Vendre son or en toute sécurité

Vendre son or en toute sécurité

Les publicités incitant à vendre ses bijoux ou ses pièces en or foisonnent dans les journaux ou à la télévision. Attention aux arnaques !

Portée par l’Inde et la Chine, la demande en or croît fortement. Elle émane de la bijouterie, des investisseurs qui se rabattent sur l’or en temps de crise et de l’industrie, utilisatrice du métal jaune pour la conception des puces électroniques. Parallèlement, l’offre, qui repose sur trois piliers (production minière, recyclage et vente des banques centrales), se contracte.

L'envolée du cours de l’or a ainsi atteint 420 % depuis l’an 2000, le prix de vente du lingot d’or (1 kg) passant de 10 000 € en 2000 à près de 42 000 € en mars 2012.

Vendre son or au bon moment

Conséquence de ce boom, les vendeurs d’objets en or (bijoux, monnaies, etc.) n’ont jamais été autant courtisés. Pour preuve, les publicités sur le rachat d’or fourmillent dans la presse écrite et à la télévision.

Alors, pourquoi ne pas céder ses bijoux abîmés, démodés ou dépourvus de valeur sentimentale, mais aussi ses pièces d’or achetées il y a plusieurs années ou héritées d’un parent ? Les particuliers disposent ainsi rapidement de liquidités pour financer de nouveaux achats ou réduire leurs dettes.

Bien sûr, le cours de l’or étant fluctuant, vous n’avez pas la garantie de vendre au bon moment. S’il grimpe encore, il aurait été préférable de patienter. A contrario, s’il fléchit, vous réalisez une bonne opération. C’est un pari !

Estimer la valeur des bijoux et des pièces en or

En cas de vente, gare à la reprise au rabais, principal risque en la matière ! Il faut donc procéder par étapes.

Première étape : vérifiez la teneur en or du bijou. S’il a été acheté en France, observez avec une loupe le poinçon officiel qui y a été gravé : une tête d’aigle pour l’or à 750/1000 (18 carats), une coquille pour l’or à 585/1000 (14 carats) et un trèfle pour l’or à 375/1000 (9 carats).

La plupart des bijoux en or comportent 18 carats, soit 75 % d’or et 25 % d’autres métaux (cuivre, argent, etc.) nécessaires pour donner de la fermeté à l’or, qui est un métal malléable, explique Carole Grouesy, déléguée générale de la Fédération nationale des horlogers, bijoutiers, joailliers, orfèvres.

Si votre bague ne comporte pas de poinçon, un bijoutier évaluera sa teneur en or en frottant une partie du bijou sur une pierre de touche, douce et non abrasive, puis en versant un acide spécifique à chaque carat sur l’empreinte métallique laissée sur la pierre.

Seconde étape : pesez votre bijou avec une balance de cuisine ou, mieux, celle de La Poste, puis calculez sa teneur en or. Pour une alliance de 5 g à 18 carats, elle est en principe à 3,75 g. « Sauf que nous ne récupérons pas 75 % d’or fin, mais 71 % », précise Patrick Kaiserlian, gérant du Comptoir universel de l’or. Ce qui réduit le poids à 3,55 g (5 g x 71 %).

Pour évaluer les pièces d'or, vous pouvez procéder de la même façon à une différence près : les napoléons, ces pièces de 20 francs, frappées surtout entre 1848 et 1914 et les plus échangées aujourd’hui, contiennent généralement 90 % d’or pur (au lieu de 75 %).

Toutefois, votre gain se révélera plus ou moins important selon l’état de vos « naps ». Retenez seulement leur teneur en or s’ils ont été abîmés. Si leur poids n’a pas été altéré, vous pouvez les vendre au-dessus du cours de l’or (cours boursable). Ces pièces de type Coq gaulois et Marianne sont cotées chaque jour par cpordevises (250 € la pièce le 2 mars 2012).

Suivre les cours de l’or

Pour déterminer la valeur de votre bijou, multipliez le poids du bijou par le prix de l’or, consultable sur Internet (suivez les cours sur cookson-clal ou cpordevises). Celui de l’once (environ 31,10 g) est fixé en dollars deux fois par jour, à Londres, par cinq grandes banques. Il est aussi coté en permanence sur les marchés internationaux.

Le cours de référence français, lui, est publié chaque jour à 13 heures par la société CPoR Devises sur la base du prix londonien et du rapport entre l’offre et la demande dans l’Hexagone. Le prix du lingot qui pèse 1 kg (41 800 € le 2 mars 2012) permet de calculer celui du gramme (41,80 €). Ce jour-là, une alliance 5 g à 18 carats valait 148,39 € (3,55 g x 41,80 €).

Ne pas oublier frais et taxes

Attention, les prix calculés sur la base du cours de l'or sont théoriques. En réalité, le vendeur reçoit beaucoup moins.

L’acheteur déduit le coût de la transformation (0,30 € par gramme) et soustrait une marge commerciale, précise Patrick Kaiserlian. Soit 20 % en moyenne pour les enseignes sérieuses. De plus, le commerçant prélève une taxe de 8 % (7,5 % + 0,5 % de CRDS) qu’il reverse à l’État.

