Doper son épargne à l’abri du fisc

Doper son épargne à l’abri du fisc
Les ménages se détournent du livret A, dont le rendement est tombé à 0,75 %. - © artisteer

Pour faire fructifier son capital, il est possible de l’orienter vers des supports mieux rémunérés que le livret A et dotés d’une fiscalité avantageuse. Quatre stratégies de placement à moyen ou long terme passées au crible. 

Passer du livret A au PEL

Les ménages se détournent du livret A, dont le rendement est tombé à 0,75 %. En matière d’épargne réglementée, il est plus intéressant pour eux d’ouvrir un plan d’épargne logement (PEL), plus rémunérateur.

À quoi s’attendre ?

Son rendement, déterminé à l’ouverture, est fixe jusqu’à sa clôture. Sa rémunération s’établit actuellement à 1,69 % net. Vous pouvez déposer jusqu’à 61 200 € (hors intérêts) sur le PEL, que vous êtes assuré de récupérer augmenté des intérêts (sauf en cas de faillite de la banque). Les fonds ne sont pas bloqués, mais tout retrait entraîne la clôture du PEL. Il vaut donc mieux y laisser son épargne fructifier au moins deux ans, sinon la rémunération tombe à 0,42 % net. Si vous l’immobilisez pendant au moins trois ans, vous pouvez demander un prêt épargne logement d’une durée de deux à quinze ans. Son montant est calculé en fonction des intérêts acquis pendant la phase d’épargne, dans la limite de 92 000 €. Le taux du prêt pour les PEL ouverts depuis le 1er février 2015, fixé à 3,20 % (hors assurances), reste élevé par rapport à ceux du marché, mais sera peut-être attractif dans quelques années. L’octroi du crédit déclenche le versement d’une prime égale à la moitié des intérêts acquis, dans la limite de 1 525 €. « À la différence de l’assurance-vie et du Perp, le PEL présente les mêmes caractéristiques quel que soit l’établissement financier où vous l’ouvrez », ajoute Louis Yang, rédacteur en chef du magazine en ligne cafedelabourse.com.

Pour qui ?

Le PEL permet de se constituer une épargne de précaution, durant deux ans au moins. Et de réaliser un projet immobilier dans un délai supérieur à quatre ans. « En alimentant le PEL chaque mois, les ménages apporteront la preuve qu’ils sont capables de rembourser l’équivalent des mensualités d’un prêt immobilier. Ce qui pourra leur donner accès à un crédit classique et à un meilleur taux d’intérêt », commente Lionel Tixier, directeur associé du master Gestion de patrimoine à l’université d’Auvergne.

Diversifier votre assurance-vie

Les ménages choisissent une assurance-vie pour dynamiser un capital, financer un logement, préparer leur retraite, transmettre leur patrimoine. En moyenne, 85 % de leurs avoirs sont placés en fonds en euros, sécurisés. Mais grâce à leur contrat multisupport, de plus en plus d’épargnants orientent leurs capitaux vers des produits financiers mieux rémunérés, mais plus risqués.

À quoi s’attendre ?

Les fonds en euros, largement investis en obligations (notamment des emprunts d’État), ont rapporté 2,5 % en moyenne, en 2014, (avant prélèvements sociaux) et devraient baisser dans les prochaines années. Grâce à eux, vous pourrez récupérer votre capital, majoré des intérêts versés chaque année et définitivement acquis. Les unités de compte (UC) proposent une meilleure rémunération (5,9 % en moyenne en 2014), mais le capital n’est pas garanti. Elles sont notamment investies dans des fonds (portefeuilles de plusieurs valeurs : actions, obligations, monétaires...) ou dans des placements immobiliers (OPCI et SCPI). Dans tous les cas, la rentabilité est amoindrie par les frais, jusqu’à 5 % du capital investi. Les retraits d’argent sont possibles à tout moment, mais mieux vaut immobiliser votre épargne huit ans au moins pour bénéficier de l’abattement de 4 600 € (9 200 € pour un couple) sur les produits retirés. Autre atout fiscal exceptionnel : la possibilité, après le décès du souscripteur, de transmettre sans droits de succession 152 500 € à chaque bénéficiaire de son choix, pour les sommes investies avant les 70 ans du souscripteur assuré.

Pour qui ?

Le choix d’orienter une part du capital sur des fonds en UC s’impose aux épargnants en quête d’un meilleur rendement et prêts à prendre des risques. « Afin de diversifier vos avoirs ponctuellement, mieux vaut investir quand les marchés sont en bas de cycle, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, met en garde Lionel Tixier. Ceux qui n’ont pas le temps ou l’envie de surveiller l’évolution des marchés peuvent prendre 4 à 5 fonds flexibles, le gérant s’occupant de leur gestion. À condition de bien sélectionner les fonds au départ (étudiez-les sur des sites de référence, comme Morningstar.fr ou Quantalys.com) et de vérifier, au fil des ans, que le gérant reste toujours le même. »

Miser sur les actions avec le PEA

Le plan d’épargne en actions (PEA) permet d’investir dans un large choix de supports : actions en direct, fonds actions, fonds diversifiés flexibles, fonds protégés... Le plafond de versement est de 150 000 € par personne. L’achat d’actions de Sicav et de parts de FCP par le biais des organismes de placement collectif en valeurs mobilières (OPCVM) est possible, mais ne présente aucun intérêt dans le cadre du PEA, selon Lionel Tixier : « Mieux vaut privilégier l’assurance-vie, avec ses classes d’actifs plus larges et plus étendues géographiquement, et son fonds en euros sur lequel on peut se replier en cas de baisse des marchés. »

À quoi s’attendre ?

