Bien gérer son épargne salariale

Bien gérer son épargne salariale

Quand on bénéficie d'une épargne salariale, il est indispensable de le gérer, comme on le fait d’une assurance-vie ou d’un plan d’épargne en actions. Le but est de répondre au mieux à ses objectifs sur le long terme.

Participation, intéressement, plan d’épargne entreprise (PEE), plan d’épargne retraite collectif (Perco) : 11,8 millions de salariés disposent en France d’un compte d’épargne salariale leur permettant de se constituer un capital avec l’aide de leur employeur. Mais sans vraiment s’y intéresser ! Bon nombre d’entre eux ont en effet tendance à délaisser la gestion de ces dispositifs. Devenir acteur de son épargne salariale est pourtant nécessaire pour profiter à plein des nombreux avantages de cette formule, créée en janvier 1959 par le Général de Gaulle.

Les plus-values du PEE sont exonérées d’impôts

Depuis cette date, de nombreux dispositifs d’épargne salariale, parfois complexes à décrypter, ont été mis en place. Le premier étage de l’épargne entreprise se compose de la participation et de l’intéressement. Ces deux dispositifs permettent aux salariés de participer aux résultats de leur entreprise. Au choix, ils peuvent les percevoir immédiatement - dans ce cas, les sommes sont soumises à l’impôt sur le revenu - ou miser sur le long terme en les versant sur un plan d’épargne entreprise. Et en y ajoutant, s’ils le souhaitent, leurs propres versements, dans la limite du quart de leur rémunération annuelle.

Ce PEE est aujourd’hui la clé de voûte de l’épargne salariale : il s’agit d’une enveloppe permettant de gérer librement son épargne entreprise dans un cadre fiscal privilégié. Après un blocage de cinq ans, les plus-values sont exonérées d’impôts et soumises seulement aux prélèvements sociaux (12,3 %). Toutes les opérations d’arbitrage réalisées à l’intérieur du plan sont donc neutres du point de vue fiscal. À noter : l’entreprise est tenue de prendre à sa charge les frais d’un arbitrage par an. Au-delà, tout dépend de l’accord d’entreprise : les frais peuvent être à la charge du salarié ou de l’employeur.

En plus de cette fiscalité douce, vous bénéficiez généralement d’un coup de pouce de votre entreprise, sous la forme d’un « abondement » annuel. En d’autres termes, pour inciter les salariés à alimenter leur plan, l’employeur ajoute à leurs versements une somme, plafonnée à 2 828,16 € par salarié en 2011 et ne pouvant excéder le triple de la contribution du salarié.

Comment placer les versements de votre PEE ?

Reste ensuite à gérer au mieux cette épargne, qui peut répondre à plusieurs objectifs concrets. Le capital ainsi constitué peut aider à faire face à une dépense imprévue ou, en cas de coup dur, à donner un coup de pouce à vos enfants entrant dans la vie active, ou encore à vous bâtir un patrimoine que vous serez heureux de transmettre, le jour venu, à vos héritiers.

Selon l’objectif poursuivi, vous devrez placer vos propres versements, comme l’abondement de l’entreprise, sur des supports d’investissement, au sein du PEE. Pour cela, vous disposez généralement d’une poignée de fonds d’investissement - ou fonds communs de placement d’entreprise (FCPE) -, dont le profil de risque varie du « tout sécurisé » au plus risqué. Rien ne vous empêche d’ailleurs de panacher votre épargne entre plusieurs produits en fonction de votre appétit pour le risque.

Si vous n’indiquez pas votre choix à la société de gestion qui s’occupe de votre PEE, votre épargne sera placée d’office sur le fonds monétaire, sans risque. Une option peu efficace pour un placement de long terme ! Pourtant, de très nombreux salariés se trouvent aujourd’hui dans cette situation : les FCPE monétaires représentaient 19 milliards d’euros fin juin 2010, soit 22 % de l’encours total des FCPE. Il est à noter que de nombreux salariés de sociétés cotées, mais aussi parfois non cotées, ont la possibilité d’investir, via leur PEE, dans les actions de leur entreprise.

Mieux, les entreprises versent généralement un abondement supérieur si le salarié opte pour le fonds d’actionnariat salarié du groupe. Un avantage à double tranchant : même avec un abondement supérieur, il serait risqué de placer l’intégralité de votre épargne salariale sur une seule action. Surtout si votre entreprise va mal et que le cours de Bourse chute, au moment où vous avez besoin de votre épargne…

« De nombreuses entreprises ont tiré les leçons des crises de 2000 et 2008 : désormais, les politiques d’abondement sont plus équilibrées afin d’inciter les salariés à diversifier leur épargne sur plusieurs fonds », explique Laure Delahousse, directrice de l’épargne salariale et de l’épargne retraite à l’Association française de gestion (AFG). Un travail de longue haleine, puisque les fonds d’actionnariat salarié représentent encore 40 % de l’encours total des FCPE.

Vous pouvez également gérer votre épargne salariale dans une optique de moyen terme, par exemple pour vous constituer un apport en cas d’acquisition de votre résidence principale dans deux ou trois ans. En effet, si votre épargne, dans le cadre d’un PEE, est en principe indisponible pendant cinq ans, de date à date pour chacun de vos versements, vous pouvez la débloquer par anticipation et sans pénalités fiscales dans certaines situations.

