Placements : bien anticiper ses besoins de liquidités

Placements : bien anticiper ses besoins de liquidités

Livrets réglementés et bancaires, comptes à terme et sicav monétaires constituent l’arsenal des placements sans risque. Destinés à faire fructifier les excédents de trésorerie, ils restent mobilisables en cas de dépense imprévue.

Faire face aux imprévus

Acheter une nouvelle voiture, partir pour un beau voyage, marier ses enfants ou payer son tiers provisionnel : on règle parfois ces dépenses sans trop de peine en puisant dans les liquidités déposées sur des placements à la fois sans risque et disponibles. Cette épargne de précaution sert aussi à faire face à des événements imprévus : une période de chômage, une rupture, la maladie ou la dépendance d’un proche…

Autant d’accidents de la vie qu’il est souhaitable d’amortir sans puiser dans l’épargne bloquée en assurance-vie, sur un plan d’épargne en actions ou en épargne salariale, destinée à d’autres projets, comme la retraite ou la transmission.

Bien évaluer son épargne

Avant de songer aux produits sur lesquels placer ces liquidités, il reste à déterminer le montant à consacrer à ces à-coups. Les spécialistes recommandent généralement de détenir trois à quatre mois de revenus sur des placements de trésorerie, mais ce montant dépend bien sûr de la situation de chacun. On commencera par mettre face à face les dépenses et les ressources.

"Il est important de calculer son budget sur un an, pour anticiper les périodes tendues en termes de dépenses, par exemple le dernier trimestre avec la rentrée scolaire et le solde de l’impôt sur le revenu, et celles où l’on pourra au contraire mettre de l’argent de côté", explique Sylvie Campredon, déléguée générale adjointe de l’Institut pour l’éducation financière du public.

Cet exercice aide à déterminer le montant susceptible d’être placé sur des produits à la fois liquides et sans risque, comme les livrets, réglementés ou non, les comptes à terme (CAT) et les sicav monétaires. Le mode de fonctionnement, la rémunération et la fiscalité diffèrent d’un placement à l’autre. Il ne s’agit donc pas de choisir l’un au détriment de l’autre, mais plutôt d’adapter ses choix en fonction de ses objectifs.

L’épargne réglementée : sécurité et simplicité

L’épargne réglementée reste aujourd’hui incontournable. Le livret A, le livret de développement durable (LDD) et le compte épargne logement (CEL) allient sécurité, exonération fiscale et simplicité. Il est possible de placer jusqu’à 15 300 € sur un livret A, autant sur un CEL, et 6 000 € sur un LDD.

Attention ! La rémunération de ces trois produits fonctionne selon la règle des quinzaines : les sommes déposées entre le 1er et le 15 du mois commencent à fructifier à partir du 16 ; celles retirées entre le 1er et le 15 du mois ne produisent plus d’intérêts à partir de la fin du mois précédent. En cas d’allers-retours sur ces livrets, il est préférable de bien calculer la date de dépôt ou de retrait. Les intérêts acquis sont portés sur les livrets le 1er janvier de l’année suivante.

Une formule mathématique

Côté rémunération, le livret A et le LDD rapportent 1,25 % par an depuis le 1er août 2009, date à laquelle la rémunération du CEL s’est établie à 0,75 % hors prime d’État. Les taux du livret A et du LDD, toujours identiques, sont fixés en fonction d’une formule mathématique qui prend en compte le niveau des taux d’intérêt à court terme et l’inflation sur les douze derniers mois.

L’oasis fiscale qui abrite les produits réglementés leur confère un avantage indéniable. Il ne faut donc pas hésiter à ouvrir un livret A par membre de la famille, enfants compris. Le LDD demeure l’apanage des adultes : il est en effet réservé aux contribuables.

Calculer l’impact fiscal

Proches des livrets réglementés dans leur fonctionnement, les livrets bancaires accueillent des sommes plus importantes, puisqu’ils ne sont généralement pas plafonnés. Ils fonctionnent eux aussi par quinzaine et ne font pas non plus l’objet de frais de gestion ou d’ouverture. Leur rémunération, fixée librement par chaque établissement, est susceptible d’être revue au gré des variations des taux du marché monétaire.

Attention à ne pas se laisser impressionner par l’annonce d’un taux de 6 ou 7 % ! Il n’est en réalité versé qu’aux nouveaux clients et ne s’applique que sur une période de quelques semaines ou quelques mois. D’autant que les taux annoncés ne tiennent pas compte de la fiscalité : les intérêts des livrets bancaires sont soumis aux contributions sociales et, au choix, à l’impôt sur le revenu ou au prélèvement forfaitaire libératoire (PFL) de 18 %. À chacun de choisir l’option idéale en fonction de son taux marginal d’imposition.

Ainsi, celui qui avait opté pour le PFL l’année dernière devait amputer le taux brut de rémunération de 30,1 % (12,1 % + 18 %) pour calculer le gain net d’impôt (5 % brut étaient alors ramenés à 3,55 % net). Malgré ce handicap, les livrets fiscalisés ont leur intérêt, en particulier pour y loger des sommes importantes (produit de la vente d’un bien immobilier ou sommes issues d’une succession) en attendant d’avoir clarifié sa stratégie d’investissement.

