L’exécutif veut agir contre les dérives sectaires

La ministre déléguée chargée de la Citoyenneté, Marlène Schiappa, attend le rapport issu d’une mission menée sur ce « phénomène », susceptible de recouvrir des pratiques du catholicisme traditionaliste et de l’islam radical.

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Dérives sectaires
Emmanuel Macron et Marlène Schiappa, le 16 octobre à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) sur la scène du crime perpétré contre Samuel Paty. © Abdulmonam Eassa – Pool New – Reuters

Les dérives sectaires peuvent recouvrir une grande variété de pratiques. Marlène Schiappa a lancé le 12 octobre, pour les connaître davantage et les combattre, une mission dont la ministre déléguée chargée de la Citoyenneté souhaite obtenir « un état actualisé et éclairé du phénomène des dérives sectaires en France »

« À l’aune des signalements recueillis et des enquêtes judiciaires diligentées, force est de constater que le phénomène des dérives sectaires demeure prégnant ; il se renforce même au travers de formes renouvelées – de nouvelles radicalités préjudiciables à l’individu apparaissent », constate Marlène Schiappa dans la lettre relative à la mission, que Dossier Familial s’est procurée.

« Evaluation spécifique du mouvement religieux dit de ‘‘l’Eglise de Philadelphie’’ »

La mission doit aboutir à « une évaluation spécifique du mouvement religieux dit de ‘‘l’Eglise de Philadelphie’’, dont une branche française – ‘‘Le Jardin’’, sis à Versailles (78) –, semble être dirigée par des proches de Xavier de Ligonnès », un homme disparu depuis l’assassinat Nantes en avril 2011 de sa femme et de ses quatre enfants, dont il est le principal suspect. 

Ce groupe de prière, fondé par Geneviève Dupont de Ligonnès, mère du suspect, est dirigé par Christine Dupont de Ligonnès, l’une de ses sœurs. Selon Le Parisien, le parquet de Versailles a ouvert une enquête préliminaire « pour abus de faiblesse en état de sujétion psychologique visant un mouvement d’inspiration catholique, traditionaliste, radical et apocalyptique ». « Pour moi, il n’y a pas plus de secte que d’or en barre », a dit au quotidien Stéphane Goldenstein, avocat de la famille Dupont de Ligonnès.

Les travaux doivent être menés « naturellement dans le respect des prérogatives de l’autorité judiciaire et de la confidentialité des éventuelles investigations en cours », précise Marlène Schiappa dans la lettre.

Le trio de la mission constitué par la ministre déléguée doit aussi faire une analyse des « nouvelles tendances des dérives sectaires » et des « moyens de lutte mis en place contre ces phénomènes », une identification des « éventuels freins » ainsi qu’une formulation de « propositions opérationnelles », selon le courrier.

Islam radical : « beaucoup de critères d’une dérive sectaire »

Les termes d’islam radical ou d’islamisme ne figurent pas dans le document, mais, interrogé pour savoir si des pratiques de la religion musulmane relèvent des « nouvelles tendances des dérives sectaires », le cabinet de Marlène Schiappa répond que « ce sera à la mission de le dire dans ses travaux », ajoutant que « rien n’est exclu »« Si on devait citer toutes les dérives sectaires et nouvelles tendances… », écrit encore le cabinet à Dossier Familial

« Quand, dans un groupe de personnes, les femmes sont obligatoirement entièrement couvertes, qu’elles ne peuvent pas adresser la parole aux hommes, qu’il est interdit d’écouter de la musique ou de porter un maillot de bain, qu’on observe des phénomènes d’emprise, cela a beaucoup de critères d’une dérive sectaire », a dit prudemment la ministre déléguée au Parisien, lors du lancement de la mission.

Le directeur général de la police nationale, Frédéric Veaux, le directeur général de la gendarmerie nationale, Christian Rodriguez, et Christian Gravel, secrétaire général depuis le 8 octobre du Comité interministériel de la prévention de la délinquance et de la radicalisation (CIPDR) doivent rendre leurs « conclusions dans un délai de deux mois ».

Le CIPDR a absorbé la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes). Le chef de l’Etat, Emmanuel Macron, a nommé à la tête du Comité Christian Gravel après que le cabinet de Marlène Schiappa avait avancé le nom de ce préfet, précise Le Monde. Le journal décrit le haut fonctionnaire comme « très proche » de Manuel Valls, ancien chef du gouvernement et ministre de l’Intérieur qui revendique des positions fermes contre l’islamisme.

Démentant tout affaiblissement de la Miviludes, la ministre déléguée a assuré au Parisien que la structure « ne fera plus simplement de la veille ou de l’analyse » et « sera davantage liée aux forces de sécurité intérieure » de par son rattachement au ministère de l’Intérieur.

L’exécutif doit présenter le 9 décembre un projet de loi renforçant la laïcité, d’après l’intitulé envisagé de ce texte, dont l’élaboration avait débuté avant l’attentat islamiste perpétré le 16 octobre contre Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie dans un collège de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines).

De multiples « petites structures »

Les sectes n’ont pas disparu, elles se sont transformées. « Dans l’inconscient collectif, une secte renvoie par exemple à l’Ordre du temple solaire ou à de grandes organisations, a rappelé Marlène Schiappa auprès du Parisien. Or, ce qu’on observe depuis quelques années, c’est la floraison de petites structures. En France, ont été identifiées environ 500 groupes de déviance sectaire. Ils touchent 50 000 adultes et 90 000 mineurs. »

La pandémie de Covid-19 constitue un levier puissant à l’essor des pratiques sectaires « dans le secteur du développement personnel, des soins alternatifs, du bien-être ou du sport », a noté la ministre déléguée. « Sous couvert d’activités bienveillantes, la finalité est le gain financier, mais aussi l’emprise sur les personnes. La fragilité générale, sanitaire, économique et sociale du moment offre un terreau favorable », a souligné Marlène Schiappa.

La loi ne prévoit aucune définition de la secte ou de la dérive sectaire, pour ne pas briser le principe de laïcité. La Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires apporte sur son site une définition de la dérive sectaire. Pour elle, il s’agit d’« un dévoiement de la liberté de pensée, d’opinion ou de religion qui porte atteinte à l’ordre public, aux lois ou aux règlements, aux droits fondamentaux, à la sécurité ou à l’intégrité des personnes ».

Une telle dérive « se caractérise par la mise en œuvre, par un groupe organisé ou par un individu isolé, quelle que soit sa nature ou son activité, de pressions ou de techniques ayant pour but de créer, de maintenir ou d’exploiter chez une personne un état de sujétion psychologique ou physique, la privant d’une partie de son libre arbitre, avec des conséquences dommageables pour cette personne, son entourage ou pour la société », détaille la Miviludes.

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