Le prêt sur gage pour financer un imprévu

Le prêt sur gage pour financer un imprévu

Un nombre croissant de ménages sollicitent des prêts sur gage auprès d’un crédit municipal. La somme qu’ils reçoivent représente de 20 à 70 % de la valeur de l’objet déposé.

Vous avez besoin d’argent rapidement pour payer votre loyer, vos factures, les impôts ou des frais médicaux ? Recourir au "prêt sur gage" est l’un des moyens dont vous disposez pour résoudre des difficultés financières passagères. Cette pratique, qui remonte en France au XVIe siècle, fonctionne selon un principe simple : vous déposez un objet de valeur - dans plus de 90 % des cas, il s’agit d’un bijou - et, en contrepartie, vous obtenez un prêt sur-le-champ.

Le prêt sur gage pour tous

"Peu importe que vous soyez insolvable ou interdit bancaire ou que vous ayez acquis votre objet en vous endettant !" signale Guy Poirier, directeur général du crédit municipal de Bordeaux. Vous pouvez récupérer votre bien au moment qui vous convient, dès lors que vous remboursez la somme qui vous a été prêtée, augmentée des intérêts.

Dix-huit caisses de crédit municipal (www.credit-municipal.fr), anciennement monts-de-piété, également appelées "ma tante", proposent cette forme de crédit, dont l’avantage financier s’avère cependant limité. En effet, le montant du prêt n’excède pas 70 % de la valeur de l’objet sur le marché des ventes aux enchères publiques. Et non du prix auquel vous l’avez acheté !

Évaluer le montant du crédit

Ce taux de 70 % s’applique, par exemple, aux bijoux en or en bon état ou aux montres de marque. Il revient à 50 % pour un collier en métal précieux abîmé ou pour des vins de grands crus et chute à 20 % dès qu’il s’agit de produits technologiques (appareils photo numériques, hi-fi, ordinateurs…), très vite décotés sur le marché de l’occasion et, de ce fait, pas toujours acceptés par les établissements.

L’estimation du bien est effectuée en direct par les agents du crédit municipal (ou des commissaires-priseurs extérieurs à l’établissement) en un quart d’heure environ. Certaines expertises portant sur des biens de grande valeur nécessitent un délai d’une semaine.

Un prêt sur six mois

"Une fois l’objet évalué, vous repartez avec, au choix, des espèces ou un chèque de banque quand la somme ne dépasse pas les 3 000 €", précise Bernard Candiard, directeur général du crédit municipal de Paris. C’est la situation la plus fréquente, car le montant moyen du prêt s’élève à 500 €. Lorsque la somme dépasse 3 000 €, c’est obligatoirement avec un chèque que vous quittez l’établissement.

La durée de base du prêt est en général de six mois (un an à Paris). À la fin de cette période, vous devez vous manifester pour confirmer la reconduction et acquitter les intérêts. "Mais, durant cette période, on ne vous interdit pas de retirer votre bien, rassure Marion Joyeux, directrice générale du crédit municipal de Dijon. Quel que soit le moment où vous le retirez, on vous demandera de rembourser le montant du prêt et les intérêts, dont le calcul varie selon la durée de dépôt, la somme prêtée et les établissements."

Des intérêts calculés par paliers

L’actionnaire unique du crédit municipal est la commune, qui décide de sa politique tarifaire. Ainsi, à Nantes - où le coût du crédit s’exprime au mois -, aucun intérêt n’est demandé jusqu’à un montant prêté de 80 €. Ensuite, le taux est de 0,80 % par mois jusqu’à 1 500 €, et il s’établit à 0,60 % par mois au-delà. Il s’y ajoute des frais de 1 % du prêt par période de six mois commencée.

À Paris, où le coût du prêt se calcule à l’année, les taux varient entre 4 et 11,90 %, auxquels il faut ajouter des droits de garde pour les sommes supérieures à 30 € (3 % entre 31 et 1 524 €, 1 % au-delà). Ainsi, pour une bague permettant un prêt de 130 e et rendue au bout d’un an, vous rembourserez 142,87 € : 130 € + 3,90 € de frais de garde + 8,97 € d’intérêts (calculés sur la base de 6,90 %).

Rembourser ou prolonger le prêt

"Vous avez la possibilité de prolonger le prêt de six mois en six mois (ou d’un an à Paris), et ainsi de manière illimitée, sauf dans le cas où la valeur de l’objet (appareil hi-fi, vidéo…) diminue dans le temps", ajoute Christophe Bonneau, du crédit municipal de Nantes. Si vous ne vous manifestez pas à la fin de chaque période malgré les courriers de relance, votre bien sera vendu aux enchères judiciaires.

S’il trouve acquéreur à un montant plus élevé que le prêt accordé, l’établissement vous verse la différence (le "boni"), après déduction des frais de vente. Aujourd’hui, selon les caisses de crédit municipal, 93 à 97 % des objets sont repris par leur propriétaire. La preuve - s’il en était besoin - que le prêt sur gage s’apparente bien à une solution de dépannage.

Un objet, mais pas tous !

Le crédit municipal accepte en dépôt de très nombreux objets de valeur (bijoux, argenterie, tableaux, sculptures, tapis, mobilier, tapisseries, verreries, instruments de musique, fourrures, timbres, livres de collection, et même le vin et la photographie d’art à Paris), mais exclut les biens encombrants (voitures, caravanes, bateaux…).

Par ailleurs, chaque crédit municipal établit sa liste des objets sur lesquels il ne prête pas. Ainsi, celui de Bordeaux refuse l’électroménager ; ceux de Dijon et de Paris, les ordinateurs et les appareils numériques. Pour obtenir un prêt, outre le dépôt de l’objet, vous devez présenter une pièce d’identité, un justificatif de domicile de moins de trois mois (quittance de loyer, facture d’électricité) et éventuellement la facture du bien.

Quelle est l'origine du Mont de Piété et de "Ma tante" ?

L’appellation Mont-de-Piété provient de l’exemple italien du Monte di Pietà, institution caritative créée en 1462 par le moine Barnabé de Terni pour lutter contre l’usure.

Le surnom "Ma Tante" revient à François-Ferdinand-Philippe d’Orléans, prince de Joinville (1818-1900) et troisième fils du roi Louis-Philippe. Ne souhaitant pas révéler à sa mère qu’il avait mis sa montre en gage au Mont-de-Piété pour honorer ses dettes de jeu, il prétexta – lorsque celle-ci s’étonna, un jour, de ne pas la lui voir porter – l’avoir oubliée chez sa tante.