Débuter en Bourse : les erreurs à éviter

Certains ménages aimeraient diversifier leurs placements mais redoutent de s’y mettre par peur de perdre leurs billes. Voici les comportements à bannir pour réussir vos investissements boursiers.
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Les actions sont des produits volatils.
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Se lancer sans s’informer

La Bourse n’est pas un jeu. Le contexte économique change vite, et investir au hasard est le meilleur moyen de perdre votre argent. Avant de vous lancer, il est indispensable de vous renseigner sur les différents produits boursiers (actions, obligations, Sicav, etc.), sur leur rentabilité et sur les risques qu’ils comportent. Vous devrez aussi vérifier la santé financière et les perspectives des sociétés dont vous souhaitez acquérir des titres. Première étape, consultez les sites internet spécialisés, comme Boursorama, ABC Bourse ou Bourse Direct. Vous y trouverez gratuitement les cotations des principales valeurs, l’évolution des indices boursiers, des analyses des marchés financiers et les dernières actualités intéressant les sociétés cotées. Pour compléter vos connaissances, lisez régulièrement la presse économique et financière, imprimée ou en ligne. Épluchez les informations émises directement par les émetteurs des titres. Les communiqués, les rapports et les comptes que les sociétés cotées publient périodiquement (souvent disponibles sur leur site internet) vous permettront de vous faire une idée de leur santé financière, même s’ils sont parfois complexes à déchiffrer.

Ne pas se fixer d’objectif

On n’achète pas des actions comme on souscrit un livret A. Vous avez intérêt à définir votre stratégie avant d’ouvrir votre compte-titres. Dans quels secteurs d’activité et quelles zones géographiques souhaitez-vous investir ? Votre placement est-il avant tout destiné à vous servir un dividende régulier ou à générer une plus-value lorsque vous le liquiderez ? Voulez-vous entrer au capital de grandes entreprises ou de PME en développement ? Les réponses à ces questions vous permettront de déterminer les valeurs qui composeront votre portefeuille.

Attention, les actions sont des produits volatils. Il est préférable de vous fixer un objectif de gains et un plafond de pertes dès le départ, et de vous y tenir par la suite. « Pour beaucoup de particuliers qui investissent en Bourse, ce n’est jamais le bon moment pour vendre, constate Joël Freymond, spécialiste des placements financiers. Lorsqu’une action a beaucoup baissé, on n’a pas envie de s’en séparer, car on perdrait de l’argent. Mais quand elle monte régulièrement non plus, car on ne veut pas rater sa hausse future. » Pour garder la mainmise sur vos investissements boursiers, vous devrez savoir prendre vos bénéfices lorsque vos titres se seront fortement valorisés, mais aussi limiter vos pertes si la Bourse se retourne.

Investir à court terme

Les actions ne sont pas adaptées à la constitution d’une épargne de précaution qui doit rester disponible à tout moment. Certes, vous pourrez revendre vos titres en cas de besoin pour récupérer vos fonds, mais si leur cours a baissé depuis que vous les avez acquis, vous subirez une perte. N’investissez en Bourse que l’argent dont vous ne risquez pas d’avoir besoin à court terme. Les actions peuvent connaître des fluctuations importantes dans les deux sens. Il faut donc avoir du temps devant soi pour acheter ou vendre au bon moment. Vous devez investir en Bourse dans une perspective de moyen à long terme, de manière à gommer l’effet des fluctuations des marchés à court terme, ce qui n’exclut pas des résultats plus rapides.

Acheter en une seule fois

Si vous placez votre argent en une seule fois, vous risquez d’investir au moment où le cycle boursier est au plus haut. Vos perspectives de gains à la revente seront limitées et les risques de pertes élevés. Au contraire, si vous achetez des actions de manière régulière, tous les mois ou tous les trimestres par exemple, vous lisserez leur prix moyen d’acquisition dans la durée. Vous en achèterez davantage lorsque leur cours baissera et moins lorsqu’il montera. Cela vous permettra de saisir les opportunités qui se présentent sur les marchés financiers pour diversifier votre portefeuille conformément à votre stratégie. Avantage supplémentaire de l’investissement fractionné, votre effort d’épargne sera moins soutenu : vous investirez de manière progressive en fonction de vos rentrées d’argent et de votre épargne disponible.

