Où placer notre épargne de précaution en 2020 ?

Depuis la crise sanitaire due au coronavirus et le ralentissement de l’économie, Luc et Fanny craignent de perdre leur emploi et veulent donc sécuriser au maximum leur épargne. Tout placer sur un livret A est-elle la solution la plus intéressante, ou faut-il préférer l'épargne logement, ou encore une assurance-vie ?

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9mn de lecture
L'argent dans un couple, où le placer et pourquoi en faire
© Istock / AzmanL.

Pendant la crise due au coronavirus, Fanny et Luc se sont retrouvés tous les deux au chômage partiel. Même s’ils sont chacun en CDI et gagnent respectivement 1 400 euros et 1 700 euros net par mois, ces quadragénaires mariés depuis quinze ans s’inquiètent pour leur avenir professionnel. Compte tenu de l’évolution chaotique des marchés boursiers au cours des dernières semaines, de leur situation professionnelle incertaine ainsi que de leur volonté de devenir propriétaires à court terme, Fanny et Luc veulent protéger leurs économies. Ils se demandent quelle stratégie de placement privilégier pour répondre au mieux à leur besoin de sécurité.

Philippe Crevel, économiste et directeur du Cercle de l’épargne, leur propose trois solutions.

Placer leurs économies sur des livrets défiscalisés

Dès leurs premiers salaires, Fanny et Luc ont pris l’habitude de mettre chaque mois de l’argent de côté. Au total, et grâce à un petit héritage dont a bénéficié Luc, le couple dispose d’un matelas de 48 000 euros. Locataires de leur appartement à Nancy, l’un et l’autre désirent utiliser une partie de leur épargne comme apport pour l’achat de leur résidence principale. Ils ne souhaitent donc pas prendre de risque avec leur argent et veulent pouvoir y piocher immédiatement quand le besoin se présentera.

Ainsi, ils choisissent de tout verser sur des livrets réglementés, des livrets d'épargne (livret A et LDDS, par exemple) dont les règles de fonctionnement (taux d'intérêt, montant maximum de versement et modalité de placement) sont fixées par l'État. Prudents, ils répartissent leur pécule entre leur livret A et leur livret de développement durable et solidaire (LDDS) respectifs qu’ils ont ouverts dans deux banques différentes au cas où l’une d’entre elles fasse faillite. Cette stratégie se révèle rassurante pour eux, ce type de livrets leur accordant un rendement garanti avec un taux d’intérêt fixe, révisable au maximum quatre fois par an par l’État. Autre avantage, ils peuvent procéder à des virements et à des retraits aussi souvent qu’ils le veulent. Et ce, sans frais. Mieux, les intérêts que leur rapporte chaque année leur argent ainsi placé ne sont pas soumis à imposition.

Le taux d'intérêt des livrets réglementés est très bas

Pour autant, cette décision de sécuriser au maximum leur épargne n’est pas la solution financièrement la plus intéressante. En effet, si les sommes mises de côté sur ces livrets sont rémunérées selon la règle des quinzaines (mode de calcul de la rémunération des livrets d'épargne selon laquelle les intérêts gagnés sont calculés à partir des sommes présentes sur le compte le 1er et le 16 de chaque mois), le taux d’intérêt actuellement servi s’établit à 0,5 % net, un niveau extrêmement faible qui ne couvre même plus l’inflation. Et ce, même si celle-ci devrait baisser en 2020, après la crise sanitaire.

Autrement dit, en plaçant leur épargne sur leur livret A ou leur LDDS, Fanny et Luc perdent de l’argent en croyant en gagner.

À noter : le montant maximum de versements autorisés est fixé à 22 950 euros sur un livret A et à 12 000 euros sur un LDDS, sans compter les intérêts encaissés.

Mettre son argent dans des plans épargne logement

Rétifs à l’idée que leur épargne soit très faiblement rémunérée, Luc et Fanny choisissent de privilégier des produits de placement sécurisés mais offrant un peu plus de rendement. Ils décident alors de placer une partie de leur argent sur des plans épargne logement (PEL).

Cette solution leur paraît d’autant plus intéressante qu’il s’agit, tout comme le livret A ou le LDDS, d’un compte d’épargne réglementée dont le capital est garanti et qui produit des intérêts au 31 décembre de chaque année. Quant au taux de rémunération servi, il est là encore fixé par l’État, mais surtout déterminé une fois pour toutes lors de l’ouverture du plan. En plus, s’ils le souhaitent, ils peuvent obtenir sous conditions un prêt immobilier à taux privilégié.

Les intérêts des plans épargne logement dépendent de leur année d'ouverture

Sauf que, pour déterminer si cette option leur sera plus favorable que la précédente, il faut tenir compte du fait qu’ils sont déjà titulaires d’un PEL ou pas. Car le taux de rémunération de ce type de plan varie selon la date à laquelle il a été ouvert, de même que la fiscalité applicable aux intérêts perçus.

Alors que Luc possède un PEL depuis janvier 2015 et l’alimente chaque année à hauteur du minimum annuel obligatoire (540 euros), Fanny, elle, n’en a pas encore. Or, du fait des nouvelles règles de fonctionnement des PEL ouverts à partir de 2018, elle n’a aucun intérêt à mettre de l’argent de côté sur ce type de produit. En effet, non seulement le taux de rémunération qui lui sera proposé s’élèvera seulement à 1 % mais, en plus, les intérêts qu’elle aura engrangés seront soumis à l’impôt et aux prélèvements sociaux. Soit, finalement, un rendement net pour son épargne de 0,7 %.