Au 2 mars 2012, cela ramène le prix du rachat du gramme entre 21 et 24 €. Et celui d'une alliance de 18 carats à 108,11 €.

Le commerçant est tenu de mentionner cette taxe sur la facture qu’il vous fournit », précise Patrick Merson, dirigeant de Merson, société de change et de négoce de métaux précieux à Paris.

Ce prélèvement (articles 150 VI et 150 VM du Code général des impôts) s’applique aussi à la vente de pièces de monnaies.

Mais dans ce dernier cas, ajoute Patrick Merson, si vous possédez les pièces depuis longtemps, vous pouvez choisir d’être imposé sur la plus-value à hauteur de 32,5 % avec une décote de 10 % par an dès la troisième année de détention, ce qui implique une exonération totale au bout de douze ans. Mais cela n’est possible que si vous disposez de la facture d’achat de vos pièces, mentionnant vos nom et prénom, ce qui n’est pas fréquent.

Vérifiez enfin si le prix annoncé est exprimé en net ou en brut. Puis faites jouer la concurrence.

Choisir la bonne filière pour vendre son or

Reste à vendre votre or au meilleur prix et à un commerçant sérieux. L’option bijouterie est à privilégier si votre bijou comporte des pierres précieuses, s’il est ancien ou d’un design particulier. Elle vous rapportera plus qu’une vente au prix du métal à fondre.

Pour les pièces, pensez à votre agence bancaire. « Celle-ci vous permet de renouveler votre ordre de vente jusqu’à ce que le prix que vous vous êtes fixé soit atteint », signale François de Lassus, de CPoR Devises, société financière privée.

Vous pouvez aussi vous rendre dans une officine d’achat d’or, soit un bureau de change qui a complété son activité avec le négoce de métaux précieux, soit une boutique spécialisée dans l’achat d’or, comme il s’en est ouvert beaucoup dans les grandes villes.

Mieux vaut vous tourner vers une boutique établie depuis plusieurs décennies et affiliée à un syndicat professionnel, comme le Groupement des professionnels de l’or ou le Syndicat national des changeurs et auxiliaires financiers par exemple.

Et n’hésitez pas à réaliser votre transaction à Paris dès lors que vous avez plusieurs objets à vendre : les commerçants y prennent une marge commerciale plus faible qu’ailleurs, concurrence oblige », indique Daniel Blin, coresponsable du bureau de change Joubert, à Paris.

Faire appel à un acheteur itinérant

Autre piste, les marchands itinérants qui jouent la carte de la proximité avec les vendeurs, dans les villes moyennes ou en zones rurales. Ils s’installent pendant un jour ou deux dans un bureau de tabac ou une maison de la presse (comme la société VPO) ou encore dans une mairie ou un hôtel (comme Osprey), où vous pouvez les rencontrer sans rendez-vous.

Différents indices permettent de vérifier le sérieux d’un acheteur en or :

  • Le prix d’achat de l’or est clairement affiché. Le commerçant annonce le prix du gramme d’or (prix de l’or fin inférieur de 25 % pour de l’or à 18 carats) et ne racole pas le consommateur avec celui de l’or fin.
     
  • Le commerçant vous réclame une pièce d’identité et vous remet une facture d’achat, indiquant le montant de la taxe prélevée.
     
  • Le règlement s’effectue le plus souvent par chèque ou par virement bancaire, le paiement en espèces étant interdit depuis le 1er août 2011 (article L. 112-6 du Code monétaire et financier).

Enfin, avant de conclure toute transaction, informez-vous sur l’acheteur (nom, société, coordonnées) et vérifiez la qualité de la pratique commerciale de son entreprise en consultant les forums en ligne.

Vendre son or sur le Web

Dernier moyen à votre disposition, les sites d’achat d’or qui se multiplient sur Internet. Leur fonctionnement ? Vous estimez le montant de la transaction en ligne et vous envoyez votre or dans une enveloppe sécurisée à vos frais (comptez 14 € la lettre de 250 g affranchie jusqu’à 600 € de valeur assurée).

Puis une proposition d’achat vous est formulée. Si vous l’acceptez, vous recevez le règlement après expiration du délai de rétractation de sept jours (article L. 121-20 du Code de la consommation). Sinon votre or vous est retourné.

Respecter certaines règles de prudence

Attention, des particuliers se sont plaints auprès d’associations de consommateurs, leurs bijoux ayant été restitués en mauvais état ou très tard après estimation. Évitez donc tout site ayant son siège social à l’étranger, afin de rendre possible tout recours en cas de litige.

De plus, veillez à ce que le site propose un devis détaillé, affiche ses prix et les délais de règlement, et prenne à sa charge les frais d’acheminement si vous renoncez à la vente.

Sachez enfin que quatre acteurs du secteur (Cashcontreor, Gold by Gold, Or à Vendre et Oradom) ont adopté en juillet 2011 une charte déontologique des achats à distance de métaux précieux (Cadim).

Plus les consommateurs seront informés, plus les mauvais sites se verront éliminés », conclut Patrick Schein, fondateur et président de Goldbygold.com.

Preuve que la prudence s’impose, sur Internet comme ailleurs.