Gérer une rentrée d'argent imprévue

Gérer une rentrée d'argent imprévue

Vous venez de recevoir une somme d’argent totalement inattendue. Bonne surprise ! Question : allez-vous en profiter pour épargner, aider vos enfants, vous désendetter, ou tout simplement vous faire plaisir ? Tout dépend de la somme et de votre situation personnelle.

Bénéficier d'une rentrée d'argent : tout dépend du montant

Toucher une prime exceptionnelle de son entreprise, recevoir une petite donation d’un parent, vendre un meuble aux enchères plus cher que prévu… Si la somme est insuffisante pour bouleverser l’existence, elle ouvre néanmoins tout un champ de possibilités : épargne, désendettement, financement d’un projet, cadeau à ses proches ?

La réponse, qui combine souvent plusieurs options, dépend du montant reçu mais aussi de sa situation : son environnement familial, ses projets, sa situation financière… "Cela devrait fournir l’occasion de faire le point sur le budget familial, d’évaluer les futures charges, comme le remplacement de la voiture, de regarder le coût des divers crédits en cours… en réfléchissant sans a priori, conseille Pascale Micoleau-­Marcel, déléguée générale de l’Institut pour l’éducation financière du public.

Par exemple, rembourser un crédit immobilier par anticipation peut être plus ou moins intéressant suivant les cas. L’important consiste à bien évaluer l’intérêt et le coût de chaque option." Pour balayer les différentes solutions, nous avons retenu trois cas de figure, correspondant à trois sommes d’argent.

Un mois de salaire : choisir l’épargne liquide

Appréciable, même si elle reste de faible importance en valeur absolue, la somme peut donner l’occasion de solder les petits crédits dont le taux d’intérêt élevé pèse sur le budget.

"Sans hésitation, on peut toujours recommander le remboursement anticipé d’un crédit renouvelable, souligne Pascale Micoleau-Marcel. Ce type de prêt, qui ouvre une ligne de crédit se renouvelant au fur et à mesure du remboursement des mensualités, supporte un taux d’intérêt élevé avoisinant 19 %."

Il est possible de le "remettre à zéro" en remboursant la totalité du capital restant dû (les mensualités cessent d’être débitées), ou d’effectuer un remboursement partiel de façon à réduire la durée restante du prêt. Dans les deux cas, il suffit d’envoyer à l’établissement prêteur la somme qu’on souhaite consacrer au remboursement sans que l’opération donne lieu à aucune pénalité.

Autre possibilité, solder un découvert bancaire ou une facilité de caisse accordée par sa banque : les agios facturés pour bénéficier de cette forme de crédit à court terme atteignent aisément 14 %.

En dehors de ces situations, la modestie de la somme incite plutôt à en profiter pour accroître son épargne de précaution. Si l’on n’a pas de besoins immédiats, l’idéal consiste à placer l’argent sur un produit d’épargne sans risque et totalement liquide comme un livret, estime Patrice Ponmaret, prési­dent de la Chambre des conseillers indépendants en patrimoine.

Le taux d’intérêt est faible, mais la somme est disponible à tout moment." Les spécialistes recommandent de détenir "en réserve" l’équivalent de trois à quatre mois de revenu. De quoi faire face immédiatement et sans recourir à un nouveau crédit à un aléa domestique - le remplacement imprévu du lave-linge ou de la voiture -, voire à un coup dur comme la perte d’emploi qui exige de faire la jonction entre le dernier salaire et la prise en charge par Pôle emploi.

Trois mois de salaire : arbitrer sur les crédits

Le montant permet de regarder davantage à moyen terme. La question centrale à se poser : est-il plus rentable de placer la somme ou de rembourser par anticipation un crédit à la consommation (crédit auto, prêt personnel…) ou une partie d’un crédit immobilier ?

Avant toute décision, il convient de connaître les conditions et le coût d’un remboursement anticipé, partiel ou total. Dans le cas d’un crédit à la consommation, il n’entraînait jusqu’ici aucune pénalité. Ce ne sera plus le cas pour les remboursements supérieurs à 10 000 € à partir du 1er mai 2011. Par ailleurs, l’établissement prêteur peut refuser l’opération si le montant remboursé est inférieur ou égal à trois fois le montant de la première échéance non échue.

Du côté des crédits immobiliers, le remboursement doit représenter au moins 10 % du montant total du prêt (sauf s’il s’agit du solde). Par ailleurs, l’emprunteur peut avoir à payer une indemnité si le contrat le stipule - indemnité ne pouvant dépasser un semestre d’intérêts calculé au taux moyen du prêt sur le capital remboursé, avec un maximum de 3 % du capital restant dû.

Reste à évaluer si le remboursement anticipé est la solution la plus intéressante ou s’il ne vaut pas mieux placer l’argent. "On peut regretter, par exemple, d’avoir utilisé cette rentrée imprévue pour rembourser un crédit auto à 3 % au lieu de placer l’argent, alors qu’une dépense imprévue va nécessiter quelques mois plus tard de prendre un nouveau crédit à la consommation à 4 %", explique Pascale Micoleau-Marcel.

