Un troisième confinement est-il inéluctable ?

Pour lutter contre la remontée de l’épidémie, le gouvernement a généralisé à toute la France métropolitaine le couvre-feu à 18 heures, sans exclure de prendre une mesure plus sévère. Bercy envisage déjà la possibilité d’un nouveau confinement.

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Confinement
© Daniel Brown/Sipa USA via Reuters

L’exécutif espère ne pas devoir accentuer l’« impression d’un jour sans fin », selon les termes utilisés par Emmanuel Macron dans son discours du 28 octobre. Et pourtant, face à la pandémie de Covid-19, le président de la République n’exclut pas d’imposer un troisième confinement, après celui appliqué entre le 17 mars et le 10 mai inclus et celui, plus léger, mis en œuvre entre le 30 octobre et le 14 décembre inclus.

À Bercy, selon une source ministérielle interrogée jeudi 14 janvier par Dossier Familial, on envisage déjà la possibilité d’un nouveau confinement, justifiant la présentation d’un projet de loi de finances rectificative (PLFR) susceptible de tenir compte des effets d’une telle mesure sur l’activité économique et donc sur le volume de recettes et de dépenses publiques. 

Trois jours plus tôt, le ministre délégué chargé des Relations avec le Parlement, Marc Fesneau, a évoqué sur LCP et Public Sénat la nécessité de garder un temps de débat dans les assemblées pour « peut être » le « besoin qu’on pourrait avoir à un moment d’un projet de loi de finances rectificative, si la crise perdure ». En 2020, le Parlement a adopté quatre lois de finances rectificatives.

Un « nouveau confinement » en cas de « dégradation épidémique forte »

Le Premier ministre, Jean Castex, a annoncé jeudi une généralisation à toute la France métropolitaine du décalage de 20 à 18 heures du couvre-feu, une mesure qui visait jusque-là vingt-cinq départements. Mais il n’a pas écarté l’hypothèse d’un confinement.

« À l’heure où je vous parle, la situation sanitaire n’exige pas que nous mettions en place un nouveau confinement, qui constituerait une décision très lourde, dont nous connaissons le coût humain, économique et social », a expliqué le chef du gouvernement dans une conférence de presse.

« Je vous rappelle que lorsque nous avons décidé le second confinement fin octobre, nous observions de l’ordre de 50 000 contaminations par jour, contre 16 ou 17 000 aujourd’hui. C’est bien moins également que les niveaux observés aujourd’hui dans les pays autour de nous où l’épidémie flambe. La situation hospitalière était également beaucoup plus tendue », a souligné Jean Castex.

« Mais je veux être parfaitement clair avec vous : si nous constatons dans les prochains jours une dégradation épidémique forte, nous serions conduits à décider sans délai d’un nouveau confinement », a averti ensuite le Premier ministre, qui exclut l’hypothèse de la fermeture des écoles, sauf en cas d’extrême nécessité.

Les scénarios du conseil scientifique

En imposant un couvre-feu à 18 heures à tout l’Hexagone, l’exécutif n’a pas strictement appliqué les recommandations du conseil scientifique.

Le groupe, qui l’éclaire dans la crise sanitaire, avait, dans un avis transmis mardi aux autorités, actualisé le lendemain et publié vendredi (à télécharger ici), présenté plusieurs scénarios :

  • un couvre-feu national généralisé à partir de 18 heures ;
  • un couvre-feu national généralisé à partir de 18 heures ainsi qu’un confinement dans certaines régions ou métropoles plus à risque avec une restriction des déplacements inter-régionaux ;
  • un confinement du même type que celui de l’automne ;
  • un confinement strict proche de celui décidé en mars, pour une période limitée suivie d’une période de couvre-feu.

Tout en admettant que « la décision est politique » et qu’elle « doit tenir compte d’autres enjeux que sanitaires, en particulier économiques et sociétaux », le conseil scientifique préconisait de retenir le scénario d’« un couvre-feu généralisé à partir de 18 heures, associé ou non, à un confinement dans les régions ou métropoles à risque, ou un confinement aménagé ». Il conseillait d’imposer « une limitation des déplacements inter-régionaux », quelle que la solution retenue.

Une remontée inexorable

À en croire Arnaud Fontanet, membre du conseil scientifique, la forte contagiosité de certains variants du Covid-19, dont celui apparu en Angleterre, présage une remontée inexorable de l’épidémie.

« Les scénarios montrent qu’on devrait arriver à tenir jusqu’au mois de mars. Malheureusement, par rapport aux variants, qui sont vraiment un changement dans la donne de cette épidémie, je n’ai pas d’argument rationnel pour vous dire qu’on ne va pas subir une progression de l’épidémie qui pourrait commencer en mars-avril », a indiqué l’épidémiologiste au Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro.

Si Arnaud Fontanet a jugé positive la volonté de l’exécutif « de tout tenter pour ne pas aller vers un confinement, qui est une mesure toujours extrêmement lourde au niveau économique et social », il a rappelé que « plus les mesures sont prises tôt, plus elles sont efficaces ».

L’« espoir majeur » de la campagne de vaccination

La montée en puissance de la campagne de vaccination, qui a débuté le 27 décembre mais dont de nombreuses voix parmi les scientifiques et dans les oppositions critiquent la lenteur, ne va pas permettre une sortie de la crise sanitaire en quelques semaines.

« Les vaccins constituent un espoir majeur pour limiter l’impact, voire résoudre en grande partie la pandémie […]mais pas avant l’été-automne 2021 », estime le conseil scientifique dans son avis. La boucle temporelle du « jour sans fin » se refermera.

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