Investir en Bourse en amortissant les à-coups

Investir en Bourse en amortissant les à-coups

Moins exposés que les actions "en direct", les fonds dits "à formule" répondent aux vœux de ceux qui cherchent à tirer le meilleur parti de leur épargne en préservant leur capital.

Parmi les adages financiers, celui qui affirme que, sur une longue période, l’investissement boursier apporte la meilleure rémunération de son épargne laisse le néophyte perplexe. Maîtrisant mal les marchés financiers, il hésite à investir directement sur une valeur ou une société. Dès lors, mieux vaut qu’il oriente ses placements vers les sicav et fonds communs de placement (FCP).

Ces produits sont gérés par des professionnels qui investissent l’argent qui leur est confié sur de nombreuses valeurs, ce qui a pour effet de diluer les conséquences de la déconfiture d’une entreprise. Leur but : procurer une rémunération supérieure à celle des livrets d’épargne.

Mais en période de turbulences boursières, ces placements fluctuent à la baisse, ce qui ne convient pas à l’épargnant soucieux de préserver son capital. Pour pallier ce risque, les établissements financiers ont inventé les fonds dits garantis, avec lesquels on ne peut pas perdre. Ils rencontrent aujourd’hui un succès croissant.

Moins de risques mais moins de gains

"Ce penchant remonte à l’année 2000, quand la Bourse s’est effondrée", se souvient Olivier Éon, de Testé pour vous, un observatoire indépendant de produits financiers. Ces fonds garantissent le capital investi et promettent un rendement indexé sur la hausse de la Bourse. La promesse d’une performance en limitant le risque ! Seule incertitude, l’importance du gain, qui dépendra des performances boursières.

"Cependant, remarque Bernard Marx, de La Finance pour tous, institut pour l’éducation financière du public, si la Bourse connaît une envolée, vous percevrez une rémunération moindre que la hausse constatée, car la garantie a un coût." Voilà la différence essentielle des fonds "à formule" avec les fonds dénués de protection, complète Olivier Éon : "Ces derniers génèrent une meilleure rentabilité que les fonds garantis. En contrepartie, ils présentent un risque de perte plus élevé."

Fonds garantis et fonds protégés

Tous les fonds "à formule" n’offrent pas le même type de garantie. Il en existe de deux sortes : les garantis et les protégés. Avec les fonds garantis, vous avez l’assurance de récupérer l’intégralité de votre capital (déduction faite des frais d’entrée), même en cas de chute sévère de la Bourse.

Avec les fonds protégés, votre mise de départ bénéficie d’une protection partielle, de 80 à 95 % selon les produits. Si le montant net investi est de 1 000 € et que les marchés financiers s’effondrent, vous êtes assuré de retrouver 800 à 950 €. Certains fonds prévoient une protection conditionnelle : par exemple, votre mise de départ est préservée si le Cac 40 ne diminue pas de plus de 50 %.

Qu’ils soient garantis ou protégés, le calcul de la performance de ces fonds s’appuie sur l’évolution des marchés financiers sur lesquels ils sont investis. Certains prennent en référence un ou plusieurs grands indices, comme le Cac 40 (les quarante plus grandes valeurs boursières françaises) ou le DJ Euro Stoxx 50 (les cinquante plus grandes entreprises de la zone euro).

Ils couvrent parfois d’autres zones géographiques, telles que les États-Unis avec le S&P 500 ou encore le Japon avec le Nikkei 225. D’autres (les fonds thématiques) se focalisent sur des matières premières (l’or, le pétrole, etc.), le développement durable, la pharmacie…

Ne pas débloquer avant l’échéance

Pour obtenir l’espoir d’un gain sans risquer de perte, il faut accepter une condition : conserver le fonds pendant une durée comprise, selon les produits, entre deux et dix ans. Ce n’est qu’au terme de ce délai que la garantie en capital sera acquise et que la formule de calcul de la performance s’appliquera.

