Pourquoi la SNCF peut perdre d’autres lignes que le TER Marseille-Nice

4 min de lecture

Retrouvez ce contenu dans votre compte en cliquant sur ce lien

Ce contenu a bien été ajouté à vos favoris

Voir mes favoris

Ce contenu a bien été supprimé de vos favoris

Voir mes favoris

Pour ajouter ce contenu à vos favoris vous devez être connecté(e)

Me connecter

Pour ajouter ce contenu à vos favoris vous devez être abonné(e)

M'abonner
Nice, gare, TER, agent SNCF
© Judd Brotman

C’est inédit. Pour la première fois, la SNCF va perdre l’exploitation d’une ligne de transport express régional (TER). Le conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur doit voter le 29 octobre l’attribution de l’exploitation de la ligne de train express régional Marseille-Nice à la société Transdev, ainsi que le veut l’exécutif de l’institution que préside Renaud Muselier (Les Républicains, LR).

« Grâce à cette offre, dès 2025, le trafic sera doublé pour un prix équivalent ! », fait savoir la région Provence-Alpes-Côte d’Azur dans un communiqué du mercredi 8 septembre, précisant que le nombre d’allers-retours quotidiens entre Marseille et Nice, en passant par Toulon, va augmenter de 7 à 14 suivant le futur contrat de délégation de service public.

« SNCF Voyageurs souhaite le meilleur succès à Transdev, dans l’intérêt des voyageurs et du développement du transport ferroviaire dans la région », indique la société dans un communiqué de mardi, rappelant être retenue pour l’autre des deux lots proposés par la région, la ligne Etoile de Nice.

La SNCF se montre belle joueuse, mais le vote à venir du conseil régional est susceptible d’annoncer d’autres revers. Comme le rappelle le site SNCF.com, l’ouverture à la concurrence du rail vise :

  • les lignes à grande vitesse (LGV) ;
  • les trains d’équilibre des territoires (TET), dont l’Etat est l’Autorité organisatrice ;
  • le transport express régional (TER), régi par des conventions passées avec les régions, appelées Autorités organisatrices des mobilités (AOM).

La SNCF en concurrence frontale avec Thello sur Paris-Lyon-Milan-Turin

Les LGV, qui constituent le navire amiral de la SNCF, sont devenues accessibles à la concurrence, en dehors de celles soumises à une convention territoriale, depuis décembre 2020. 

La SNCF va se trouver « en concurrence frontale » avec l’opérateur italien Thello, sur la ligne Paris-Lyon-Milan-Turin, à partir du mois d’octobre, rappelle Michel Quidort, vice-président de la Fédération nationale des associations d’usagers des transports (Fnaut), dans un entretien à Dossier Familial. « Il ne s’agira pas d’une délégation de service public, Thello proposera une tarification commerciale », observe Michel Quidort. 

Des appels d’offres pour les trains d’équilibre des territoires et le transport express régional

Depuis décembre 2019, l’Etat et les régions peuvent lancer des appels d’offres pour respectivement les TET et les TER, seulement dans le cadre d’une délégation de service public. La région Provence-Alpes-Côte d’Azur a recouru à la possibilité qui lui était ouverte.

Dès décembre 2023, l’Etat et les régions seront tenus de lancer des appels d’offres à l’expiration des contrats d’exploitation. Ils continueront à fixer les tarifs.

En décembre 2020, le gouvernement a déclaré infructueux, faute de candidats, les appels d’offres qu’il avait lancés pour les lignes de TET Bordeaux-Nantes et Bordeaux-Lyon.

Des règles particulières concernent le réseau Transilien, en Île-de-France : l’ouverture est prévue, selon les lignes, entre 2023 et 2039.

L’exploitation des lignes de fret et de transport international de voyageurs est déjà ouverte à la concurrence.

TER Marseille-Nice : des billets toujours proposés par la SNCF, sans hausse des prix

Lorsque l’exploitation de la ligne Marseille-Nice par Transdev sera effective, « les billets seront toujours disponibles auprès des guichets et des automates de la SNCF », explique Michel Quidort. « Peut-être que Transdev sera autorisé à vendre des billets directement, je l’ignore », ajoute-t-il. Tout dépendra du contrat passé entre l’entreprise et la région Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Pour le vice-président de la Fnaut, aucune hausse des prix n’est à craindre. « Les tarifs vont rester fixés par la région. L’opérateur sait très bien dans quel cadre il va travailler », souligne Michel Quidort, qui précise que la Fédération est favorable à l’ouverture du rail à la concurrence s’opérant « dans le cadre d’une délégation de service public ».

« L’expérience allemande montre que le contribuable est gagnant. En Allemagne, l’exploitation des trains régionaux est ouverte à la concurrence depuis 1995, les régions font des économies grâce à la rationalisation des coûts », estime notre interlocuteur.

Les syndicats de la SNCF craignent que les économies faites soient subies par les personnels de la ligne, qui vont être transférés à Transdev. « Ce modèle est essentiellement basé sur le dumping social, c’est-à-dire sur la dégradation des conditions de travail et de vie des cheminots, alors même qu’elles sont un élément essentiel de la sécurité ferroviaire », a estimé le syndicat SUD-Rail Paca, dans un communiqué cité par l’Agence France-Presse (AFP). Le syndicat souhaite que « l’intégralité des droits et de la réglementation des cheminots soit garantie ».

Si le monopole de la SNCF sur l’exploitation des TER prend fin, la ligne reste sous contrôle public. Le capital de Transdev est détenu à 66 % par la Caisse des dépôts et consignations (CDC), un établissement financier public parfois surnommé « bras financier de l’Etat ».

 

A lire aussi