L’insécurité est-elle en hausse  ?

Le garde des Sceaux, Eric Dupond-Moretti, dément toute augmentation de la « délinquance des mineurs », refusant de reprendre les mots du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, qui observe un « ensauvagement de la société ».

Ce contenu a bien été ajouté à vos favoris dans votre compte

Voir mes favoris

Pour ajouter ce contenu à vos favoris vous devez être connecté(e)

Me connecter

Pour ajouter ce contenu à vos favoris vous devez être abonné(e)

M'abonner
3mn de lecture
Insécurité
Le sujet de la délinquance est récurrent dans le débat politique. © urbazon

Le débat sur l’insécurité oppose deux membres du gouvernement. Le garde des Sceaux, Eric Dupond-Moretti, a refusé mardi 1er septembre de reprendre les mots d’« ensauvagement de la société » employés par le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, y voyant une source de développement du « sentiment d’insécurité ».

« Pire que l’insécurité, il y a le sentiment d’insécurité. Par quoi est-il nourri, le sentiment d’insécurité ? », s’est demandé sur Europe 1 le ministre de la Justice, évoquant « les difficultés économiques », « le Covid », « certains médias » et « le discours populiste ».

« Je veux m’adresser à l’intelligence des Français et pas à leurs bas instincts. Parce que le sentiment d’insécurité, c’est de l’ordre du fantasme », a indiqué Eric Dupond-Moretti.

« Les chiffres sont clairs : la délinquance des mineurs n’a pas augmenté dans notre pays depuis dix ans », a précisé le garde des Sceaux lors d’un déplacement à Dijon ce mercredi.

Stabilité de la délinquance des mineurs

Eric Dupond-Moretti dit-il vrai ? Les chiffres-clés diffusés chaque année par le ministère de la Justice révèlent une stabilité du nombre d’affaires pénales mettant en cause des mineurs depuis 2010. En 2018, le nombre d’affaires traitées par les parquets « impliquant au moins un mineur » s’élevait à 177 761. En 2010, il s’établissait à 173 000.

Publiée annuellement par l’Intérieur, l’enquête « Cadre de vie et sécurité », dite de victimation, permet d’avoir une vision de certains délits et crimes. Elle « a pour objectif d’évaluer et de décrire les infractions (vols ou tentatives, actes de vandalisme, escroqueries et arnaques, menaces et injures, violences physiques et sexuelles) dont sont victimes les ménages et les individus », explique l’avant-propos de la dernière édition, parue en décembre 2019. « Elle complète ainsi les données administratives sur les infractions enregistrées au quotidien par les services de police et de gendarmerie car les victimes ne déposent pas toujours plainte », ajoute le document, qui « s’intéresse en outre aux opinions de l’ensemble de la population (victimes et non victimes) en matière de cadre de vie et de sécurité ».

Imperfection des thermomètres

Les résultats des thermomètres doivent être examinés ensemble. « Selon les indicateurs que l’on choisit, nous n’allons pas avoir le même regard sur ces phénomènes, a rappelé auprès de France Inter Antoine Jardin, chercheur au Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (Cesdip). Il faut bien avoir à l’esprit que aucun de ces indicateurs n’est parfait. »

« Il est difficile de dire si la violence observée à travers certains faits divers est nouvelle ou non, même si on note une hausse régulière des tentatives d’homicides depuis 2009 ainsi que des agressions contre les représentants des autorités, a expliqué au Monde le directeur de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP), Christophe Soullez. Ces violences sont beaucoup plus présentes dans l’espace médiatique : elles sont filmées, diffusées et commentées, ce qui amplifie leur visibilité et leur caractère choquant. »

En juillet et en août, une série d’actes violents ont eu un fort retentissement et suscité des réactions indignées de personnalités politiques de droite et d’extrême droite. 

Le sujet de la délinquance est récurrent dans le débat politique. Lors de la campagne présidentielle de 2002, l’accumulation de faits divers médiatisés et le recours au thème de l’insécurité par le sortant Jacques Chirac (droite) et par Jean-Marie Le Pen (extrême droite) avaient contribué à leur qualification au second tour du scrutin, devant le candidat socialiste Lionel Jospin.

Partager cet article :