De ce fait, il est déconseillé de débloquer son épargne avant l’échéance, car cette opération coûte cher. Non seulement vous vous exposez à des pénalités de 2 à 5 %, mais vous courez le risque de ne pas récupérer votre mise initiale, la garantie ne s’appliquant plus puisque vous demandez votre épargne avant l’échéance.

Une épargne garantie à terme

"Ce n’est pas une épargne court terme de précaution, insiste Bernard Marx. C’est un placement de diversification à moyen et long terme." Comme tout produit boursier, on n’y placera que les économies dont on sait ne pas avoir besoin dans l’immédiat, après avoir constitué une épargne de précaution. Compte tenu de ce critère de durée, les fonds à formule sont surtout adaptés à l’assurance-vie et au plan d’épargne en actions (PEA), aux détenteurs desquels ils sont régulièrement proposés.

Les fonds sont ouverts à la commercialisation pendant un ou deux mois (on parle de "fenêtre de souscription"), la garantie et la promesse de rendement ayant été déterminées en fonction des conditions de marché. Leurs frais d’entrée oscillent entre 2 et 5 % et le montant de la part est souvent fixé à 100 €.

Quelle imposition ?

Le traitement fiscal des gains dégagés par les fonds à formule dépend du produit dans lequel ils sont placés. Sur un compte titres, les plus-values sont exonérées dès lors que la somme annuelle des cessions ne dépasse pas 25 000 €. Au-delà, elles sont imposées au premier euro au taux du prélèvement forfaitaire libératoire (29 %, contributions sociales incluses).

Logés dans un PEA ou un contrat d’assurance-vie, les gains des fonds à formule échappent à toute taxation tant que l’épargne investie demeure dans l’enveloppe du placement. En cas de retrait, les plus-values sont soumises à la fiscalité propre du PEA ou de l’assurance-vie.

Le calcul de la performance

Que la mise de départ nette soit garantie ou protégée, le gain réalisé à l’échéance du placement dépend de l’évolution de la Bourse et de l’application d’une formule (d’où la dénomination générique de ces fonds) généralement sophistiquée.

Différentes méthodes de calcul sont utilisées, qui prévoient de verser à l’épargnant un pourcentage de la performance (par exemple, 80 ou 90 %) : c’est le prix à payer pour la garantie de ne rien perdre (ou de façon limitée) en cas de chute des marchés. Au nombre des méthodes, nous en avons retenu trois.

• La comparaison. On confronte la valeur d’un panier d’actions, généralement à l’échéance de la formule, avec celle de la période de souscription.

• La moyenne. On établit, par exemple, la moyenne trimestrielle (ou semestrielle ou annuelle) de trois indices boursiers pendant toute la durée de la formule.

• La capture. Par exemple, un fonds prévoit que si l’indice de référence réalise une performance égale ou supérieure à 25 %, ce résultat restera acquis à l’épargnant qui ira au terme du placement.

Un "prospectus", simplifié mais instructif

Avant de souscrire un fonds, on étudiera le "prospectus simplifié". Vérifiez notamment :

  • le niveau de risque du fonds. La mise de départ (frais d’entrée déduits) est-elle « garantie » à 100 % à l’échéance ou « protégée » à hauteur de 80 ou 95 % ?
  • la durée de la formule. Deux, trois, jusqu’à dix ans ? Déterminez-vous en fonction d’un projet en sachant que la garantie n’est pas assurée en cas de sortie prématurée ;
  • la promesse de rendement. Le prospectus décrit trois scénarios, favorable, intermédiaire et défavorable.

Cette simulation est importante dans la mesure où elle permet d’illustrer les conséquences de l’évolution des marchés financiers sur l’application de la formule, donc les espoirs de performance. En cas de dégringolade des cours, vous ne gagnerez peut-être pas grand-chose, mais, contrairement aux fonds sans garantie, vous récupérerez la somme investie. Si le calcul vous paraît obscur, demandez à votre conseiller de vous l’expliquer.