L’or, toujours plus haut ?

L’or, toujours plus haut ?

Les particuliers détiendraient plusieurs milliers de tonnes d’or. Un métal mythique dont le cours ne cesse de s’apprécier.

En période d’incertitude, l’or peut apparaître comme une valeur refuge. Qu'en est-il vraiment ? Est-ce le moment de vendre son or pour "prendre ses bénéfices" ou d’acheter pour profiter de l’envolée qui se profile ?

Une tradition française

Par souci de diversification patrimoniale ou par tradition (il y a cinquante ans, les aïeuls récompensaient les enfants d’un "nap"), nombre de ménages français cachent quelques onces d’or au fond d’un tiroir.

"Les Français possèdent entre 3 000 et 5 000 tonnes de ce métal, principalement sous forme de pièces - notamment le très célèbre 20 francs or, plus connu sous le nom de napoléon - et plus accessoirement de lingots", avance Guy Cottin, directeur de CPR-Or, premier intervenant sur le marché de l’or physique en France.

Un sentiment de sécurité

Pourquoi cet engouement ? En premier lieu pour des raisons historiques : c’est le seul métal détenu par les banques centrales. Ensuite par sécurité. Contrairement aux monnaies de papier, dont la valeur s’est érodée dans le temps, l’or conserverait son pouvoir d’achat.

Avec humour, Léonard Sartoni (auteur de l’ouvrage "2008-2015 : pourquoi l’or va battre la performance des actions et des obligations et comment vous pouvez en profiter") calcule qu’une once d’or (31 g) suffisait pour acheter une très belle livrée au temps des Romains alors qu’une demi-once autorise un homme du XXIe siècle à s’offrir un costume dans une grande enseigne.

Enfin, l’or s’accumule. Volée, pillée, fondue ou recyclée, cette matière n’a jamais été détruite et continue de faire l’objet d’une demande soutenue, notamment de la part des industries chinoise et indienne.

A qui s’adresser ?

Ce n’est pas à une mine que le particulier qui souhaite acquérir ou vendre un lingot ou des pièces s’adressera, mais à un commerce spécialisé (ils sont regroupés en particulier rue Vivienne, à Paris) ou à son agence bancaire, même si ces transactions sont inhabituelles au guichet.

L’acheteur établit un ordre d’achat en euros, exécuté au cours du jour s’il est passé avant midi, le cours (fixing) étant arrêté à 13 heures, heure de Londres. Les pièces ou les lingots sont généralement disponibles une semaine après et les frais varient entre 2 et 3 % du montant acquis. Si le choix se porte sur un lingot, le surprenant petit parallélépipède (mesurant 8 x 3,5 x 2 cm, il se niche aisément au fond de la poche !) sera accompagné d’un "certificat d’essayeur", attestant sa pureté et son origine.

Ce document ne dispense pas d’inspecter le bloc pour vérifier son authenticité, certifiée par la frappe de son poids exact (entre 995 et 1 005 g), la date à laquelle il fut coulé, son numéro de série et le poinçon du fondeur.

Convertir son or en euros se réalise de la même manière, au guichet, au cours du jour. Généralement, aucuns frais ne sont prélevés… sauf l’impôt éventuel (voir ci-dessous). En revanche, le prix tiendra compte de l’état du lingot ou de la pièce.

S’entourer de précautions pour conserver son or

Toute personne qui détient de l’or doit en effet redoubler de précaution. À la fois pour mettre le précieux métal à l’abri des convoitises et pour lui conserver son intégrité : une simple éraflure et sa valeur décline.

Auparavant, on s’interrogera sur la forme de son achat. Sur ce sujet, Guy Cottin tient des propos dépourvus d’ambiguïté : "Mieux vaut investir en pièces, notamment les fameux napoléons, qu’en lingots !"

Plusieurs raisons à cela : d’abord, détenir des pièces permet de procéder à des reventes plus ciblées, en fonction des capitaux recherchés. Ensuite, sachant qu’aucune nouvelle pièce ne sera frappée, on peut formuler un double pari : le premier s’appuie sur la montée du cours de la matière première qui compose la monnaie, le second mise sur l’augmentation de la "prime" de la pièce. Elle correspond à la différence entre la cote de la pièce sur le marché et la valeur de son poids en or.

En janvier, la prime a disparu : la valeur du napoléon était égale à son poids en or. Or tout semble indiquer que les cours du métal précieux vont continuer à s’apprécier. Serions-nous à la veille d’assister à une nouvelle ruée vers l’or ?

Plus-value : compter avec la part du fisc

Lorsqu’une personne cède un lingot ou des napoléons, l’administration fiscale s’invite au guichet du commerçant. La réglementation prévoit deux situations, selon que le vendeur est ou n’est pas en mesure de prouver la date à laquelle l’or est entré dans son patrimoine (par achat, donation ou succession). Sans document prouvant le prix d’acquisition, permettant de calculer la plus-value, le prix de vente est grevé d’une taxe égale à 8 % du montant de la transaction.

S’il détient un justificatif, le vendeur a la possibilité d’opter pour l’imposition de la plus-value, au taux de 29 %, contributions sociales incluses. Avant calcul de l’impôt, la plus-value est abattue de 10 % par an à partir de la troisième année, ce qui conduit à une exonération totale au bout de douze ans de détention. Même muni du justificatif de l’entrée de l’or dans son patrimoine, un vendeur peut avoir intérêt à opter pour la taxe forfaitaire de 8 % sur le prix de vente.