#DoublePeine : certaines victimes de viol sont mal accueillies par les policiers

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Commissariat, La Défense, voitures
© bensib

Dans certains commissariats et unités de gendarmerie, la prise en charge des femmes victimes de viol et souhaitant porter plainte est défectueuse. Depuis mardi 28 septembre, de nombreuses victimes de ce crime témoignent de leur expérience sur Twitter, sous le mot-dièse (hashtag) #Double Peine.

Le témoignage d’une jeune femme de 19 ans

Comme le raconte France Inter, l’activiste et influenceuse féministe Anna Toumazoff a publié ce jour des tweets au sujet de la mauvaise prise en charge des victimes au commissariat de Montpellier. Elle s’appuie sur le témoignage d’une jeune femme de 19 ans, victime d’un viol au début du mois de septembre. 

« Au commissariat central de Montpellier, on demande aux victimes de viol si elles ont joui » et « on explique aux victimes de viol qu’une personne qui a bu est forcément consentante », écrit Anna Toumazoff. En ces lieux, « on refuse de recevoir des victimes de viol en raison de leur tenue. On les recale, malgré leur visage tuméfié, en leur riant au nez », affirme encore l’activiste.

Mardi soir, « devant cette masse de témoignages dont [certains] qui arrivaient au-delà des seules frontières de Montpellier, j’ai décidé de lancer un hashtag plus général pour montrer que ce qu’il se passait dans cette ville et dans ce commissariat était de l’ordre du systémique, et faisait règle à travers les commissariats de l’ensemble du territoire », a raconté Anna Toumazoff à France Inter.

Selon la radio, le mot-dièse #DoublePeine a alors été utilisé en accompagnement de tweets sur ce thème, relayé notamment par le collectif féministe #NousToutes et la journaliste Constance Villanova. Cette dernière a annoncé jeudi le lancement d’un collectif dénommé #DoublePeine.

L’objectif du mot-dièse est de mettre en lumière « les manquements parfois terribles de certains agents de police », a expliqué Anna Toumazoff à France Inter.

Une femme a par exemple raconté : « En voulant aller poser une main courante pour agression sexuelle, la policière m’a demandé pourquoi j’avais fait dormir chez moi l’ami qui m’a agressé et m’a certifié ‘‘qu’un homme ça reste un homme’’, comme si c’était une évidence. »

La réaction du préfet de l’Hérault

Le préfet de l’Hérault, Hervé Moutouh, a condamné des « propos diffamatoires » d’« Anna Toumazoff à l’encontre des fonctionnaires de police du commissariat de Montpellier ».

« Les rapports de police et le procès-verbal d’audition de l’affaire ayant servi de prétexte à dénonciation calomnieuse montrent clairement que les enquêteurs ont fait sérieusement leur travail, avec le respect qui s’impose », argue Hervé Moutouh dans un communiqué daté du 28 septembre.

« Certains policiers sont parfaitement formés » à l’accueil des victimes

Interrogée par Dossier Familial, Carine Durrieu Diebolt, avocate qui assiste des victimes de viol, ne fait pas un constat général d’un mauvais accueil. « De plus en plus de policiers sont formés » à l’accueil des personnes victimes de ces crimes. « Certains policiers sont parfaitement formés, ils ont une bonne écoute, une bonne réceptivité, et ils posent bien les questions aux victimes », détaille Me Durrieu Diebolt. 

D’autres, au contraire, « sont mal formés et posent des questions accusatoires », déplore l’avocate. « Il y a des commissariats où on sait que les clientes vont être mal reçues. » Notre interlocutrice cite le cas d’une femme, reçue dans de bonnes conditions par un commissariat parisien où elle a déposé plainte, puis se heurtant à « une prise en charge hostile » après le transfert de son dossier à un commissariat d’un autre arrondissement de la capitale. Une telle situation pouvant provoquer « une extrême déperdition de preuves » du crime commis, l’avocate, qui a son cabinet à Paris, est intervenue auprès du policier.

Utiliser le site arretonslesviolences.gouv.fr

En dehors des cas d’urgence, Carine Durrieu Diebolt recommande aux victimes de faire un signalement en ligne sur le site arretonslesviolences.gouv.fr. « Les victimes peuvent échanger par chat avec un policier formé et elles se voient proposer un rendez-vous pour déposer plainte », précise notre interlocutrice. Un fonctionnaire formé sera chargé de recueillir la plainte.

Devant une situation d’urgence, il faut appeler le 17 ou le 112 ou se rendre directement dans un commissariat ou une unité de gendarmerie.

Me Durrieu Diebolt conseille aux victimes d’être accompagnées par un proche lorsqu’elles vont déposer plainte, pour être soutenues dans cette épreuve. Mais le proche n’a pas le droit d’assister à la déposition. Durant ce moment, un avocat peut être présent auprès de la victime, mais il n’a pas la possibilité d’intervenir.

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