Sauf pour les fruits et légumes, l’augmentation des prix des aliments est une illusion

La hausse perçue des montants demandés est un trompe-l’œil dû au changement forcé des habitudes des consommateurs, affirment les enseignes de la grande distribution.

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Dans un magasin Carrefour, à Gennevilliers (Hauts-de-Seine), le 13 mars.
Dans un magasin Carrefour, à Gennevilliers (Hauts-de-Seine), le 13 mars. © Benoit Tessier – Reuters

Le confinement, mis en place depuis le 17 mars pour limiter la propagation du coronavirus, accélère l’activité de la grande distribution. La population achète davantage de produits alimentaires qu’avant la crise sanitaire, comme l’illustrent les excellents résultats pour le premier trimestre publiés jeudi 23 avril par le groupe Casino (Franprix, Géant, Monoprix, etc.). Profitant de cette forte demande contrainte, les enseignes ont-elles augmenté leurs prix, comme le déplorent certaines personnes ?

Sollicité par Dossier Familial, le porte-parole de Système U, une autre des principales enseignes du pays, s’insurge. « Avez-vous déjà entendu des consommateurs dire que les prix baissent ? demande Thierry Desouches. Comme le calcule la société IRI à partir de milliers de références, les prix des produits de grande consommation, ce qui inclut l’épicerie, l’hygiène et la parfumerie, ont diminué de 0,15 % au mois de mars. »

D’après une étude publiée le 22 avril par cette entreprise spécialisée dans l’analyse de données, le constat d’une « absence d’inflation » vaut notamment pour « les produits les plus achetés », comme le papier toilette, dont les prix ont très faiblement progressé, le riz et les pâtes, aux prix en léger repli.

Quasi-stagnation en mars

Des données diffusées le 15 avril par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) vont dans le même sens. Elles montrent une quasi-stagnation des « prix de produits de grande consommation vendus dans la grande distribution » en mars.

Les montants exigés « sont en hausse de 0,1 % sur le mois », comme en février, fait savoir l’Insee. « Dans la grande distribution, le début du confinement lié au Covid-19 n’a globalement pas eu d’effet sur l’évolution des prix des produits de grande consommation »,  souligne l’organisme.

Les prix des produits alimentaires ont crû de 0,1 %, tandis que les montants exigés pour les produits d’entretien, d’hygiène et de beauté ont reculé de 0,3 %, détaille l’institut.

Des fruits et légumes plus chers... mais français

Thierry Desouches admet néanmoins une augmentation des prix des fruits et légumes. « Ces produits coûtent plus cher car les distributeurs privilégient un approvisionnement français, suivant la demande du gouvernement et Christiane Lambert », la présidente de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), affirme le porte-parole de Système U. « Par exemple, la fraise française est 50 % plus chère que la fraise espagnole. Cela s’explique par le fait que le coût de la main-d’œuvre est plus faible en Espagne qu’en France », rappelle notre interlocuteur.

Les prix des fruits et légumes ont bondi en moyenne de 9 % entre la semaine du 2 mars et celle du 6 avril, évalue l’Union fédérale des consommateurs-Que Choisir. Cette association agréée de consommateurs reconnaît l’effort des enseignes d’acheter des produits du pays, dans son étude parue le 22 avril. « Les variétés françaises sont souvent plus qualitatives, donc plus chères, que les produits importés », admet-elle.

L’UFC-Que Choisir lie également la progression des prix au ralentissement des importations, « compliquées par les difficultés dans les transports internationaux, mais aussi par les conséquences de l’épidémie de Covid-19 dans les autres pays », comme « l’Espagne ».

La structure évoque en plus l’évolution « des tarifs du transport (les camions font les retours à vide, ce qui renchérit le prix), des coûts de main d’œuvre (qui augmentent dans certains cas de 10 à 20 %, faute de travailleurs saisonniers) et des frais liés aux emballages ». « Les consommateurs craignant la contamination via les aliments (pourtant peu probable), ils se tournent massivement vers les fruits et légumes emballés », ce qui participe au succès du bio, précise l’association.

La loi de l’offre et de la demande au détriment des consommateurs et l’imprévisibilité du climat contribuent à la variation des prix.

Pourquoi cette impression d’inflation ?

Mais, en dehors des fruits et légumes, le sentiment d’inflation relève d’une illusion due au changement forcé des habitudes des consommations, estiment les enseignes.

« Les Français font plus de courses pour avoir à les faire moins souvent et parce que davantage de repas ont lieu à la maison (pas de cantine, de restauration d’entreprise…) », remarque auprès de Dossier Familial la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), organisation professionnelle qui regroupe la plupart des enseignes de la grande distribution, alimentaire ou non.

« La hausse du panier moyen a un effet psychologique », observe Thierry Desouches.

Moins de promotions

Les Editions Dauvers, du nom d’un spécialiste du secteur, citent d’autres éléments contribuant au sentiment d’augmentation, parmi lesquelles la baisse du nombre de promotions.

« L’arrêt de la distribution des prospectus a rendu les enseignes en apparence moins agressives », indiquent les Editions Dauvers dans un document en ligne, ajoutant que des entreprises ont suspendu « leur plan d’actions commerciales avant de le reprendre ».

Certains assortiments de produits qui devaient être vendus en promotion « ne sont pas livrés en magasin » en raison des « difficultés logistiques ».

Les ruptures de stocks amènent les consommateurs à se rabattre sur les produits « encore disponibles, souvent plus haut de gamme ». « C’est notamment ainsi que s’explique la progression actuelle du bio, largement supérieure à la moyenne », est-il encore écrit dans l’analyse.

Les restrictions de déplacement ont un impact sur les types de magasins fréquentés. Les consommateurs ont dû « modifier leurs habitudes, au profit de points de vente plus proches ».

Selon les Editions Dauvers, « les magasins de proximité profitent de cette nouvelle clientèle » : leur chiffre d’affaires grimpe de « 30 %, soit environ quatre fois plus que la moyenne ». Les hypermarchés, aux prix plus attractifs, font moins recette qu’avant le confinement.

Des enseignes ont assuré bloquer les prix de certains produits. Pas sûr qu’une telle communication suffise à convaincre.

df
Timour Aggiouri
Publié le

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