Coronavirus : faut-il constituer des stocks de nourriture  ?

Des consommateurs ont accumulé des produits alimentaires et d’hygiène par crainte d’une pénurie. Une attitude inutile, voire contre-productive.

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4mn de lecture
Des consommateurs ont dévalisé les magasins.
Des consommateurs ont dévalisé les magasins. © Piman Khrutmuang

Le coronavirus va-t-il menacer indirectement les supermarchés de pénurie  ? La grande distribution se veut rassurante, mais certaines personnes, craignant un arrêt des approvisionnements ou un confinement à leur domicile, ont stocké chez eux des denrées non périssables et des produits d’hygiène. Un bilan officiel arrêté jeudi 5 mars à 16 heures, communiqué par le directeur général de la santé, Jérôme Salomon, fait état de 7 morts et de 423 cas de contamination en France.

« Il y a bien eu une envolée des ventes de certains produits » le 1ermars « de l’ordre de 30 % pour le riz, les pâtes, l’huile », a expliqué au Parisien/Aujourd’hui en FranceJacques Creyssel, délégué général de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD).

D’après ce dirigeant patronal, « les enseignes s’étaient préparées en passant des commandes importantes ces derniers jours, et donc les stocks sont là ».

Sollicité ce vendredi par Dossier Familial, Thierry Desouches, porte-parole de Système U, relève un phénomène de stockage qui « a commencé le week-end dernier » dans les magasins de l’enseigne.

« Nous avons observé des ventes anormales sur les produits de première nécessité, soit une augmentation de 30 % sur les pâtes, le riz et les boîtes de conserves sur le territoire et de 150 % dans la zone confinée de l’Oise », l’un des principaux foyers de l’épidémie, détaille Thierry Desouches.

« Points de vente dévalisés »

La société d’analyse de données Nielsen, qui en connaît un rayon, a constaté un bond des ventes de certains produits dans différentes enseignes.

« Les pâtes symbolisent ce phénomène de stockage de la part des consommateurs, avec certains points de vente dévalisés, tout particulièrement en région parisienne et dans l’Oise », a indiqué, dans une étude publiée mardi, Mathilde Moussard, consultante senior à Nielsen.

« Encore plus que dans d’autres pays, les consommateurs français surréagissent » au coronavirus « en stockant plus que de raison, eux qui ont été confrontés récemment à des blocages lors du mouvement des ‘‘gilets jaunes’’, puis à des grèves prolongées qui ont contrarié leur façon de faire les courses », remarque la société.

Ironie des internautes

Des internautes ont ironisé sur Twitter après avoir observé des rayons vides :

« Des comportements responsables »

Est-ce donc nécessaire de constituer des stocks ? Non, répond Thierry Desouches, qui compare le phénomène de stockage aux pleins de carburant avant les blocages de raffineries pétrolières. « Objectivement, il n’y a aucune pénurie à craindre, note le porte-parole de Système U. Les produits se trouvent dans nos entrepôts. Par exemple, le stock de pâtes dans nos entrepôts équivaut à 1 mois et demi de ventes. »

Pour Thierry Desouches, « les comportements anormaux des consommateurs peuvent créer des ruptures de stock, c’est-à-dire une mise à mal des chaînes d’approvisionnement ».

Le ministre de l’Economie et des finances a appelé à éviter les achats massifs. « J’invite chacun à avoir des comportements responsables, à ne pas accumuler des stocks de marchandises », a dit lundi 2 mars Bruno Le Maire sur France 2. 

« J’ai fait le point » dimanche dernier « avec la grande distribution, et il n’y aura de pénurie que si les gens n’ont pas de comportement responsable », a expliqué le ministre. Stocker des produits est inutile, voire contre-productif. Le seul risque de pénurie concerne les masques de protection et les gels hydroalcooliques.

Stade 3

La recommandation reste valable malgré l’entrée au stade 3 de l’épidémie, « dans quelques jours, une ou deux semaines maximum », selon le professeur de médecine Jean-François Delfraissy, cité vendredi par Le Monde.

Ce stade se caractérise par « une circulation active du virus » et non plus de « cas sporadiques », explique le ministère des Solidarités et de la santé dans une brochure. Il « impose la pleine mobilisation du système de santé dans toutes ses composantes (médecine de ville, établissements de santé et établissements médico-sociaux) ».

Le ministre des Solidarités et de la santé a démenti toute menace de paralysie de « la vie économique et sociale du pays ».

« Quand l’épidémie est là, il s’agit surtout d’organiser le système d’alerte et de soin, et d’assurer la continuité des services de l’Etat, sans empêcher les citoyens de vivre », a souligné Olivier Véran dans Libération paru ce vendredi.

df
Timour Aggiouri
Publié le

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