Bon à savoir : acheter des parts de Sicav plutôt que des actions permet de déléguer la gestion de ses actifs boursiers à un professionnel de la finance. Les trackers qui reproduisent les performances d’un indice boursier (le CAC 40, par exemple) sont aussi une bonne solution pour démarrer en Bourse.

Mettre tous ses œufs dans le même panier

Acheter des actions, c’est lier le sort de votre argent à celui d’entreprises. Ce peut être la meilleure ou la pire des choses selon celles que vous allez choisir. « Pour diversifier les risques, vous devez les répartir entre plusieurs secteurs d’activité parmi les plus porteurs. Une diversification par zone géographique est aussi préférable, conseille Joël Freymond. Optez toujours pour les entreprises de première qualité figurant parmi les leaders de leur secteur, qui versent une rémunération régulière à leurs actionnaires. Leurs titres coûtent plus cher mais leur performance est meilleure sur le long terme, et surtout, le risque d’accident est réduit. »

Idéalement, vous panacherez vos investissements entre grandes valeurs et petites ou moyennes capitalisations, et votre portefeuille comptera 10 à 15 lignes de titres. Inutile d’en avoir davantage car vous aurez des difficultés à suivre l’évolution de votre portefeuille s’il est trop dispersé.

Ne pas surveiller les frais

Investir en Bourse n’est pas gratuit. Vous devrez acquitter des frais de courtage pour vos achats et ventes d’actions. Par ailleurs, des droits de garde seront facturés par votre banque pour assurer la conservation de vos titres. Si vous passez par un courtier en ligne, des frais d’abonnement (ou d’inactivité) pourront vous être réclamés si vous ne passez pas assez d’ordres. Soyez attentif à ces frais car ils peuvent être pénalisants lorsque les montants investis et le nombre de transactions boursières annuelles sont faibles. Selon la dernière enquête de l’Autorité des marchés financiers (AMF), les tarifs constatés en août 2018 oscillaient en moyenne entre 0,15 % et 0,52 % du montant de l’ordre d’achat ou de vente d’actions pour les frais de courtage, et entre 0,26 % et 0,48 % du montant du portefeuille pour les droits de garde. Mais il existe des écarts importants selon la banque ou le courtier choisi. Pour investir à moindre coût, faites jouer la concurrence.

Bon à savoir : les produits dérivés investis en actions, Sicav et fonds communs de placement (FCP) génèrent des droits d’entrée qui grèvent votre investissement avant même qu’il devienne productif. Des frais de gestion (et de mandat, le cas échéant) sont aussi prélevés chaque année. Les trackers coûtent beaucoup moins cher.

Vendre au son du canon

Acheter au son du canon et vendre au son du violon : ce vieil adage boursier signifie qu’il faut investir lorsque les marchés baissent et vendre lorsqu’ils montent. Hélas, les petits porteurs ont souvent tendance à faire l’inverse. Dominés par leurs émotions, ils vendent lorsque tout va mal (de peur de tout perdre) et achètent lorsque la Bourse se porte bien (rassurés par ses bonnes performances). « Il suffit de regarder un graphique de l’évolution des cours sur une longue période pour voir que ces phases de déprime et d’euphorie se succèdent. Il faut savoir en profiter », indique Joël Freymond. Les périodes boursières difficiles sont le meilleur moment pour faire des achats à bon compte car les prix sont alors très bas. À l’inverse, lorsque la conjoncture économique est porteuse et tire le cours des actions vers le haut, il faut savoir s’en séparer pour prendre ses bénéfices avant qu’il ne soit trop tard.

df
Olivier Puren
Publié le