Tout est affaire de comparaison, au cas par cas. De façon générale, le remboursement anticipé est intéressant lorsque :

- la fin du crédit est lointaine, car une bonne partie des échéances est alors consacrée au remboursement des intérêts, le remboursement du capital n’arrivant qu’ensuite ;
- le taux d’intérêt du crédit est élevé ;
- le taux d’intérêt d’un place­ment sur un compte d’épargne est faible.

Six mois de salaire : placer et transmettre

Avec une telle somme, pour autant que l’on n’ait ni crédit à rembourser,

ni épargne de précaution à (re)constituer, il est possible d’en­visager de placer l’argent sur le long terme. Une solution à examiner en fonction des avantages de chaque produit d’épargne, mais aussi de ses propres objectifs et de la date à laquelle on pense avoir besoin de la somme.

Les ménages ayant un projet immobilier peuvent miser sur le plan d’épargne logement (PEL). Ce plan comporte une phase d’épargne d’au moins trois ou quatre ans - dont le taux d’intérêt est désormais révisé tous les ans et ne peut être inférieur à 2,5 % pour les plans ouverts à partir du 1er mars 2011 - ouvrant ensuite droit à un prêt à 4,40 % assorti d’une prime d’État.

Ceux qui souhaitent faire fructifier leur pécule à un horizon plus lointain, pour préparer leur retraite par exemple, s’intéresseront à des placements spécifiques : le plan d’épargne retraite populaire (Perp), mais aussi les produits d’épargne salariale éventuellement mis en place par leur entreprise. Intéressant, surtout lorsque les versements font l’objet d’un abondement (exonéré d’impôt) de la part de l’entreprise.

Les sommes déposées sur un plan d’épargne entreprise (PEE) sont bloquées pendant cinq ans et celles versées sur un plan d’épargne pour la retraite collectif (Perco) jusqu’au moment où le titulaire liquide ses droits à la retraite. Mais dans les deux cas, des motifs peuvent permettre de mobiliser la somme avant l’échéance : notamment l’acquisition de la résidence principale, le décès ou l’invalidité du salarié ou de son conjoint ou partenaire, mais aussi, pour le PEE, le mariage ou Pacs, le divorce, la naissance d’un troisième enfant, la rupture du contrat de travail, etc.

Si l’objectif d’épargne à long terme se double d’une volonté de transmission, l’assurance-vie représente une option intéressante. Placement préféré des Français, l’assurance-vie se caractérise par sa souplesse - versements libres, possibilité d’effectuer des retraits partiels - et son statut fiscal intéressant - intérêts imposés à un taux dégressif au fur et à mesure que le contrat vieillit.

Elle offre en outre des avantages appréciables lors de la transmission aux héritiers en cas de décès du titulaire, avec une exonération totale d’impôt pour le conjoint et un abattement de 152 500 €, dans le cas des versements effectués avant 70 ans, pour les autres bénéficiaires.

Dernière option : privilégier sa famille ou ses proches en les faisant bénéficier d’une donation. Suivant l’âge du donateur et ses liens familiaux avec les bénéficiaires, il est possible de donner, par exemple, en franchise d’impôt, 156 974 € à un enfant, 31 865 € à un petit-enfant ou 5 310 € à un arrière-petit-enfant en 2011.

Les Français plus fourmis que cigales

Pour 58 % des Français, avoir de l’argent est avant tout synonyme de sécurité, et pour 44 % d’indépendance. Ils placent ces vertus loin devant la liberté (28 %) ou le plaisir (25 %). Par ailleurs, 68 % d’entre eux pensent mettre de l’argent de côté au cours des douze prochains mois, en particulier les 15-34 ans (84 %), loin devant les plus de 60 ans (47 %).

Parmi ceux qui ont l’intention d’épargner, 31 % le feraient pour financer une dépense dans l’année, 22 % pour parer aux imprévus, 21 % pour préparer l’avenir de leur famille et l’éducation des enfants, 12 % en vue de l’achat d’un logement, 8 % pour préparer la retraite et 4 % pour payer leurs impôts.

Source : sondage TNS Sofres 2007, auprès d’un échantillon national de 4 368 personnes.

Rentrée d'argent : à qui s’adresser ?

Au conseiller bancaire. Il connaît bien la situation financière de son client et détaillera le rendement et les avantages fiscaux de chaque option. Davantage que le conseiller en gestion

de patrimoine indépendant, pour qui "une somme modeste perçue ponctuellement n’a guère de sens dans la constitution d’un patrimoine", précise Patrice Ponmaret, président de
la Chambre des conseillers indépendants en patrimoine.

Au notaire. Il peut apporter un éclairage avisé en matière

de donations, notamment au vu de la situation familiale et patrimoniale de son client.

A une association familiale. Elle apporte son aide sur des cas particuliers. "Par exemple lorsque le bénéficiaire est un pupille ou une personne sous tutelle juridique

qu’il s’agira d’accompagner dans la gestion de cette rentrée d’argent", précise Laure Mondet, à l’Union nationale des associations familiales.

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