Une rente pour compléter sa retraite

Une rente pour compléter sa retraite

Les produits d’épargne destinés à la constitution d’un complément de revenus sous forme de rente viagère se multiplient : Perp et contrat loi Madelin (spécifiquement dédiés à la retraite), assurance-vie, PEA, etc. Nos clés pour choisir.

Plusieurs placements, spécifiquement dédiés à la préparation de la retraite ou pas, vous donnent la possibilité, en échange de l’abandon du capital constitué par vos versements et de ses intérêts, de vous assurer le versement d’une rente viagère, c’est-à-dire jusqu’à la fin de vos jours.

Plutôt que de puiser dans votre épargne au rythme de vos besoins et de prendre le risque de voir votre capital s’épuiser, voire devenir insuffisant au fil des retraits, cette solution vous permet de percevoir des revenus réguliers et garantis sans vous préoccuper de gérer votre pécule.

"Avec l’allongement de l’espérance de vie, cette sécurité est l’avantage numéro un de la rente viagère ; elle vous assure de toucher des revenus complémentaires jusqu’à la fin de votre vie, même si vous vivez jusqu’à 122 ans comme Jeanne Calment !", sourit Philippe Crevel, président du Cercle des épargnants.

Les ingrédients du calcul

Un système et des garanties qui reposent sur des calculs réglementés, effectués par les assureurs, les seuls à disposer du droit de délivrer des rentes viagères. Leur montant initial dépend principalement de deux éléments : d’une part, le capital à transformer et, d’autre part, le nombre d’années pendant lesquelles la rente sera versée.

Cette durée s’apprécie en fonction de votre espérance de vie à partir du moment où vous demanderez l’entrée en service de la rente : plus vous êtes jeune, plus elle vous sera versée longtemps, et moins son montant sera élevé.

Prendre en compte l’espérance de vie

Pour établir cette hypothèse, les compagnies utilisent des "tables de mortalité". Homologuées par arrêté du ministre des Finances, elles indiquent le nombre supposé d’années restant à vivre à chaque âge de la vie (par exemple, en 2008, un homme de 58 ans dispose d’une espérance de vie de trente ans environ).

Avant le 1er janvier 2007, ce calcul se basait sur l’espérance de vie des femmes, plus élevée que celle des hommes. Depuis, de nouvelles tables sont entrées en vigueur, distinguant les femmes des hommes.

"Cette modification a le mérite de donner une meilleure visibilité aux assureurs ; mais, par rapport aux anciennes tables, elle pénalise les femmes et avantage les hommes", poursuit Philippe Crevel.

D’autres éléments vont minorer ou majorer le montant initial de la rente. Il en va ainsi d’options proposées lors de la conversion du capital en rente - réversion, annuités garanties, majoration dépendance - qui se traduisent par un taux de rente plus faible. Si vous optez pour une rente réversible en faveur de votre conjoint, par exemple, le calcul tiendra compte de sa propre espérance de vie.

Deux options de rente

Avec une formule réversible, votre rente continuera à être versée en totalité ou en partie au bénéficiaire désigné si vous décédez avant lui. À défaut, les versements de votre rente s’arrêteront à votre décès.

Autre option fréquemment proposée : une rente à annuités garanties (par exemple, pendant dix ou quinze ans). En général moins coûteuse qu’une rente réversible, elle permet au bénéficiaire désigné, si vous décédez avant le terme des annuités garanties, de percevoir la rente à votre place pendant le nombre d’années restant à courir jusqu’au terme des annuités garanties.

Le choix du taux "technique"

Dans certains cas - contrats de retraite "Madelin" notamment -, le souscripteur se voit ouvrir un choix, celui du "taux technique" de la rente, lequel en influencera le montant.

Si la rente est dotée d’un taux technique supérieur à 0 % (généralement 1 ou 2 %), cela signifie que les premiers versements seront d’un montant supérieur à ceux d’une rente à 0 %. En revanche, ses revalorisations annuelles seront plus faibles.

À l’inverse, avec un taux technique de 0 %, les premiers arrérages seront moins élevés, mais vous profiterez d’une revalorisation annuelle plus importante.