 

Quand épargne salariale rime avec solidarité

 Depuis le 1er janvier 2010, les salariés doivent avoir accès à au moins un fonds solidaire dans le cadre d’un plan d’épargne entreprise (PEE), comme dans un plan d’épargne retraite collectif (Perco). Ces fonds ont pour obligation de consacrer 5 à 10 % de leur actif au financement d’entreprises solidaires ayant reçu un agrément préfectoral. Soit par une prise de participation au capital d’une structure solidaire, soit à travers un prêt accordé par le fonds à la structure solidaire à un taux très avantageux.

Le solde du portefeuille - c’est-à-dire les 90 % restant - peut être investi librement en actions, en obligations, ou sur les deux classes d’actifs. Il est à signaler que la plupart des fonds solidaires sont gérés avec une approche socialement responsable. Cela signifie que leur portefeuille est investi en tenant compte de critères extra-financiers, comme le respect de l’environnement, en plus des traditionnels ratios financiers.

« Penser sa rémunération à l’échelle d’une vie plutôt que d’une année. »

L’expert Xavier de Yturbe, délégué général de Fondact

"La tentation d’augmenter ses revenus en percevant immédiatement son intéressement ou sa participation, plutôt que de les bloquer au sein d’un plan d’épargne entreprise (PEE), est fréquente, notamment pour les plus bas salaires. Mais il est important pour les salariés de penser leur rémunération à l’échelle de leur vie, plutôt que d’une année. En alimentant leur PEE, ils peuvent, par exemple, se constituer un apport pour acheter leur résidence principale. L’épargne salariale est parfois la seule épargne des familles. Il est donc impératif d’améliorer la connaissance des différents dispositifs pour inciter les salariés à prendre en main cette épargne. Nous pensons que les entreprises ont un rôle pédagogique à jouer, via les directions des relations humaines. La mise en place d’une formation pour tous les salariés serait, par exemple, un grand pas en avant".

Plan d'épargne entreprise : les cas de déblocage anticipé

Il existe plusieurs cas de déblocage anticipé d’un PEE : mariage ou pacs, naissance ou adoption d’un troisième enfant, divorce, décès ou invalidité, rupture du contrat de travail, création d’entreprise, surendettement, ou encore acquisition de la résidence principale. Autrement dit, vous pouvez alimenter votre PEE en y versant votre intéressement, votre participation, en ajoutant des versements libres pour bénéficier de l’abondement, tout en sachant que vous récupérerez ces sommes dans un délai court pour financer votre logement.

« Alimenter son PEE pour se constituer un apport en vue d’acheter sa résidence principale est une bonne stratégie, mais attention à choisir un support prudent pour éviter de prendre un risque sur une courte période », conseille Pascale Micoleau-Marcel, déléguée générale de La Finance pour Tous.

Veillez aussi à bien vous renseigner auprès de l’établissement gestionnaire sur la procédure à suivre et les délais nécessaires pour débloquer votre épargne le moment venu. Enfin, l’épargne salariale peut aussi être utilisée comme outil de préparation de la retraite. Rien n’oblige en effet à débloquer les sommes devenues disponibles au bout de cinq ans sur votre PEE. Vous pouvez les laisser fructifier jusqu’à votre retraite, y compris si vous changez d’employeur entre-temps : vous ne pourrez plus effectuer de versements, mais votre PEE continuera à fructifier.

Le Perco, une épargne faite pour la retraite

Par ailleurs, un autre outil d’épargne salariale a pu être mis en place par votre entreprise dans l’optique de préparer la retraite : le plan d’épargne retraite collectif (Perco). Crée en 2003, ce dispositif ressemble dans les grandes lignes au PEE, avec une différence de taille : les sommes ne deviennent disponibles que lorsque le salarié prend sa retraite. Vous pouvez alors choisir entre une sortie en rente viagère ou en capital. À noter : le Perco prévoit quelques cas de déblocage anticipé, dont l’acquisition de la résidence principale, mais ce n’est pas l’objectif premier de ce plan.

« Le Perco est un produit idéal pour préparer sa retraite, estime Olivier Eon, expert indépendant en produits financiers. Les salariés ayant la chance d’en bénéficier ont intérêt à l’alimenter au maximum. À défaut, on peut aussi parfaitement utiliser un PEE dans le même but. » Aujourd’hui, 115 000 entreprises proposent un Perco à leurs salariés.

S’agissant d’un produit d’épargne retraite, les sommes placées sur le plan doivent être gérées en fonction de votre âge, donc de la durée vous séparant de la retraite. Il convient ainsi de sécuriser votre portefeuille au fur et à mesure que cette échéance approche : un salarié de 40 ans peut se permettre d’y investir uniquement sur des fonds risqués, mais il devra arbitrer en faveur de fonds équilibrés, puis sécurisés à l’approche de la soixantaine pour ne pas mettre en danger son futur complément de retraite.

Bonne nouvelle, tous les Perco doivent désormais permettre aux salariés de disposer d’un service de gestion pilotée en fonction de leur âge. Dans ce cas, la sécurisation est mise en œuvre automatiquement, au fil du temps, sans avoir à intervenir. Il vous suffit d’opter pour cette gestion pilotée, mais ce n’est pas obligatoire !

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