Violences et racisme dans la police : ce que le gouvernement veut faire

Le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, a annoncé lundi une série de mesures, conformément à la volonté du président Emmanuel Macron.

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Police
Le chef du gouvernement, Edouard Philippe, et le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner samedi à Evry (Essonne). © Ludovic Marin – Pool New – Reuters

L’exécutif craint une montée de la mobilisation contre les violences et le racisme dans la police. Le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, a fait lundi 8 juin une intervention sur ce thème depuis le commissariat d’Evry (Essonne), à « la demande expresse » du président de la République, Emmanuel Macron, selon Le Monde. Des manifestations interdites ont rassemblé 23 300 personnes samedi 6 juin, d’après les calculs du ministère. La mort de George Floyd, un Noir américain mort au cours de son interpellation le 25 mai, a provoqué une intense mobilisation à travers le monde. La famille d’Adama Traoré y voit un écho avec le décès de ce jeune Noir, qui a perdu la vie en 2016 dans la caserne de gendarmarie de Persan (Val-d’Oise).

Si Christophe Castaner réfute la comparaison entre la France et les Etats-Unis, il a dans sa conférence de presse détaillé une série de mesures pour lutter contre les violences et le racisme dans la police.

Suspension pour propos racistes

Le ministre de l’Intérieur souhaite « qu’une suspension soit systématiquement envisagée pour chaque soupçon avéré d’actes ou de propos racistes ». Peu claire, l’expression de « soupçon avéré » renferme une contradiction. Puisqu’ils ne visent que des faits non démontrés, donc incertains, les soupçons ne portent pas toujours sur des événements qui ont effectivement eu lieu.

« Je veux également que les procédures disciplinaires soient toujours engagées en parallèle des procédures pénales », a affirmé Christophe Castaner.

Pour lui, « il n’y a pas d’institution raciste ou de violence ciblée ». « Je ne laisserai pas les agissements odieux de certains jeter l’opprobre sur toute une institution », a estimé le ministre de l’Intérieur, selon qui « ces dernières semaines, trop ont failli dans leur devoir républicain ». Plusieurs médias, comme StreetPress, ont révélé ces derniers jours des discussions à caractère raciste entre policiers sur Facebook ou sur WhatsApp.

Interdiction de la clé d’étranglement

La clé d’étranglement, une technique d’interpellation utilisée par les forces de l’ordre, va être interdite, ainsi que le recommande un groupe de travail qui a remis son rapport à Christophe Castaner.

La technique du plaquage ventral n’est pas proscrite. Les proches d’Adama Traoré dénoncent cette technique comme étant à l’origine de la mort du jeune homme.

Un livreur à scooter, Cédric Chouviat, a fait l’objet d’une clé d’étranglement et d’un plaquage ventral lors d’un contrôle routier à Paris, en janvier 2020, d’après les avocats de la famille.

Instruction sur les contrôles d’identité et renforcement de l’usage des caméras-piétons

Le ministre de l’Intérieur compte transmettre « une instruction à tous les services de police et de gendarmerie afin de rappeler le cadre des contrôles d’identité », qui ne peuvent avoir aucun caractère discriminatoire.

« Je demande également que l’usage des caméras-piétons soit renforcé lors des contrôles d’identité », a-t-il précisé.

Mais le déclenchement de ces appareils est à la main des forces de l’ordre qui en disposent lors de leurs interventions, déplorait mercredi auprès de Dossier Familial Amal Bentousni, membre de l’Observatoire national des violences policières.

Réforme des inspections

Les inspections du ministère de l’Intérieur, soit l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) et l’Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGNN) et l’Inspection générale de l’administration (IGA), vont faire l’objet d’une réforme « en profondeur »

Les changements devront « permettre plus de cohérence, plus de collégialité entre ses inspections et surtout plus d’indépendance dans leur action vis-à-vis des services », a expliqué Christophe Castaner.

Sollication accrue de l’IGPN

L’IGPN a publié lundi son rapport annuel sur 2019. Elle y indique avoir « été saisie de 1 460 enquêtes judiciaires, contre 1 180 l’année précédente ».

« Cette augmentation (23,7 %) par rapport à 2018 s’inscrit dans un mouvement général et continu de hausse, débuté au dernier trimestre de l’année 2018 », ajoute l’IGPN dans son rapport, liant ce phénomène de sollicitation accrue au mouvement des « gilets jaunes ».

Comme l’a remarqué Le Parisien/Aujourd’hui en France, l’expression d’« injures à caractère raciste ou discriminatoire » n’est pas mentionnée dans le document, alors que des statistiques sur de telles infractions figuraient dans les deux précédents rapports. « Il n’y a qu’une trentaine de faits concernant du racisme sur les 1 500 enquêtes judiciaires traitées par l’IGPN en 2019 », avait fait savoir la semaine dernière au quotidien le directeur général de la police nationale (DGPN), Frédéric Veaux.

df
Timour Aggiouri
Publié le

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