Hausse du nombre de plaintes pour violences sexuelles, coups et blessures et escroqueries en 2021

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Ecusson, officier de police judiciaire
L’étude s’appuie notamment sur les plaintes enregistrées. - © Jerome Delaunay

C’est un bilan en forme de « première photographie » des crimes et des délits enregistrés en 2021 par la gendarmerie et par la police. Le service statistique ministériel de la sécurité intérieure montre, dans une enquête publiée jeudi 27 janvier, une progression de plusieurs « indicateurs de la délinquance enregistrée ». Les « infractions » visées « ont pu être constatées » à la suite d’« une plainte déposée par une victime », d’« un signalement » d’« un témoignage », d’« un flagrant délit », d’« une dénonciation, etc., mais aussi sur l’initiative des forces de sécurité », explique ce service du ministère de l’Intérieur. Voici les principales tendances que révèlent le document.

Violences sexuelles : la libération de la parole continue

La libération de la parole au sujet de faits de violences sexuelles, a continué en 2021. « Le nombre de victimes de victimes de violences enregistrées par les services de sécurité » a augmenté de 33 % l’année dernière, selon l’étude. Il avait crû de 19 % en 2018, de 12 % en 2019 et de 3 % en 2020, année marquée par le « début de crise sanitaire » et « deux confinements sanitaires de la population ».

La hausse concerne « autant les viols et tentatives de viols (+ 32 %) que les autres agressions sexuelles (+ 33 %) ». Les viols ou tentatives de viols, des crimes, « représentent 45 % des faits » enregistrés, « soit une proportion stable par rapport à 2020 mais en augmentation par rapport aux années précédentes (42 % en 2019, 40 % en 2018) ».

© DF

Le ministère de l’Intérieur fait un lien entre la progression du nombre de plaintes et « le climat de l’affaire [impliquant le producteur de cinéma américain Harvey] Weinstein et des différents mouvements sur les réseaux sociaux pour la libération de la parole des victimes », à partir de la fin de l’année 2017. Il souligne également « un contexte d’amélioration des conditions d’accueil des victimes par les services de sécurité », qui se traduit « notamment » par des « organisations adaptées dans les services » de gendarmerie et de police et par des « partenariats avec les intervenants sociaux et les hôpitaux ».

Les plaintes peuvent porter sur « des violences subies plusieurs années » avant d’être dénoncées. Si, « en 2018, la moitié des victimes avait déposé plainte pour des faits datant de plus de trois mois, en 2021, la moitié des victimes a déposé plainte pour des faits datant de plus de six mois ». La part de faits ayant eu lieu « plus de cinq ans avant leurs enregistrements augmente nettement ces dernières années », passant de 12 % en 2018, à 15 % en 2020 et à 19 % en 2021. La proportion de violences sexuelles datant de plus de cinq ans dont les victimes sont des mineurs a crû, s’établissant à 18 % en 2018, à 22 % en 2020 et à 26 % en 2021. 

L’année dernière, la publication de l’ouvrage La Familia grande (Seuil) par Camille Kouchner, accusant son beau-père, Olivier Duhamel, un juriste et politologue influent, de viols incestueux perpétués sur son frère jumeau, quand celui-ci était adolescent, et « la parution en octobre du rapport de la commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise » (Ciase) ont mis en avant dans les médias le thème des violences sexuelles subies par des mineurs.

Toujours plus de plaintes pour coups et blessures

« Le nombre de victimes de coups et blessures volontaires (CBV) sur personnes de quinze ans ou plus enregistrées par les services de sécurité » a augmenté de 12 % l’année dernière, après avoir progressé de 1 % en 2020 et progressé de 8 % en 2018 et en 2019.

Parmi ces victimes, le nombre de personnes ayant subi des « violences intrafamiliales enregistrées » a continué « de s’accroître fortement en 2021 », à hauteur de 14 %, après 14 % en 2019 et 10 % en 2020.

Pour le ministère de l’Intérieur, cette tendance découle « notamment » d’« un effet  positif du Grenelle des violences conjugales (première édition de septembre à novembre 2019 avec reconduction annuelle depuis), lequel a conduit à améliorer la politique d’accueil des victimes par les services de sécurité (notamment formations des personnels, référents spécifiques dans les services, articulations avec les intervenants sociaux et les hôpitaux) et inciter les victimes à davantage déposer plainte ». Le mouvement de libération de la parole concernant les violences sexuelles est susceptible d’avoir induit une hausse des dénonciations des violences conjugales.