Exemple : si votre assureur décide de distribuer une rémunération annuelle de 3,5 % au fonds destiné aux rentes, vos arrérages seront revalorisés de 3,5 % avec un taux technique de 0 % ; mais de 1,5 % seulement si vous avez opté pour un taux technique de 2 %.

Si vous êtes partisan d’"un tiens vaut mieux que deux tu l’auras", vous choisirez le taux technique le plus élevé possible.

À l’inverse, si vous pensez vivre longtemps et avez confiance dans la gestion financière de l’assureur, un taux technique de 0 % vous permettra de recevoir sur la durée une rente plus élevée.

Produits "retraite" : rente obligatoire

À l’exception du Perco, tous les produits dédiés à la retraite ne proposent qu’une seule sortie : la rente. Il en va ainsi des contrats Madelin réservés aux indépendants ou du régime Préfon proposé dans la fonction publique. Toutefois, depuis la réforme des retraites de 2010, le capital accumulé sur un Perp peut aussi être reversé sous forme de capital, à hauteur de 20 %.

Leur principal inconvénient ? Dès le premier versement, vous abandonnez la propriété de votre épargne à l’assureur chargé de vous servir la rente. Vous ne pouvez effectuer aucun retrait, sauf dans certaines situations "difficiles" prévues par la loi. Toutefois, la réforme des retraites a étendu les possibilités de sortie anticipée.

En casde décès pendant la phase de constitution, les bénéficiaires ne pourront récupérer votre épargne que sous forme de rente.

Avantage fiscal immédiat

Ces produits offrent un avantage fiscal immédiat, la déduction des versements de votre revenu imposable, dans la limite d’une enveloppe commune aux différents produits retraite (son montant figure sur votre avis d’imposition).

En contrepartie, la rente versée à la sortie est imposable dans les mêmes conditions que les pensions et soumise au barème progressif de l’impôt sur le revenu.

"Avant de souscrire, il y a donc un arbitrage à faire entre votre situation actuelle et celle de demain", alerte Philippe Crevel. Profiter à plein de la déduction accordée à l’entrée suppose que vous soyez fortement imposable durant votre vie active et plus faiblement une fois en retraite. Si ce n’est pas le cas, mieux vaut vous tourner vers d’autres produits.

Assurance-vie, PEA : rente facultative

Avec une assurance-vie ou un plan d’épargne en actions (PEA), vous pouvez en général opter pour le versement d’une rente viagère. Vous n’abandonnez la propriété de vos économies à l’assureur qu’au moment où vous demandez leur conversion en rente. Dans l’intervalle, vous pouvez les récupérer, et, en cas de décès prématuré, le contrat reste transmissible en capital à vos bénéficiaires ou héritiers.

Ces produits ne comportent pas d’avantage fiscal à l’entrée, mais jouissent d’un régime de sortie en rente plus avantageux. Celle-ci sera soumise chaque année au barème progressif de l’impôt sur le revenu et aux contributions sociales, mais après un abattement dont le montant dépendra de votre âge au moment où vous demandez la conversion : 60 % pour une sortie en rente entre 60 et 69 ans ; 70 % à partir de 70 ans (soit une imposition portant sur 40 ou 30 % des arrérages).

Avec un PEA de plus de huit ans, si vous optez pour une rente, elle sera en totalité exonérée d’impôt. Vous (et votre conjoint en cas de réversibilité) ne serez assujettis qu’aux contributions sociales, calculées sur 40 ou 30 % de la rente.

Le Perco, quand il existe

Le plan d’épargne pour la retraite collectif (Perco) - s’il a été souscrit par votre entreprise - permet une sortie en capital et en rente. Vos versements ne sont pas aliénés : en cas de décès pendant la phase d’épargne, vos ayants droit pourront récupérer un capital.

En principe, l’épargne reste bloquée jusqu’à votre départ en retraite (même si vous quittez la société), mais il existe de nombreux cas de déblocage anticipé, parmi lesquels l’achat de la résidence principale. La rente est imposable après application d’un abattement.