Faut-il annuler la « dette Covid » de l’État ?

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© Olivier DJIANN

C’est une évidence : la crise du Covid-19 coûte cher à l’État. Très cher. Entre le dispositif de chômage partiel, les aides liées au fonds de solidarité et tous les autres dispositifs dégainés pour par l’exécutif pour tenter d’amortir les conséquences catastrophiques des confinements successifs sur l’économie hexagonale, le déficit public français s’est considérablement creusé en 2020. Et par conséquent, la dette publique également.

Selon les chiffres officiels, le déficit public français a atteint 178,3 milliards d’euros en 2020. C’est 30 milliards d’euros de plus que celui enregistré en 2009, au plus fort de la crise financière. Par ailleurs, selon une information du Parisien rapportée à la fin décembre 2020, la dette publique française se rapprochait des 2 700 milliards d’euros, soit près de 120 % du PIB national. Au cours de l’année 2020, la dette publique française a augmenté de plus de 300 milliards d’euros.

Néanmoins, alors que la crise n’est toujours pas terminée, des voix s’élèvent au sein de la classe politique et dans le débat constant des économistes pour réclamer l’annulation de la dette publique souscrite pour répondre aux besoins urgents du « quoi qu’il en coûte » élyséen. Depuis, la controverse fait rage entre les « pour » et les « anti » qui s’écharpent sur ce sujet, pas si neuf.

Les partisans du « nouveau-monde »

Au début du mois de février, près de 150 économistes emmenés par Thomas Piketty ou encore l’ancien Premier ministre socialiste belge Paul Magnette ont réclamé dans un appel commun diffusé par le journal Le Monde l’effacement des dettes publiques détenues par la Banque centrale européenne (BCE) afin de faciliter la reconstruction sociale et écologique lorsque viendra le temps de « l’après-pandémie. »

« En tant qu’économistes, responsables et citoyens engagés de différents pays, il est de notre devoir d’alerter sur le fait que la BCE pourrait aujourd’hui offrir aux États européens les moyens de leur reconstruction écologique, mais aussi de réparer la casse sociale, économique et culturelle, après la terrible crise sanitaire que nous traversons » écrivaient-ils alors.

En échange de cette annulation d’une partie des dettes publiques des états européens, ces économistes proposent à la BCE un contrat : l’investissement de l’équivalent des sommes effacées « dans la reconstruction écologique et sociale. » Soit un montant d’environ 2 500 milliards d’euros à l’échelle du Vieux Continent.

L’opposition ferme des responsables européens

Cette demande s’est vu opposer une fin de non-recevoir de la BCE, par la voix de sa présidente, la Française Christine Lagarde. Dans une interview accordée au Journal du Dimanche, l’ancienne ministre affirme que cette solution est « inenvisageable » car elle violerait « le traité européen qui interdit strictement le financement monétaire des États. »

« Si l'énergie dépensée à réclamer une annulation de la dette par la BCE était consacrée à un débat sur l'utilisation de cette dette, ce serait beaucoup plus utile ! À quoi sera affectée la dépense publique ? Sur quels secteurs d'avenir investir ? Voilà le sujet essentiel aujourd'hui. » a-t-elle ajoutée.

Une position soutenue par Thierry Breton, également ex-ministre de l’Économie et des Finances et actuel commissaire européen au marché intérieur : « Une dette doit être faite pour être remboursée, la seule différence c'est qu'il y a des maturités (…). On a des obligations, des instruments financiers qui vont nous permettre de la rembourser à 20, 30, 40, peut-être 50 ans sur une très longue maturité » a-t-il expliqué le 8 février dernier au micro de RTL.

Un enjeu pour 2022 ?

Si le débat fait rage, il ne semble pas près de se faire plus discret dans les mois qui viennent alors que le vaccin contre le Covid-19 semble promettre un début de retour à la normale pour l’été 2021 alors que se profile la prochaine élection présidentielle pour l’an prochain.

Selon un sondage Ifop publié le 22 janvier dernier, 88 % des Français sont persuadés que cette explosion de la dette sera financée par une future augmentation des impôts. Une option rejetée par l’actuel patron de Bercy, Bruno Le Maire, à la fin de l’année 2020. Le gouvernement tient à préparer la sortie du « quoi qu’il en coûte » en jouant un rôle d’équilibriste : d’un côté rassurer les investisseurs, car la France bénéficie toujours de taux d’intérêt favorables et risque d’avoir encore beaucoup d’argent à emprunter pour boucler son budget 2021. De l’autre, ne pas susciter la colère chez beaucoup de Français, soucieux de ne pas assister à un retour en fort des politiques d’austérité dans l’Hexagone. 

A cet effet, le gouvernement a mis en place une Commission sur l’avenir des finances publiques avec pour mission de proposer des scénarios de retour à l’équilibre des comptes. Car cet équilibre fait figure de point central à tout débat entourant l’avenir de la dette tricolore. Et cette discussion n’est pas près de quitter le devant de la scène au regard des prochaines échéances électorales. 

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