Le livret d’épargne populaire

Le livret d’épargne populaire (LEP) est réservé aux contribuables pas ou peu imposables. L’impôt maximal permettant l’ouverture (ou le maintien) d’un LEP s’élève à 757 € (impôt payé en 2010 au titre des revenus 2009). Le LEP accueille jusqu’à 7 700 € à un taux de 1,75 % depuis le 1er août 2009.

Lorsqu’un contribuable ne remplit plus la condition de détention d’un LEP, il doit demander la clôture de son livret avant le 31 décembre de l’année concernée. Chaque personne ne peut détenir qu’un seul LEP (deux maximum par foyer fiscal), les enfants mineurs ou les majeurs rattachés ne pouvant pas y prétendre.

Les comptes à terme

Un peu moins disponibles, mais mieux rémunérés, les comptes à terme (CAT) sont des contrats passés entre la banque et son client, permettant à ce dernier de faire fructifier, sans frais d’entrée, une somme définie sur une durée allant de un à soixante mois. Il existe deux types de comptes à terme : à taux fixe ou progressif.

Les CAT à taux fixe proposent un taux d’intérêt déterminé dès l’ouverture pour la durée du contrat. Avantage : le client connaît la rémunération exacte dont il bénéficiera sur toute la période, quelle que soit l’évolution des conditions de marché.

"Les CAT sont le complément idéal de l’épargne réglementée, à condition de connaître exactement la date à laquelle on aura besoin de récupérer son épargne", souligne André Babeau. Car les CAT à taux fixe ne sont pas tout à fait liquides puisque l’épargnant bloque bel et bien ses économies. Des pénalités sont en effet appliquées en cas de retrait anticipé.

Le rendement des CAT à taux progressif augmente selon une périodicité régulière, généralement tous les mois, trimestres ou semestres. Le client peut ainsi récupérer ses sommes à chaque fin de période sans pénalité, ou au contraire bénéficier d’un taux supérieur pour la période suivante s’il conserve son placement.

Dépôt minimal exigé

Quelle que soit la nature du CAT, les banques fixent librement la rémunération proposée en fonction de la durée, du montant placé et des taux du marché obligataire à court terme : elle est donc amenée à changer selon le jour où le contrat de taux fixe est signé. Un dépôt minimal de plusieurs milliers d’euros est souvent exigé (contre 10 € pour le livret A…).

Côté fiscalité, les intérêts des CAT sont, comme ceux des livrets bancaires, soumis aux contributions sociales, auxquelles s’ajoute le PFL ou l’impôt sur le revenu. Les CAT constituent donc une solution intéressante pour placer une somme importante sur une durée déterminée. Il ne s’agit pas en revanche de placer son excédent de trésorerie mensuel sur un CAT, car chaque nouveau versement nécessite l’ouverture d’un nouveau compte, à des conditions différentes.

Les sicav monétaires

Enfin, les sicav monétaires complètent l’arsenal des placements de trésorerie. Elles visent à reproduire les performances du marché monétaire, représenté par l’indice des taux au jour le jour Eonia. Attention à ne pas les confondre avec les monétaires "dynamiques", plus risquées, qui ne sont pas adaptées pour placer ses liquidités. Les sommes investies sur les sicav monétaires produisent des intérêts quotidiennement, ce qui permet d’acheter ou de vendre à n’importe quelle date, sans subir la contrainte de la règle des quinzaines appliquée aux livrets.

Mais, contrairement aux livrets et aux comptes à terme, les sicav monétaires font parfois l’objet de frais d’entrée pouvant aller jusqu’à 0,50 % de la somme investie, ce qui ampute d’autant la performance. Pour un placement de très courte durée, mieux vaut donc privilégier les produits sans frais d’entrée.

D’un point de vue fiscal, il est préférable de souscrire une sicav monétaire de capitalisation, c’est-à-dire dont les intérêts sont reversés à la sicav (ce qui fait progresser la valeur de sa part) plutôt que distribués aux souscripteurs. Lorsque l’on souhaite récupérer son épargne, il suffit de vendre des parts de sicav. Le porteur bénéficie alors de la fiscalité des plus-values mobilières, plus avantageuse que de celle des revenus mobiliers dès lors que ses ventes de l’année demeurent en dessous du seuil de cession (25 730 € en 2009).

De 11 % à 12,1 %

D’une année à l’autre, la fiscalité du patrimoine évolue et 2009 ne fait pas exception à la règle. Les contributions sociales ont augmenté le 1er janvier 2009 avec l’instauration d’une taxe d’1,1 % destinée à financer le revenu de solidarité active (RSA). Elles sont ainsi passées de 11 à 12,1 %.

Sont concernés les intérêts des livrets bancaires, du CEL et des CAT ainsi que les plus-values sur les sicav monétaires (en cas de dépassement du seuil de cession pour ces dernières). De ce fait, le taux du prélèvement forfaitaire libératoire a également grimpé de 29 à 30,1 % (18 % de PFL + 11, puis 12,1 % de contributions sociales).