Comment est enseignée la liberté d’expression au collège et au lycée ?

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Liberté d'expression : manifestation professeur décapité Samule paty
© Pascal Rossignol / Reuters

Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie dans un collège de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) a été victime vendredi d’un attentat islamiste par décapitation. Dans le cadre d’un cours sur la liberté d’expression, il avait montré des caricatures du prophète de l’islam Mahomet publiées par Charlie Hebdo.

Les professeurs abordent à l’école élémentaire le thème de la liberté d’expression, mais surtout au collège et au lycée.

Enseignement moral et civique

Le thème de la liberté d’expression est traité au cours des classes de 5e, 4e et 3e. Les élèves peuvent mettre en avant leurs convictions, leurs sentiments moraux ou religieux et les confronter à celles et ceux des autres, dans le cadre d’un objet d’étude dénommé « Respecter autrui », indique le site de l’Education nationale eduscol.education.fr, qui s’adresse aux enseignants. L’objectif est la compréhension de la nécessité que revêtent la liberté d’expression et ses limites.

Un autre objet d’étude est nommé « Acquérir et partager les valeurs de la République ». Son but est d’« identifier et de reconnaître les libertés fondamentales » et de connaître « les expressions littéraires et artistiques et connaissances historiques de l’aspiration à la liberté ». « Les liens avec les programmes d’histoire, notamment celui de 4e, sont nombreux », précise le site.

En seconde générale, technologique et professionnelle, la liberté constitue le thème central de l’enseignement moral et civique. « Les questions sur sa définition et les débats qui l’animent y sont enrichies, comme les modalités de discussion et de débat avec les élèves », selon eduscol.education.fr.

Histoire

En 5e, 4e et 3e, l’enseignement de la liberté d’expression est fondé sur trois sources :

  • la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen qui, dans son article 11, définit la libre communication des pensées et des opinions comme « un des droits les plus précieux de l’homme » ;
  • la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, dont l’article 1er prévoit que l’imprimerie et la librairie sont libres ;
  • la Constitution du 4 octobre 1958.

« Analyser comment et jusqu’où on s’oppose, réfléchir à la possibilité ou à la nécessité de limites à la liberté d’expression face à des discours radicaux ou haineux, c’est souligner que ces questions sont permanentes dans toute société qui se fonde sur des valeurs de liberté », explique le site eduscol.education.fr.

En première générale, dans le chapitre sur « La Révolution française et l’Empire : une nouvelle conception de la nation », les professeurs peuvent mobiliser les débats autour de la liberté d’expression et de la presse.

L’Education nationale invite les enseignants à « s’appuyer sur la presse pour questionner les débats autour des limites données à la liberté » au cours du chapitre sur la IIIe République.

En première technologique, le sujet d’étude intitulé « Victor Hugo sous la IIe République et le Second Empire » peut être utilisé pour « souligner les combats pour la liberté d’expression autour de sa lutte de proscrit puis d’exilé ».

En première générale, les élèves peuvent aborder la liberté d’expression au travers des réflexions de l’écrivain Alexis de Tocqueville sur la démocratie dans le cadre du programme de la spécialité histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques.

Français

L’enseignement du français en 5e, en 4e et en 3e « constitue une étape importante dans la construction d’une pensée autonome de l’élève, du développement de son esprit critique et de qualités de jugement qui lui seront nécessaires au lycée ».

Le thème de la liberté d’expression est susceptible d’être abordé en particulier en 3e. Les professeurs peuvent notamment « faire découvrir aux élèves des œuvres, des textes et des images à visée satirique, relevant de différents arts, genres et formes, et de leur faire comprendre les raisons, les visées et les modalités de la satire ».

Les enseignants ont la possibilité de « faire comprendre en quoi les textes littéraires dépassent le statut de document historique »

Les élèves peuvent à cette occasion examiner différentes œuvres, comme les tableaux Guernica (1937) de Pablo Picasso ou Le Radeau de La Méduse (1818-1819) de Théodore Géricault, la chanson Le Déserteur écrite et interprétée en 1954 par Boris Vian ou encore le monologue de Figaro dans Le Mariage de Figaro, une pièce écrite en 1778 par Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais.

« Avant même d’enseigner la liberté d’expression, il faut enseigner l’expression »

Marc Vannesson, délégué général de Vers Le Haut, un cercle de réflexion sur l’éducation et la jeunesse, a détaillé, dans un entretien à Dossier Familial, comment améliorer, de son point de vue, l’apprentissage de la liberté d’expression à l’école.

« Avant même d’enseigner la liberté d’expression, il faut enseigner l’expression. Parce que la langue permet d’entrer en relation avec les autres par la parole plutôt que par les poings devant un différend. Beaucoup de jeunes ne maîtrisent pas suffisamment la langue, comme l’ont montré des études internationales et les résultats des tests pratiqués lors de la Journée défense et citoyenneté. La maîtrise de la langue permet de construire une pensée et un raisonnement.

Il faut aussi mettre l’accent sur l’apprentissage des émotions, de la raison. À ce titre, les ateliers philosophiques constituent un bon moyen d’apprentissage.

Les élèves doivent accepter la différence, l’idée différente. Ils peuvent se trouver devant un conflit de loyauté entre leur famille et l’école. Il faut donc arriver à réduire ce conflit de loyauté. Je me souviens d’un atelier pratiqué par l’association Enquête sur le fait religieux. Une animatrice avait expliqué que la liberté de conscience recouvrait la liberté de croire, de ne pas croire ou de changer de religion. Un élève de CM2 avait réagi vivement. Il avait dit que changer de religion serait trahir ses parents ou ses grands-parents. L’animatrice a répondu que la foi relevait d’un choix personnel.

Pour notre think tank, les établissements doivent repérer les sujets sensibles et entamer un dialogue en amont avec les familles avant de les aborder en classe. Cela évite que des conflits soient instrumentalisés, que des peurs et des fantasmes naissent.

Un des moyens d’apprendre la liberté d’expression aux élèves, c’est de leur permettre de la pratiquer. Mettre en place des journaux ou des radios scolaires peut être plus efficace que rappeler de grandes déclarations.

Pour lutter contre les fake news, l’association La Fabrique du Regard a invité des jeunes à construire une vidéo conspirationniste, pour leur apprendre à démonter les messages haineux.

Une autre association, Cartooning for Peace, propose des fiches aux enseignants et fait des interventions pour aborder le sujet de la caricature, même si la liberté d’expression ne doit pas être réduite à la caricature.

Comme de nombreux enseignants se sentent peu accompagnés, peu formés sur le sujet de la liberté d’expression, il est nécessaire de leur donner des outils précis pour les rassurer. L’Education nationale doit leur apporter un soutien hiérarchique. Un cadre politique et institutionnel et précis doit être mis en place. Les extrémistes peuvent prendre prétexte de la moindre maladresse. »

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