Retour à la vie normale souhaité par l’exécutif à la « mi-avril » : est-ce réaliste ?

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Jean Castex, Olivier Véran, masqués
© Alain Jocard – Pool New – Reuters

Les restaurants, les cinémas ou les théâtres vont pouvoir à nouveau accueillir du public en leur sein, le couvre-feu national et les confinements locaux vont s’achever, mais reste à savoir quand. Emmanuel Macron n’évoque plus « l’impression d’un jour sans fin », comme dans son discours du 28 octobre 2020, mais il a donné, lundi 1er mars, un horizon de sortie aux mesures de restriction contre la crise sanitaire due à la pandémie de Covid-19. « Il faut tenir encore quelques semaines, quatre à six semaines », a dit, lors d’un déplacement à Stains (Seine-Saint-Denis), le chef de l’Etat, qui répondait à un jeune homme lui réclamant un décalage du couvre-feu à 19 heures. 

L’Elysée a précisé que cette phrase ne fait « pas référence à un calendrier d’allègements mais à la progression de la vaccination contre le Covid-19 chez les plus âgés », indique Le Journal du dimanche.

Le même jour, au micro de France 2, Olivier Véran a aussi tempéré les propos d’Emmanuel Macron. « Le président rappelle, et il a totalement raison, que hélas sur les quatre à six prochaines semaines, il ne faut pas compter qu’on réduise la voilure des mesures, […] le couvre-feu et les mesures actuelles seront à minimum sur les quatre à six prochaines semaines, et nous espérons évidemment ne pas aller au-delà à l’échelle du pays », a souligné le ministre des Solidarités et de la santé.

Le surlendemain, le porte-parole du gouvernement s’est montré plus positif. « C’est un horizon au bout du tunnel que nous devons toujours avoir en vue. Il ne s’agit pas d’un horizon lointain et incertain. Il s’agit d’un horizon de plus en plus proche, peut-être nous l’espérons dès la mi-avril, auquel nous nous préparons », a expliqué, à l’issue du Conseil des ministres, Gabriel Attal, cité par l’agence de presse Reuters.

« Le président nous a demandé de présenter des dispositifs et des protocoles qui pourraient permettre de rouvrir prudemment mais sûrement le pays dans les prochains temps », a rapporté Gabriel Attal.

La campagne de vaccination et l’arrivée des beaux jours

Jean Castex a vu le 4 mars la vaccination et l’arrivée des beaux jours comme des facteurs permettant d’espérer une levée des mesures de restriction à partir du 15 avril. « Nous pourrons envisager à ce moment de desserrer un certain nombre de contraintes, c’est en tout cas notre objectif clair », a dit le Premier ministre au cours de la dernière conférence de presse gouvernementale consacrée à la situation sanitaire.

« C’est bien d’abord et avant tout le déploiement le plus rapide et le mieux ciblé possible de la campagne vaccinale qui nous permettra de sortir de ce tunnel », a noté Jean Castex.

Selon les prévisions gouvernementales, dix millions de personnes doivent être vaccinées d’ici à la mi-avril. Un mois plus tard, le nombre total de personnes vaccinées doit monter à vingt millions. Trente millions de personnes, soit près de la moitié de la population du pays, doivent être vaccinées d’ici l’été.

En discussion au sein de l’Union européenne (UE), la possible instauration d’un pass sanitaire constitue un moyen potentiel de limiter la circulation du virus.

L’exécutif se trouve sur une ligne de crête

L’exécutif se trouve sur une ligne de crête. À l’approche de la date anniversaire du début du premier confinement national, qui a commencé le 17 mars 2020, il perçoit la lassitude des Français et constate la fragilisation de nombreuses entreprises touchées par les mesures de restriction sanitaire.

L’état psychologique de la population et la crainte d’une nouvelle dégradation de l’activité économique, ont d’ailleurs conduit le président de la République à décider, fin janvier, de ne pas mettre en œuvre un troisième confinement national, en dépit des fortes recommandations de nombreux scientifiques.

Mais l’exécutif se refuse à tenir un discours trop optimiste, propice à un relâchement du respect des mesures de restriction sanitaire et des gestes barrières.

« Un plateau très haut en termes d’occupation des lits d’hôpitaux »

Simon Cauchemez, chercheur en épidémiologie à l’Institut Pasteur, doute d’une amélioration de la situation sanitaire à la mi-avril. « Ce que nos modèles indiquent est qu’au mieux, sans réduction supplémentaire des taux de transmission, dans un mois et demi, on resterait sur un plateau très haut en termes d’occupation des lits d’hôpitaux et de décès quotidiens. C’est très différent de la situation de sortie du premier confinement », a remarqué auprès du Monde ce membre du comité scientifique, chargé d’éclairer l’exécutif dans la crise sanitaire.

Pour Mircea Sofonea, maître de conférences en épidémiologie et en évolution des maladies infectieuses à l’université de Montpellier, le risque de saturation des hôpitaux ne va pas s’éteindre le mois prochain. « Mi-avril, on aura un impact de la vaccination, c’est évident, on aura une baisse de 20 à 30 % par rapport à un scénario sans vaccination, mais attention, on n’aura pas atteint l’immunité collective, donc ça veut dire qu’au moins par endroits, il y aura une progression exponentielle de l’épidémie et donc localement il pourra y avoir des services hospitaliers saturés », a dit Mircea Sofonea sur BFMTV le 3 mars.

Considérations politiques et sanitaires s’entrechoquent.

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