Les industriels peuvent changer la composition des aliments sans vous en informer

En raison des pénuries liées à la crise sanitaire, les fabricants du secteur agroalimentaire peuvent obtenir des dérogations pour modifier la composition ou le lieu de fabrication de leurs aliments, sans que ces changements ne soient indiqués sur l’étiquette.

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© Goran13

En raison de la crise sanitaire liée au Covid-19, certains fabricants de denrées alimentaires font face à des difficultés d’approvisionnement. Dans ces circonstances exceptionnelles, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a décidé d’accorder une « tolérance ponctuelle » sur l’étiquetage des aliments transformés. Les fabricants peuvent ainsi modifier l’origine d’un ingrédient ou le site de production sans que cela soit précisé sur l’emballage. « Les modifications d’étiquetage sont en effet impossibles à satisfaire dans un laps de temps aussi court et il s’agit en tout état de cause de modifications temporaires », explique la DGCCRF sur son site internet.

Les demandes de dérogation sont acceptées au cas par cas et la flexibilité momentanée porte sur « les informations qui ne sont pas liées à la sécurité sanitaire ». Ainsi, « aucun écart susceptible d’induire un risque pour les consommateurs, notamment ceux allergiques, ne saurait être accepté », précise la Répression des fraudes qui tient à rassurer l’Association française pour la prévention des allergies (Afpral) qui s’inquiète du risque de voir des allergènes introduits dans les recettes à l’insu des consommateurs.

Une liste des produits modifiés en ligne

Par souci de transparence, la Répression des fraudes a mis en ligne la liste des produits qui ont fait l’objet d’une dérogation d’étiquetage. A ce jour, 37 aliments transformés y figurent. Ce sont des produits des marques distributeurs Auchan, Carrefour, Casino, Intermarché, E.Leclerc, Lidl mais aussi des marques Lactel, Lesieur ou encore Prosain. On y trouve par exemple une crème à la noix de coco Auchan, un quatre-quarts pur beurre bio Carrefour ou encore l’huile de colza et l’huile Isio 4 olive Lesieur. « Les consommateurs qui souhaitent savoir si les produits de cette liste qu’ils ont acquis ou sont en phase d’acquérir appartiennent à un lot concerné par la dérogation sont invités à se rapprocher du service consommateur figurant sur leur emballage », précise la Répression des fraudes.

Une pétition de Foodwatch pour obtenir une totale transparence

Mais la publication de la liste ne satisfait par l’ONG Foodwatch. Si les grandes marques semblent jouer le jeu en expliquant la nature de la modification, « les chaînes de supermarchés, elles, se contentent d’une lapidaire explication selon le site des autorités : "indication non conforme de l’origine et de la liste des ingrédients" et ne semblent pas renseigner ces modifications non plus sur leurs sites marchands », déplore l’ONG. Elle s’étonne également de voir certains distributeurs s’approvisionner désormais à l’étranger pour certains ingrédients, alors qu’ils sont nombreux à communiquer sur le fait de privilégier les producteurs français. « Auchan et Intermarché par exemple s’approvisionnent désormais en Allemagne ou en Espagne pour le filet mignon de porc ».

Depuis le 13 mai, l’association Foodwatch a mis en ligne une pétition afin d’obtenir une totale transparence de la part des distributeurs. Ces derniers « doivent signaler ces changements de recettes sur leurs produits, dans leurs rayons et sur leurs sites de vente en ligne et les justifier dans le contexte de la crise Covid-19 ».

 

df
Sarah Corbeel
Publié le

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