15 % d’escroqueries en plus

La gendarmerie et la police ont enregistré en 2021 15 % d’escroqueries de plus que l’année précédente. Elles avaient constaté une augmentation de 11 % en 2019 et de 1 % en 2020.

« La tendance à la hausse des escroqueries et infractions assimilées enregistrées par les services de sécurité se retrouve dans l’enquête CVS [Cadre de vie et sécurité]. Ainsi, la proportion de ménages ayant été victimes de débit frauduleux sur leur compte bancaire a, selon cette enquête, plus que doublé entre 2010 et 2018. Plus de la moitié de ces escroqueries ont fait suite à un achat réalisé par carte bancaire sur Internet. » Mais les dépôts de plainte sont rares. En 2018, « seuls 18 % des ménages victimes d’une escroquerie bancaire ont déposé plainte dans un commissariat ou une brigade de gendarmerie ».

© DF

Le nombre de cambriolages « globalement » stable

Le nombre de « cambriolages de logements (résidences principales et secondaires) enregistrés par les services de sécurité » a été « globalement stable » en 2021, après une chute de 20 % l’année précédente. Le ministère de l’Intérieur constate toutefois des disparités suivant les départements.

« Les autres cambriolages, à savoir les cambriolages de locaux industriels, commerciaux ou financiers (58 000 enregistrés en 2021) et les cambriolages d’autres lieux (42 000 constatés en 2021) sont en baisse sur un an », respectivement de 15 % et de 10 %.

© DF

Bond des vols sans violence

Le ministère de l’Intérieur relève une augmentation du nombre « vols sans violence contre des personnes », à hauteur de 5 %, contre une baisse de 24 % en 2020. Le nombre d’autres types de vols a progressé :

  • vols d’accessoires de véhicules, à hauteur de 4 % (– 18 % en 2020) ;
  • vols dans les véhicules, à hauteur de 1 % (– 17 % en 2020).

Le nombre de vols violents enregistrés a, lui, diminué de 2 % en 2021. Dans le détail, le nombre de vols avec armes a reculé de 2 % l’année dernière, après une baisse de 6 % en 2020. Le nombre de vols violents sans armes a marqué un repli de 6 % (– 19 % en 2020).

Rebond des infractions liées aux stupéfiants

L’Intérieur a constaté une progression du « nombre de mis en cause pour infraction à la législation sur les stupéfiants ». S’agissant de trafics, le nombre de mis en cause a bondi de 13 %, après avoir dégringolé du même niveau en 2020. Concernant l’usage, la hausse est de 38 %, après une chute de 10 % en 2020.

« Ces évolutions récentes sont à resituer dans le contexte de la crise sanitaire », rappelle le ministère. Si le nombre d’infractions enregistrées a diminué en 2020, « la consommation globale semble avoir peu évolué pendant le confinement », selon le document, qui ne précise pas quel confinement.

Entre 2021 et 2019, « dernière année de référence avant la crise sanitaire, le nombre de mis en cause pour trafic de stupéfiants » a baissé de 2 %, tandis que le nombre de mis en cause pour usage a crû de 24 %. 

Autour de 1 000 homicides

Le nombre de personnes mortes après un homicide s’est élevé à 1 026 en 2021, contre 983 l’année précédente. « Ces chiffres sont provisoires et seront révisés d’ici le bilan complet de l’année 2021, compte tenu de l’aboutissement des travaux de fiabilisation engagés depuis 2020. Selon les premiers résultats d’expertise, la révision se ferait à la baisse », est-il précisé dans l’étude. Le nombre de victimes d’homicide avait diminué en 2020 « (983 victimes, dont 7 en lien avec un attentat terroriste) ».

© DF

Un « bilan complet » à paraître en juin

Le service statistique ministériel de la sécurité intérieure doit publier en juin un « bilan complet » des faits de délinquance enregistrés l’année dernière, incluant « des éléments d’analyse sur les caractéristiques des victimes déclarées et des auteurs présumés ainsi que des comportements territoriaux, sur les taux d’infractions pour 1 000 habitants et par type d’unité urbaine ». Ce document fournira en outre « des éclairages complémentaires sur l’année 2021, notamment sur les délais d’enregistrement des faits de délinquance ».

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