Épargne salariale : la dépenser ou l'investir ?

Épargne salariale : la dépenser ou l'investir ?

Près de cinq millions de salariés touchent une participation au résultat de leur entreprise, en général au printemps. Cigale ou fourmi, il faut choisir !

Quel sera le montant de votre participation pour l’exercice 2012 ? Vous l’apprendrez courant avril, à la réception de votre bulletin de participation, si votre entreprise a clôturé son exercice le 31 décembre.

Mais seules les sociétés de 50 salariés ou plus et qui dégagent des bénéfices ont l’obligation de partager une partie de leurs profits avec leur personnel.

Participation versus intéressement

La « participation aux bénéfices », instituée en 1967, arrive en tête des dispositifs d’épargne salariale avec 4,94 millions de bénéficiaires, soit 44,8 % des salariés.

Par comparaison, l’intéressement, prime facultative établie pour motiver les salariés aux performances de l’entreprise, concerne 37,3 % des salariés.

Jusqu’en 2009, la participation était obligatoirement bloquée sur un dispositif d’épargne salariale pendant au moins cinq ans.

[La participation] constituait alors une forme d’épargne forcée pour permettre au salarié de se préparer un complément de retraite », explique Henri Alline, président du Club de l’épargne salariale.

Percevoir ou placer : quinze jours pour se décider

Mais, depuis, la donne a changé : les salariés ont le droit de la percevoir chaque année. Et c’est en avril que vous êtes invité à faire votre choix. Concrètement, vous disposez d’au moins quinze jours pour répondre par courrier postal ou électronique, la date limite figurant sur l’avis d’option.

Trois possibilités s’offrent à vous :

  • percevoir la participation sur votre compte courant, ainsi que l’autorise la loi n°2008-1258 du 3 décembre 2008 en faveur des revenus du travail (J.O. du 4) ;
  • l’investir dans un dispositif d’épargne salariale proposé par votre employeur ;
  • ou en recevoir une partie et placer le reste.

Si, à l’expiration du délai de réflexion, vous n’avez donné aucune instruction :

  • la prime attribuée au titre de 2012 sera bloquée pendant cinq ans – sauf en cas de déblocage anticipé – sur le fonds sécurisé d’un plan d’épargne entreprise (PEE), c'est-à-dire jusqu’en 2018 ;
  • si votre employeur a mis en place un plan d’épargne retraite collectif (Perco), la moitié de la somme y sera automatiquement versée et… immobilisée jusqu’à votre retraite pour que vous puissiez alors la toucher sous forme de rente (loi n°2010-1330 du 9 novembre 2010).

Élément déterminant : la fiscalité

  • Si la participation est placée, elle échappe à l’impôt sur le revenu, et les gains qu’elle génère sont exonérés de taxe sur les plus-values et ne supportent que les contributions sociales (15,5 %).
  • Versée sur le compte courant du salarié, elle devient imposable.

Si vous n’avez pas un besoin de trésorerie immédiat, mieux vaut donc placer votre prime dans le dispositif d’épargne salariale offert par votre société, le plus souvent un plan d’épargne entreprise, constitué de fonds communs de placement (FCP).

C’est le moyen idéal de se constituer une épargne complémentaire pour la retraite », commente Laure Delahousse, directrice des gestions d’actifs à l’Association française de gestion financière (AFG).

L’abondement en prime

Investir votre participation procure un autre avantage non négligeable : la possibilité de bénéficier de l’abondement, une prime octroyée par certaines entreprises en complément du versement du salarié.

Exonéré d’impôt sur le revenu, il peut atteindre trois fois le montant de vos versements dans la limite de 5 925,12 € par an sur un PEE et 2 962,56 € par an sur un Perco en 2013.

En réalité, son montant varie fortement selon le secteur d’activité : de 170 € en moyenne dans le secteur de la fabrication de matériels de transports à 1 120 € dans celui du raffinage du pétrole, selon une étude du ministère du Travail (Dares Analyses n° 55, septembre 2012).

La perception de la participation – 31 % des salariés l’ont encaissée en 2011 – vous prive de l'abondement.

De plus, si la percevoir dépanne sur le moment, elle peut réduire votre budget futur à cause des effets de seuil ! Vous courez le risque de devenir imposable ou de basculer dans une tranche supérieure ou encore de perdre des aides octroyées sous condition de ressources, la participation perçue majorant votre revenu fiscal de référence.

Une solution consiste, si vous disposez d’un PEE, à investir votre prime en 2013 et à retirer l’épargne placée depuis au moins cinq ans, donc disponible en franchise d’impôt.

Quel placement pour votre épargne salariale ?

Si vous décidez d’épargner votre participation, vous devez choisir sur quel dispositif l’investir.

"La première possibilité consiste à la verser sur un compte courant bloqué cinq ans et géré par l’entreprise, à condition que la vôtre en propose un. Renseignez-vous, car ce dispositif avantageux rémunère l’argent à un taux élevé, entre 4 et 8 % par an, et sans aucun risque, souligne Hubert Clerbois, associé chez EPS Partenaires, ociété de conseil en épargne salariale.

Vous pouvez également orienter la somme vers le plan d’épargne entreprise (PEE). Elle sera alors bloquée pendant cinq ans sur des fonds d’investissement plus ou moins risqués, que vous devez sélectionner parmi quatre ou cinq choix. Une option intéressante si vous souhaitez bénéficier d’un des neuf cas de déblocage anticipé.

Enfin, le placement sur le Perco permet d’épargner jusqu’à la retraite".

Des cas de déblocage anticipé

Vous pouvez aussi attendre un événement exceptionnel pour récupérer des fonds en profitant de l’exonération fiscale. La loi prévoit cinq cas de déblocage anticipé des sommes investies dans un Perco et jusqu’à neuf dans un PEE, notamment :

  • la fin du contrat de travail ;
  • le mariage ou le pacs ;
  • la naissance du troisième enfant ;
  • le divorce avec garde d’enfant ;
  • le décès ou l’invalidité du salarié, de son conjoint ou d’un enfant ;
  • l’achat ou l’agrandissement de la résidence principale. Auquel cas, placez votre prime de participation en 2013 et débloquez la somme nécessaire juste au moment de réaliser votre projet.