Avec le PEA, le capital n’est pas garanti. Il est disponible à tout moment, mais il faut le garder cinq ans, à compter de la date de sa souscription, pour échapper à l’imposition de vos gains (hormis les prélèvements sociaux). À partir de la huitième année, il devient possible d’effectuer des retraits partiels. Avant ce cap, tout retrait entraîne sa clôture, ce qui rend le PEA moins souple que l’assurance-vie. Mais rien ne vous empêche, à tout moment, de vendre des actions pour en racheter d’autres autant de fois que vous voulez, sans être imposé. « Le PEA est le plus spectaculaire des supports d’épargne à fiscalité privilégiée », résume Gervais Morel.

Pour qui ?

Le PEA convient à ceux qui s’intéressent aux marchés des actions et aux entreprises. « De tous les placements, il est le plus complexe, met en garde Louis Yang. Il est conseillé d’avoir déjà géré une assurance-vie avant d’ouvrir un PEA et de sélectionner des titres vifs. » De son côté, Georges Billand, consultant, recommande de se former « aux mécanismes boursiers et à la gestion de portefeuille à l’École de la Bourse et dans les associations d’investissement. Si, par exemple, vous disposez de 50 000 € à placer, n’investissez que 10 000 € sur votre PEA à raison de 200 € par mois, pendant quatre ans. Achetez toujours par touches régulières ; sinon c’est le coup de poker. » « Vous pouvez limiter les risques en misant sur des valeurs de père de famille, encore appelées “de fond de portefeuille”, comme Air Liquide ou L’Oréal », ajoute Gervais Morel.

Anticiper la retraite avec le Perp

Le plan d’épargne retraite populaire (Perp) est ouvert à tous les épargnants, quels que soient leur âge, leur profession et leur rémunération. 14,4 % des ménages en bénéficiaient en 2015.

À quoi s’attendre ?

Le Perp comporte une phase d’épargne avant que le capital ne soit transformé en rente viagère, une fois que vous serez en retraite. Seule une sortie en capital à hauteur de 20 % est autorisée (100 % si vous investissez dans l’achat de votre résidence principale pour la première fois). « Ce n’est pas un plan d’épargne, comme son nom l’indique, mais une retraite complémentaire par capitalisation facultative », prévient Lionel Tixier. Car, sauf exceptions (voir tableau), le déblocage des fonds ne peut avoir lieu qu’à la retraite. En l’état actuel, il faut placer 500 000 € environ pour percevoir une rente de 1 500 € par mois. Comme pour l’assurance-vie, les versements sont libres, et vous choisissez le ou les supports d’investissement, le moins risqué étant le fonds en euros. En revanche, l’économie d’impôt a lieu à l’entrée, et non à la sortie : vous pouvez déduire vos cotisations de votre revenu imposable, dans la limite de 10 % des revenus net de frais professionnels, eux-mêmes limités à huit fois le plafond 2015 de la Sécurité sociale, soit 8 x 38 040 € (304 320 €) en 2016. Plus vous êtes soumis à l’impôt sur le revenu, plus l’avantage fiscal est important. Attention, la rente, elle, est imposable comme une pension de retraite, et assujettie aux prélèvements sociaux (7,4 %).

Pour qui ?

Le Perp convient aux contribuables qui veulent payer moins d’impôt et préparer leur retraite. « Dans un couple, le conjoint ou le partenaire de Pacs sans activité professionnelle peut alimenter un Perp en déduisant ses cotisations (à hauteur de 3 804 € en 2016) du revenu imposable du foyer fiscal, pour percevoir une retraite le moment venu », explique Gervais Morel.

« À 40 ans, vous pouvez prendre des risques et investir à 100 % en unités de compte. Ensuite, vous basculerez peu à peu vos avoirs en euros, afin qu’ils soient disponibles en fonds en euros le jour du départ à la retraite », recommande Louis Yang.

Les meilleurs placements en un clin d’œil
  PEL Assurance-vie PEA PERP
Horizon de placement 2 ans au moins

8 ans

5 ans

10, 20 ou 30 ans jusqu’à la retraite

Rémunération

Fixée à l’ouverture : 1,69 % net de prélèvements sociaux

2,5 % en moyenne pour les fonds en euros (en 2014)

Variable selon l’évolution des marchés financiers

2,5 % en moyenne pour les fonds en euros (en 2014)

Versements obligatoires

225 € minimum à l’ouverture, puis 540 € minimum par an (soit 45 € minimum par mois)

Non

Non

Non

Plafond des dépôts

61 200 € (hors intérêts)

Illimité

150 000 € pour une personne (le double pour un couple)

Illimité
Épargne disponible

Après 2 ans, mais clôture du PEL (elle est néanmoins disponible avant 2 ans, au taux de 0,42 %)

À tout moment, mais attention à la fiscalité

À tout moment, mais attention à la fiscalité

Une fois à la retraite, sauf cas exceptionnels :

  • décès du conjoint ou du partenaire de Pacs ;  
  • expiration des droits aux allocations chômage ;  
  • surendettement ; 
  • invalidité ;
  • cessation d’activité non salariée en cas de liquidation judiciaire

Avantage fiscal

Exonération d’impôt sur le revenu jusqu’au 12anniversaire du plan (au-delà, barème progressif de l’impôt), mais prélèvements sociaux

Retraits soumis à l’IR à 7,5 % au bout de 8 ans de détention de l’assurance-vie, après abattement de 4 600 € (9 200 € pour un couple)

Exonération d’IR des retraits après 5 ans de détention du PEA, hors prélèvements sociaux

Cotisations déductibles du revenu imposable (dans la limite de 10 % des revenus professionnels), plafonnées à 30 432 € en 2016

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