Du moins, en théorie. Car si elle décide, pour financer le projet d’achat de résidence principale de son couple, d’effectuer un retrait sur son PEL moins de deux ans après son ouverture, ses intérêts seront recalculés à un taux inférieur (actuellement, à 0,25 % avant impôt et prélèvements sociaux, soit bien moins qu’un livret A). Luc, en revanche, a tout à gagner à le faire dans la mesure où son plan, vieux de plus de cinq ans, lui rapporte 2,5 % par an d’intérêts exonérés d’impôt mais qui restent soumis aux prélèvements sociaux.

Déposer ses économies sur des contrats d’assurance-vie

La crise sanitaire n’a rien changé au désir du couple de devenir propriétaire. Et de profiter des taux d’intérêt restant encore bas des crédits immobiliers pour acheter leur résidence principale. Ils auront besoin de puiser dans leur épargne rapidement pour financer leur apport et ils trouvent dommage que les intérêts du PEL de Fanny soient recalculés à la baisse si elle venait à retirer l’argent de son plan avant deux ans. Leur banquier leur conseille donc de souscrire des contrats d’assurance-vie.

En apparence, ce type de produit ne correspond pas à l’objectif de Fanny et Luc qui est de sécuriser au maximum leur épargne. Mais c’est pourtant pour eux la solution la plus avantageuse. Car une assurance-vie se compose de différents supports. Si certains, dits « en unités de compte » (UC), sont investis sur les marchés financiers – ce qui par conséquent entraîne un risque de perte en capital –, d’autres dits « fonds en euros » sont des produits sans risque, où les sommes placées sont totalement garanties. Ainsi, ils décident de tout placer sur les fonds en euros.

Malgré la facturation de frais de gestion (en général, de 0,3  % à 1  % de l’encours selon les contrats), ce choix se révèle d’autant plus judicieux qu’en 2019, les supports en euros des contrats d’assurance-vie ont été rémunérés en moyenne 1,40 % net de frais, mais avant fiscalité. De plus, contrairement aux idées reçues, même placé sur une assurance-vie, leur argent reste disponible. Ils peuvent piocher quand ils le souhaitent dans leur épargne.

Seule conséquence pour Fanny et Luc, s’ils décident de récupérer avant huit ans tout ou partie des sommes ainsi mises de côté, leurs gains seront fiscalisés plus lourdement. Ils auront alors le choix entre les soumettre au prélèvement forfaitaire obligatoire (PFU) au taux de 30 % ou les intégrer dans leurs revenus soumis à l’impôt au barème progressif. Sauf que, en choisissant cette seconde option, ils devront s’acquitter en plus de prélèvements sociaux au taux de 17,2 %.

Quelle que soit leur décision en matière de fiscalité, ils dégageront toutefois un rendement net autour de 1 % si la moyenne de la rémunération servie par les fonds en euros se maintient à son niveau actuel. Soit, en définitive, environ deux fois plus que le taux d’intérêt actuellement garanti par leur livret A.

Récapitulatif des 3 options de placement

 

Les +

Les –

Solution 1

Livret A et livret de développement durable et solidaire (LDDS)

- Capital placé garanti

- Taux de rémunération fixé par l’État

- Versement et retrait d’argent à tout moment

- Aucuns frais

- Intérêts exonérés d’impôt

- Rémunération très faible (actuellement, 0,5 % net)

Solution 2

Plan d’épargne logement (PEL)

- Capital placé garanti - Taux d’intérêt fixé par l’État et figé pour toute la durée de vie du plan

- Versement et retrait d’argent à tout moment

- Aucuns frais

- Intérêts des PEL d’avant 2018 exonérés d’impôt mais pas des prélèvements sociaux

- Obtention sous conditions d’un prêt immobilier à taux privilégié

- Obligation de verser au minimum 540 euros par an

- Intérêts des PEL ouverts à partir de 2018 soumis à l’impôt et prélèvements sociaux

- Taux de rémunération des PEL ouverts à partir de 2018 (actuellement, 1 % brut )

- En cas de retrait avant deux ans, taux de rémunération recalculé à la baisse (actuellement, à 0,25 % brut)

Solution 3

Contrat d’assurance-vie

- Capital placé sur le fonds en euros du contrat garanti

- Versement et retrait d’argent à tout moment

- Taux de rémunération des fonds en euros assez attractif (1,40 % brut en 2019)

- Capital placé sur les fonds en unités de compte du contrat non garanti

- Frais de gestion facturés

- Gains soumis au prélèvement forfaitaire obligatoire à 30 % ou à l’impôt au barème progressif et aux prélèvements sociaux

Et si la banque fait faillite, que devient notre argent ?

Même si l’une ou plusieurs de vos banques font faillite, vous ne perdez pas toutes vos économies ! Grâce au fonds de garantie des dépôts et de résolution (FGDR), celles-ci sont couvertes à hauteur de 100 000 euros maximum par établissement défaillant et par déposant. Et ce, quel que soit le compte sur lequel vous avez déposé votre argent (compte courant, livret bancaire, PEL, CEL, etc.). Autre bonne nouvelle, l’épargne placée sur un livret A, un LDDS ou un LEP est garantie en totalité par l’État et n’entre donc pas dans le calcul du plafond des 100 000 euros.

df
Anne-Lise Defrance
Publié le

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