunteront, comme eux, l’unique route qui ose s’attaquer au versant sud de la montagne pour accéder, à 1 826 m d’altitude, au Signal de Lure, le sommet de la chaîne montagneuse.

Il faut goûter sans réserves la beauté insensée du panorama. Sur 360°, l’horizon affiche une palette à faire pâlir d’envie : les neiges éternelles des Alpes, les Cévennes, le Ventoux, le Mercantour et même la Grande bleue.

En redescendant, on peut gagner Cruis et les vestiges de l’abbaye Saint-Martin (XIe siècle), le Vieux-Montlaux et ses grandes maisons à étages ruinées et Mallefougasse-Augès. Autant de villages, désertés ou bien vivants, dont les pierres ont servi à bâtir les Bastides blanches de « Colline » ou l’Aubignane de « Regain ».

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