Taux d'intérêt : quelles conséquences pour votre argent ?

Taux d'intérêt : quelles conséquences pour votre argent ?

Les décisions de la Banque centrale européenne semblent loin de nos préoccupations. Elles ont pourtant des conséquences directes sur la rémunération de notre épargne et le coût de nos crédits. Décryptage.

Le niveau du taux d'intérêt à des conséquences directes sur votre argent

Taux directeurs, politique monétaire, refinancement, Banque centrale européenne (BCE) : l’actualité économique est riche en termes exotiques qui paraissent souvent sans rapport direct avec nos finances personnelles. Pourtant, le niveau des taux d’intérêt, puisque c’est de cela qu’il s’agit, a des conséquences directes sur notre argent : il influence la performance de nos placements (le livret A, les contrats d’assurance-vie, etc.) et le coût du crédit. Mieux vaut donc apprendre à décrypter les décisions de la BCE pour mieux gérer ses finances.

Créée en 1998, la Banque centrale européenne a pour mission de préserver la stabilité des prix dans les seize pays de la zone euro. Son système de gouvernance est collégial : le conseil des gouverneurs de la BCE, regroupant notamment les gouverneurs des seize banques centrales nationales des pays de la zone euro, se réunit deux fois par mois à Francfort, au siège de l’institution. Christian Noyer, le gouverneur de la Banque de France, représente la France, et le conseil est présidé par Jean-Claude Trichet, qui insuffle sa politique.

Le taux Refi

"La BCE dispose de plusieurs instruments pour remplir sa mission. Le principal est le niveau du taux Refi, souvent qualifié de taux directeur. Il correspond au taux auquel les banques viennent se refinancer, c’est-à-dire emprunter, auprès de la BCE", explique Xavier Diaz, responsable du site Internet d’information sur les marchés obligataires www.obliginfos.fr.

Le taux Refi - pour "Refinancement" - est fixé à 1 % depuis le 7 avril 2009. Il s’agit d’un niveau historiquement bas, destiné à faciliter aux entreprises et aux particuliers l’accès au crédit dans le but louable de relancer l’économie européenne. Le raisonnement est simple : les banques, pouvant emprunter à des taux faibles auprès de la BCE, peuvent elles-mêmes accorder des crédits aux entreprises et aux particuliers à des taux attractifs, ce qui favorise l’investissement, donc l’activité et le retour de la croissance. Le niveau du taux directeur de la BCE a donc des conséquences sur l’économie française.

Des taux directeurs très faibles

La rémunération de certains produits financiers est directement liée au niveau des taux d’intérêt fixés par la Banque centrale européenne. Ainsi, celle du livret A et des autres livrets réglementés résulte d’une formule mathématique reposant sur l’inflation, l’Euribor 3 mois et l’Eonia. Euribor 3 mois et Eonia sont des taux à très court terme (trois mois pour le premier, au jour le jour pour le second) dont le niveau est directement lié à celui du taux directeur de la Banque centrale européenne.

Même constat pour les comptes à terme, ou encore pour les sicav monétaires, car ces instruments d’épargne sont investis sur des emprunts à très court terme. Leur rémunération est donc intimement liée à celle de l’indice Eonia au jour le jour. Vous comprenez désormais que, dans un environnement de taux directeurs historiquement faibles, à 1 %, vos placements de trésorerie sont, en toute logique, peu rémunérateurs ( La remontée cet été du taux du livret A est notamment liée au regain d’inflation constaté en France.).

L’impact sur l’assurance-vie…

L’environnement actuel se caractérise également par le faible niveau des taux d’intérêt à long terme. Ceux-ci évoluent librement sur les marchés financiers. C’est ainsi que la rémunération du placement préféré des Français, le fonds en euros des contrats d’assurance-vie, souffre d’un environnement de taux d’intérêt durablement bas. La rémunération annuelle dépend en effet du rendement perçu dans l’année par la compagnie d’assurances, par conséquent du taux des obligations en portefeuille.

Côté actions, le lien entre le niveau des taux d’intérêt et la performance de la Bourse est moins clair. En général, la baisse des taux d’intérêt est plutôt une bonne nouvelle pour les entreprises, qui peuvent investir, donc pour la Bourse aussi, mais cette corrélation ne se constate que sur une longue période, d’un cycle à l’autre. À court terme, en revanche, de nombreux autres facteurs expliquent les variations de la Bourse, indépendamment de l’évolution des taux d’intérêt.

…et sur le crédit

Les décisions du président de la BCE, Jean-Claude Trichet, ont aussi des répercussions sur le crédit. Les taux directeurs étant maintenus à un niveau bas, le taux des crédits immobiliers est lui aussi historiquement faible. S’endetter coûte donc aujourd’hui moins cher ; cela se traduit par une différence de plusieurs dizaines de milliers d’euros sur un emprunt actuel par rapport à celui qu’on aurait contracté il y a dix-huit mois, lorsque les taux étaient encore élevés.

Crédit immobilier à taux variable

Les crédits immobiliers à taux variable ne dépendent pas des taux d’intérêt à long terme, mais de ceux à court terme. Plus précisément, l’Euribor 3 mois est l’indicateur retenu par la majorité des banques. Ainsi, si vous avez contracté un crédit à taux variable pour acheter votre logement, son taux sera révisé tous les ans, généralement à la date anniversaire du prêt, en fonction du niveau de l’Euribor 3 mois. Vous n’avez donc aucune prise sur l’évolution du coût de votre crédit.

Toutefois, le taux est le plus souvent plafonné pour éviter d’alourdir considérablement la charge pour l’emprunteur en cas de remontée brutale des taux. Il est donc recommandé de contracter un crédit à taux variable si vous pensez que les taux vont baisser. À l’inverse, ce type de prêt est très risqué dans la conjoncture actuelle, caractérisée par un environnement de taux à des niveaux historiquement faibles… qui ne pourront que remonter un jour ou l’autre.

L’avis de l’expert Cyril Blesson, directeur de la recherche du cabinet de conseil Seeds finance

Contrairement aux taux à court terme, qui sont fixés par la Banque centrale européenne (BCE), les taux à long terme fluctuent librement sur les marchés financiers. Le niveau de l’OAT 10 ans, l’emprunt d’État de référence pour la France, dépend donc de l’offre et de la demande de capitaux sur les marchés. Il varie en fonction des anticipations des investisseurs, notamment sur les futures décisions de la BCE. Lorsque celle-ci déclare qu’elle conservera son taux directeur à un faible niveau, l’offre de capitaux à long terme augmente indirectement, ce qui fait baisser les taux d’intérêt à long terme.

C’est le cas actuellement puisque les taux courts et les taux longs sont à des niveaux historiquement faibles. À l’inverse, si les investisseurs craignent une hausse de l’inflation, qui pèserait sur la valeur de leurs placements, ils exigent alors une rémunération supérieure, ce qui entraîne la hausse des taux d’intérêt à long terme. Outre les anticipations sur l’inflation, d’autres facteurs, comme le taux de change entre l’euro et le dollar et le risque de solvabilité, expliquent la hausse ou la baisse des taux sur les marchés : plus un État est considéré comme à risque, plus les investisseurs exigent une rémunération (donc des taux) supérieure pour le financer.